{"id":8360,"date":"2026-08-11T15:48:49","date_gmt":"2026-08-11T14:48:49","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=8360"},"modified":"2026-08-11T15:48:49","modified_gmt":"2026-08-11T14:48:49","slug":"les-silencieuses-wahiba-el-ayadi-fait-parler-la-memoire-des-femmes-rifaines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/les-silencieuses-wahiba-el-ayadi-fait-parler-la-memoire-des-femmes-rifaines\/","title":{"rendered":"\u00ab Les Silencieuses \u00bb : Wahiba El Ayadi fait parler la m\u00e9moire des femmes rifaines"},"content":{"rendered":"<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-8361 alignright\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/wahiba-couve.jpg?resize=438%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"438\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/wahiba-couve.jpg?resize=438%2C250&amp;ssl=1 438w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/wahiba-couve.jpg?w=700&amp;ssl=1 700w\" sizes=\"auto, (max-width: 438px) 100vw, 438px\" \/>\u00c0 travers quelques r\u00e9cits transmis oralement par sa m\u00e8re depuis son enfance, l\u2019universitaire et autrice Wahiba El Ayadi redonne une voix \u00e0 des femmes rifaines dont les histoires, longtemps conserv\u00e9es dans l\u2019intimit\u00e9 familiale, risquent de dispara\u00eetre avec les g\u00e9n\u00e9rations. Une d\u00e9marche qui s\u2019inscrit dans un travail plus large de transmission et de restauration de la m\u00e9moire amazighe.<\/p>\n<p>Professeure \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Picardie Jules Verne, Wahiba El Ayadi est profond\u00e9ment attach\u00e9e \u00e0 ses racines rifaines et \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage amazigh qui l\u2019a construite. Son parcours dans l\u2019enseignement des langues et du fran\u00e7ais langue \u00e9trang\u00e8re l\u2019a \u00e9galement amen\u00e9e \u00e0 travailler autour des questions de transmission, d\u2019identit\u00e9 et de culture.<\/p>\n<p>Cette volont\u00e9 de faire vivre la m\u00e9moire amazighe d\u00e9passe aujourd\u2019hui le cadre de son travail d\u2019\u00e9criture. \u00c0 l\u2019UPJV, elle anime notamment un atelier de conversation en langue et culture amazighes, un espace o\u00f9 la langue devient un support de rencontre, de transmission et de r\u00e9appropriation culturelle.<\/p>\n<p>Son engagement s\u2019inscrit ainsi dans une d\u00e9marche plus globale : contribuer, \u00e0 son \u00e9chelle, \u00e0 restaurer une m\u00e9moire collective amazighe trop souvent fragilis\u00e9e par l\u2019\u00e9rosion de la transmission orale et linguistique.<\/p>\n<p>C\u2019est dans cette continuit\u00e9 que s\u2019inscrit Les Silencieuses.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage est n\u00e9 de r\u00e9cits que l\u2019autrice conna\u00eet depuis l\u2019enfance. Des histoires racont\u00e9es par sa m\u00e8re, au fil des conversations et des souvenirs familiaux, et qui ont progressivement pris une autre dimension dans son regard d\u2019adulte.<\/p>\n<p>\u00ab Ce ne sont pas des histoires que j\u2019ai invent\u00e9es. Ce sont de vraies histoires, racont\u00e9es par ma m\u00e8re depuis que je suis enfant. \u00bb<\/p>\n<p>Cette phrase r\u00e9sume l\u2019essence du projet. Les Silencieuses n\u2019est pas une \u0153uvre de fiction destin\u00e9e \u00e0 reconstruire le pass\u00e9. C\u2019est une tentative de pr\u00e9server des fragments de vies avant qu\u2019ils ne disparaissent.<\/p>\n<p>Les r\u00e9cits sont ind\u00e9pendants les uns des autres. Ils ne forment pas une histoire continue et ne reposent pas sur des personnages imaginaires. Leur point commun est plus profond : toutes les femmes qui y apparaissent sont issues de la lign\u00e9e maternelle de l\u2019autrice.<\/p>\n<p>Ce sont des femmes ordinaires, mais dont les existences racontent une \u00e9poque que trop peu connaisse.<\/p>\n<p>Faire entrer les femmes dans la m\u00e9moire collective<\/p>\n<p>\u00c0 travers ces r\u00e9cits, Wahiba El Ayadi souhaite interroger la mani\u00e8re dont l\u2019Histoire est racont\u00e9e et surtout la place qu\u2019y occupent les femmes.<\/p>\n<p>Les grandes histoires du Rif ont souvent \u00e9t\u00e9 racont\u00e9es \u00e0 travers les figures masculines, les r\u00e9sistances, les conflits, les migrations, les bouleversements politiques et sociaux. Mais derri\u00e8re cette grande Histoire, il existait une autre histoire, plus discr\u00e8te : celle des familles, des foyers, des m\u00e8res, des \u00e9pouses, des filles et des femmes qui ont travers\u00e9 les m\u00eames p\u00e9riodes de bouleversements sans toujours laisser de traces \u00e9crites.<\/p>\n<p>Les femmes \u00e9taient l\u00e0.<\/p>\n<p>Elles vivaient l\u2019Histoire, elles aussi.<\/p>\n<p>Leurs histoires ont simplement beaucoup moins souvent \u00e9t\u00e9 consign\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab Ces femmes ont v\u00e9cu aux c\u00f4t\u00e9s des hommes de leur \u00e9poque des \u00e9preuves souvent teint\u00e9es de douleur. Mais elles ont aussi \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites au silence par pudeur, par dignit\u00e9, parfois simplement pour ne pas r\u00e9v\u00e9ler leurs faiblesses aux yeux du monde. \u00bb<\/p>\n<p>Le silence \u00e9voqu\u00e9 dans le titre n\u2019est donc pas n\u00e9cessairement celui d\u2019une oppression subie. Il est aussi celui que l\u2019on choisit parfois de conserver, par pudeur, par dignit\u00e9 ou par volont\u00e9 de prot\u00e9ger les siens.<\/p>\n<p>Ces femmes ont souffert, attendu, travaill\u00e9, \u00e9lev\u00e9 leurs enfants, affront\u00e9 l\u2019absence, la pauvret\u00e9 et les bouleversements de leur temps. Elles ont fait face \u00e0 des situations difficiles sans forc\u00e9ment les nommer, encore moins les raconter.<\/p>\n<p>Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui int\u00e9resse l\u2019autrice : ce qui se trouve derri\u00e8re ce silence.<\/p>\n<p>Des existences enti\u00e8res.<\/p>\n<p>Une femme rifaine, bien plus qu\u2019une figure silencieuse<\/p>\n<p>Si Les Silencieuses donne une place centrale aux femmes, Wahiba El Ayadi refuse toutefois de r\u00e9duire son ouvrage \u00e0 une lecture strictement f\u00e9ministe.<\/p>\n<p>Elle ne cherche ni \u00e0 opposer les femmes aux hommes, ni \u00e0 r\u00e9\u00e9crire le pass\u00e9 \u00e0 travers les cat\u00e9gories de pens\u00e9e du pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Son ambition est ailleurs : montrer la complexit\u00e9 de la place occup\u00e9e par les femmes dans la soci\u00e9t\u00e9 rifaine et rappeler qu\u2019elles n\u2019en furent jamais de simples spectatrices.<\/p>\n<p>\u00ab Je ne voulais pas \u00e9crire un ouvrage qui r\u00e9duise la place des hommes. Je voulais au contraire souligner la place r\u00e9elle de la femme rifaine dans sa soci\u00e9t\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Une nuance importante pour l\u2019autrice, qui estime que la soci\u00e9t\u00e9 amazighe rifaine ne peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e \u00e0 l\u2019image d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00ab 100 % patriarcale \u00bb dans laquelle les femmes auraient \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es de toute capacit\u00e9 d\u2019action.<\/p>\n<p>Les femmes de Les Silencieuses sont contraintes par leur \u00e9poque, mais elles sont \u00e9galement courageuses, ing\u00e9nieuses, r\u00e9silientes et actrices de leur propre existence.<\/p>\n<p>Elles vivent l\u2019Histoire aux c\u00f4t\u00e9s des hommes, avec leurs propres strat\u00e9gies, leurs propres formes de r\u00e9sistance et leur propre mani\u00e8re de faire face aux \u00e9preuves.<\/p>\n<p>\u00ab Ces femmes n\u2019\u00e9taient pas simplement des victimes silencieuses. Elles \u00e9taient des actrices de leur \u00e9poque. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage invite ainsi \u00e0 regarder autrement la m\u00e9moire rifaine : non pas pour opposer les sexes, mais pour compl\u00e9ter le r\u00e9cit.<\/p>\n<p>De la m\u00e9moire familiale \u00e0 la m\u00e9moire collective<\/p>\n<p>Le projet de Wahiba El Ayadi d\u00e9passe ainsi la seule sauvegarde d\u2019une histoire familiale.<\/p>\n<p>Ce qui commence avec les r\u00e9cits de sa m\u00e8re devient une r\u00e9flexion sur la mani\u00e8re dont une communaut\u00e9 conserve \u2014 ou perd \u2014 sa m\u00e9moire.<\/p>\n<p>La transmission amazighe s\u2019est longtemps appuy\u00e9e sur l\u2019oralit\u00e9. Les histoires, les g\u00e9n\u00e9alogies, les savoirs, les anecdotes et les exp\u00e9riences de vie se transmettaient d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre, souvent dans la langue amazighe.<\/p>\n<p>Or, dans les soci\u00e9t\u00e9s issues de la diaspora, cette transmission est parfois fragilis\u00e9e. Lorsque la langue des grands-parents n\u2019est plus parl\u00e9e par les g\u00e9n\u00e9rations suivantes, ce ne sont pas seulement des mots qui disparaissent. Ce sont aussi les histoires, les nuances et les repr\u00e9sentations du monde qu\u2019ils portaient.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment contre cet effacement que s\u2019inscrit le travail de Wahiba El Ayadi.<\/p>\n<p>Son atelier de conversation en langue et culture amazighes \u00e0 l\u2019UPJV, comme son travail d\u2019\u00e9criture, participe d\u2019une m\u00eame volont\u00e9 : cr\u00e9er des espaces o\u00f9 la langue, les r\u00e9cits et la m\u00e9moire peuvent continuer \u00e0 circuler.<\/p>\n<p>\u00ab La m\u00e9moire ne se trouve pas uniquement dans les livres. Elle existe aussi dans les langues. Et lorsque nos a\u00een\u00e9s disparaissent, si la langue et les r\u00e9cits ne sont plus transmis, nous perdons les deux en m\u00eame temps : les mots et ce qu\u2019ils racontaient. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9crit devient alors une forme de sauvegarde.<\/p>\n<p>Il ne pr\u00e9tend pas remplacer la transmission orale, mais peut en devenir la trace.<\/p>\n<p>C\u2019est dans cette perspective que Les Silencieuses comporte \u00e9galement une version anglaise. Un choix qui vise notamment les g\u00e9n\u00e9rations de la diaspora amazighe qui, parfois, ne ma\u00eetrisent plus la langue de leurs grands-parents mais souhaitent renouer avec leur histoire et leur h\u00e9ritage.<\/p>\n<p>Le livre peut ainsi circuler au-del\u00e0 du Rif et du Maroc, jusqu\u2019aux communaut\u00e9s amazighes \u00e9tablies en Europe, en Am\u00e9rique du Nord et ailleurs dans le monde.<\/p>\n<p>Un h\u00e9ritage, plus qu\u2019un livre<\/p>\n<p>Au fond, Les Silencieuses est peut-\u00eatre moins un livre sur le pass\u00e9 qu\u2019un livre sur ce que nous risquons de perdre aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Wahiba El Ayadi ne pr\u00e9tend pas raconter toutes les femmes rifaines. Elle livre quelques r\u00e9cits, quelques fragments, quelques destins issus de sa propre lign\u00e9e maternelle.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est justement cette dimension intime qui leur donne leur port\u00e9e universelle.<\/p>\n<p>Car derri\u00e8re ces femmes se dessinent toutes celles dont les histoires n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9crites.<\/p>\n<p>Une grand-m\u00e8re dont on ne conna\u00eet que quelques anecdotes. Une arri\u00e8re-grand-m\u00e8re dont on ne sait presque rien. Une tante dont les \u00e9preuves ne furent jamais racont\u00e9es. Des femmes dont les noms ne figureront peut-\u00eatre jamais dans les livres d\u2019Histoire, mais dont les vies ont pourtant particip\u00e9 \u00e0 construire celles et ceux qui leur ont succ\u00e9d\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Je n\u2019ai pas \u00e9crit ce livre pour parler \u00e0 leur place. Je l\u2019ai \u00e9crit pour que leurs histoires ne soient pas d\u00e9finitivement perdues. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est sans doute l\u00e0 que r\u00e9side la force de cet ouvrage disponible sur Amazon.<\/p>\n<p>Dans cette volont\u00e9 de transmettre sans trahir, de raconter sans juger et de regarder le pass\u00e9 sans lui imposer les cat\u00e9gories du pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Le livre est avant tout un geste de respect envers une culture et envers celles et ceux qui l\u2019ont port\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour Wahiba El Ayadi, profond\u00e9ment attach\u00e9e \u00e0 son identit\u00e9 rifaine, pr\u00e9server cette m\u00e9moire rel\u00e8ve d\u2019une v\u00e9ritable d\u00e9marche de restauration de la m\u00e9moire collective.<\/p>\n<p>Car une culture ne survit pas uniquement \u00e0 travers ses monuments, ses archives ou ses grandes figures.<\/p>\n<p>Elle survit aussi dans les r\u00e9cits que l\u2019on se transmet autour d\u2019une table, dans une langue familiale, dans une anecdote racont\u00e9e par une m\u00e8re \u00e0 son enfant.<\/p>\n<p>Et lorsque cette transmission devient fragile, il faut parfois prendre une plume.<\/p>\n<p>Pour que les voix s\u2019\u00e9teignent moins vite.<\/p>\n<p>Pour que les g\u00e9n\u00e9rations futures sachent d\u2019o\u00f9 elles viennent.<\/p>\n<p>Et pour que, derri\u00e8re le silence, les femmes du Rif continuent de vivre dans la m\u00e9moire de ceux qui viennent apr\u00e8s elles.<\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/amzn.eu\/d\/0csMkojL\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/amzn.eu\/d\/0csMkojL<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 travers quelques r\u00e9cits transmis oralement par sa m\u00e8re depuis son enfance, l\u2019universitaire et autrice Wahiba El Ayadi redonne une voix \u00e0 des femmes rifaines dont les histoires, longtemps conserv\u00e9es dans l\u2019intimit\u00e9 familiale, risquent de dispara\u00eetre avec les g\u00e9n\u00e9rations. 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