{"id":8337,"date":"2026-08-04T20:48:36","date_gmt":"2026-08-04T19:48:36","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=8337"},"modified":"2026-08-04T20:48:36","modified_gmt":"2026-08-04T19:48:36","slug":"la-poetique-de-labsolutisation-dans-ta%e1%b8%a5erya%e1%b8%8dt-de-a-fauzi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/la-poetique-de-labsolutisation-dans-ta%e1%b8%a5erya%e1%b8%8dt-de-a-fauzi\/","title":{"rendered":"La po\u00e9tique de l&rsquo;absolutisation dans Ta\u1e25erya\u1e0dt de A. Fauzi"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_8338\" aria-describedby=\"caption-attachment-8338\" style=\"width: 438px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-8338\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/taheryat.jpg?resize=438%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"438\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/taheryat.jpg?resize=438%2C250&amp;ssl=1 438w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/taheryat.jpg?w=700&amp;ssl=1 700w\" sizes=\"auto, (max-width: 438px) 100vw, 438px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-8338\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Par: Mimoun Amsebrid<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p>L&rsquo;examen du recueil Ta\u1e25erya\u1e0dt fait appara\u00eetre une remarquable coh\u00e9rence po\u00e9tique, qui autorise \u00e0 parler d&rsquo;une v\u00e9ritable po\u00e9tique de l&rsquo;absolutisation. Loin de se limiter \u00e0 l&rsquo;expression d&rsquo;exp\u00e9riences individuelles, la po\u00e9sie d&rsquo;Abderrahim Fauzi proc\u00e8de \u00e0 une \u00e9l\u00e9vation syst\u00e9matique des \u00eatres, des affects et des \u00e9v\u00e9nements vers un horizon qui exc\u00e8de les limites de l&rsquo;exp\u00e9rience ordinaire. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la femme, de l&rsquo;amour, de la nature ou des trag\u00e9dies historiques, tout est soumis \u00e0 un processus d&rsquo;amplification qui inscrit le r\u00e9el dans une dimension cosmique. D\u00e8s lors, l&rsquo;hyperbole ne rel\u00e8ve plus d&rsquo;un simple proc\u00e9d\u00e9 rh\u00e9torique : elle constitue le principe m\u00eame de l&rsquo;organisation du discours po\u00e9tique.<\/p>\n<p>Cette dynamique d&rsquo;absolutisation s&rsquo;observe d&rsquo;abord dans la repr\u00e9sentation de la femme. Celle-ci n&rsquo;est jamais appr\u00e9hend\u00e9e comme un personnage psychologique ou social, mais comme une figure arch\u00e9typale qui tend progressivement vers un Absolu f\u00e9minin. Le texte op\u00e8re une v\u00e9ritable cosmisation de la figure f\u00e9minine : le soleil, la lune, les \u00e9toiles, les vents et les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments du cosmos cessent d&rsquo;\u00eatre de simples termes de comparaison pour devenir les manifestations m\u00eames de la beaut\u00e9 de la bien-aim\u00e9e. Le rapport analogique s&rsquo;inverse : ce n&rsquo;est plus la femme qui emprunte sa beaut\u00e9 au cosmos, mais le cosmos qui semble recevoir sa beaut\u00e9 de la femme. Celle-ci appara\u00eet ainsi comme le principe g\u00e9n\u00e9rateur du beau, dans une configuration symbolique qui conf\u00e8re au f\u00e9minin une dimension quasi th\u00e9ophanique.<\/p>\n<p>L&rsquo;absolutisation de la figure f\u00e9minine entra\u00eene, par cons\u00e9quent, celle de la relation amoureuse. L&rsquo;amour cesse d&rsquo;appartenir au registre de l&rsquo;exp\u00e9rience commune pour acc\u00e9der \u00e0 une sph\u00e8re h\u00e9ro\u00efque, fusionnelle et, bien souvent, inaccessible. Les nombreuses sc\u00e8nes de s\u00e9paration, de plainte et d&rsquo;imploration qui jalonnent le recueil ne rel\u00e8vent pas uniquement de la th\u00e9matique \u00e9l\u00e9giaque ; elles traduisent la tension permanente entre deux ordres de r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9sormais dissoci\u00e9s : celui, terrestre, du sujet amoureux, et celui, c\u00e9leste, de la bien-aim\u00e9e. L&rsquo;impossibilit\u00e9 de la rencontre devient alors le moteur dramatique de l&rsquo;\u00e9criture, tandis que la pri\u00e8re, la lamentation et l&rsquo;invocation constituent les formes privil\u00e9gi\u00e9es de cette qu\u00eate impossible.<\/p>\n<p>Cette logique d&rsquo;absolutisation repose essentiellement sur une po\u00e9tique de l&rsquo;hyperbole. L&rsquo;\u00e9criture ne cherche pas tant \u00e0 repr\u00e9senter le r\u00e9el qu&rsquo;\u00e0 le d\u00e9passer. Les images se d\u00e9ploient selon un mouvement continu d&rsquo;expansion qui conduit certaines m\u00e9taphores aux limites de la lisibilit\u00e9 figurative. Loin d&rsquo;\u00eatre une faiblesse, cette saturation de l&rsquo;image traduit l&rsquo;ambition fondamentale du po\u00e8te : faire acc\u00e9der le langage \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 qui exc\u00e8de les possibilit\u00e9s ordinaires de la repr\u00e9sentation. L&rsquo;hyperbole devient ainsi une modalit\u00e9 de connaissance autant qu&rsquo;une figure de style ; elle constitue le moyen privil\u00e9gi\u00e9 par lequel le po\u00e8me tente de dire l&rsquo;indicible.<\/p>\n<p>Cette m\u00eame dynamique gouverne les po\u00e8mes consacr\u00e9s aux \u00e9v\u00e9nements historiques et aux drames collectifs. Les faits ne sont jamais restitu\u00e9s dans leur seule dimension documentaire ; ils font l&rsquo;objet d&rsquo;une v\u00e9ritable transfiguration po\u00e9tique. Le fleuve I\u0263zar u Massin est \u00e9lev\u00e9 au rang d&rsquo;espace sacralis\u00e9 o\u00f9 convergent m\u00e9moire historique, r\u00e9sistance et l\u00e9gende. Le drame de l&rsquo;\u00e9migration clandestine, le s\u00e9isme d&rsquo;Al Hoce\u00efma, la r\u00e9pression sanglante des \u00e9v\u00e9nements de Nador en 1984 ou encore la mort tragique de Fatima sont tous soumis \u00e0 un processus de mythification qui les arrache \u00e0 leur contingence historique pour leur conf\u00e9rer une port\u00e9e universelle. Dans cette perspective, les \u00e9l\u00e9ments naturels cessent d&rsquo;\u00eatre de simples composantes du d\u00e9cor ; ils deviennent des instances agissantes de l&rsquo;\u00e9nonciation po\u00e9tique. Les vagues, les temp\u00eates ou la mort elle-m\u00eame acqui\u00e8rent une voix et participent pleinement \u00e0 la dramatisation du monde.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des singularit\u00e9s de cette po\u00e9tique r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette cosmisation du r\u00e9el. Le cosmos n&rsquo;est jamais un simple cadre symbolique ; il constitue la structure profonde de l&rsquo;imaginaire du recueil. Les ph\u00e9nom\u00e8nes naturels, les corps c\u00e9lestes, les saisons ou les \u00e9l\u00e9ments participent d&rsquo;un m\u00eame syst\u00e8me de correspondances qui tend \u00e0 int\u00e9grer aussi bien l&rsquo;exp\u00e9rience amoureuse que la m\u00e9moire historique dans un ordre cosmologique unique. Cette vision conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;ensemble du recueil une remarquable unit\u00e9 symbolique.<\/p>\n<p>Sur le plan formel, cette entreprise po\u00e9tique demeure profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans la tradition orale rifaine. La mesure prosodique Ralla Buya, matrice rythmique de l&rsquo;izli, continue de structurer une grande partie des textes. M\u00eame lorsque le po\u00e8te s&rsquo;\u00e9loigne des sch\u00e9mas m\u00e9triques traditionnels, notamment dans les compositions les plus longues, les \u00e9chos de cette prosodie restent nettement perceptibles. Cette permanence rythmique explique la forte dimension performative de l&rsquo;\u0153uvre. Les po\u00e8mes semblent avoir \u00e9t\u00e9 con\u00e7us autant pour la prof\u00e9ration que pour la lecture silencieuse, ce que confirme la publication, parall\u00e8lement au recueil, d&rsquo;un enregistrement o\u00f9 Abderrahim Fauzi interpr\u00e8te lui-m\u00eame ses textes. L&rsquo;oralit\u00e9 appara\u00eet ainsi non comme un simple h\u00e9ritage esth\u00e9tique, mais comme le mode d&rsquo;existence privil\u00e9gi\u00e9 de cette po\u00e9sie.<\/p>\n<p>Toutefois, cette fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la tradition ne rel\u00e8ve jamais de l&rsquo;imitation. Fauzi renouvelle les ressources expressives de l&rsquo;izli en les int\u00e9grant \u00e0 une esth\u00e9tique r\u00e9solument moderne de l&rsquo;amplification. Les images h\u00e9rit\u00e9es de la chanson rifaine sont soumises \u00e0 un processus de radicalisation qui les conduit vers une v\u00e9ritable cosmologie po\u00e9tique. En ce sens, son \u0153uvre pr\u00e9sente d&rsquo;ind\u00e9niables affinit\u00e9s avec celle de Karim Kannuf, autre figure majeure de la po\u00e9sie rifaine contemporaine, chez qui l&rsquo;amour tend \u00e9galement vers une forme d&rsquo;absolu. Toutefois, l\u00e0 o\u00f9 Kannuf demeure essentiellement dans le registre de l&rsquo;absolu amoureux, Fauzi \u00e9tend ce mouvement d&rsquo;absolutisation \u00e0 l&rsquo;ensemble de son univers po\u00e9tique. La femme, l&rsquo;amour, la m\u00e9moire, l&rsquo;histoire, les catastrophes naturelles et le paysage rel\u00e8vent tous d&rsquo;un m\u00eame syst\u00e8me symbolique r\u00e9gi par un mouvement continu de d\u00e9passement du r\u00e9el.<\/p>\n<p>Ainsi, l&rsquo;unit\u00e9 profonde de Ta\u1e25erya\u1e0dt ne r\u00e9side ni dans l&rsquo;identit\u00e9 de ses th\u00e8mes ni dans les circonstances de composition de ses po\u00e8mes, mais dans une m\u00eame op\u00e9ration po\u00e9tique : l&rsquo;absolutisation du monde. La coh\u00e9rence du recueil proc\u00e8de d&rsquo;une \u00e9criture qui tend constamment \u00e0 convertir l&rsquo;exp\u00e9rience singuli\u00e8re en exp\u00e9rience universelle, le v\u00e9cu en mythe, l&rsquo;histoire en trag\u00e9die et l&rsquo;amour en principe cosmologique. En articulant la puissance de l&rsquo;hyperbole, le souffle \u00e9pique, l&rsquo;imaginaire cosmique et les ressources de l&rsquo;oralit\u00e9 rifaine, Abderrahim Fauzi \u00e9labore une \u0153uvre qui occupe une place singuli\u00e8re dans le paysage de la po\u00e9sie amazighe contemporaine. Plus qu&rsquo;un simple recueil lyrique, Ta\u1e25erya\u1e0dt appara\u00eet comme la formulation d&rsquo;une v\u00e9ritable vision du monde, o\u00f9 la po\u00e9sie devient l&rsquo;espace privil\u00e9gi\u00e9 de la transfiguration du r\u00e9el.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;examen du recueil Ta\u1e25erya\u1e0dt fait appara\u00eetre une remarquable coh\u00e9rence po\u00e9tique, qui autorise \u00e0 parler d&rsquo;une v\u00e9ritable po\u00e9tique de l&rsquo;absolutisation. 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