{"id":8442,"date":"2026-09-05T14:56:44","date_gmt":"2026-09-05T13:56:44","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=8442"},"modified":"2026-09-05T14:56:44","modified_gmt":"2026-09-05T13:56:44","slug":"les-elections-du-23-septembre-2026-le-maroc-face-a-son-destin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/les-elections-du-23-septembre-2026-le-maroc-face-a-son-destin\/","title":{"rendered":"Les \u00e9lections du 23 septembre 2026 : le Maroc face \u00e0 son destin"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 405px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743-405x250.jpg?resize=405%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"405\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?resize=405%2C250&amp;ssl=1 405w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 405px) 100vw, 405px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\">Dr. Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Introduction : une \u00e9lection qui d\u00e9passe l\u2019\u00e9lection<\/strong><\/p>\n<p>Le 23 septembre 2026, les Marocains seront appel\u00e9s \u00e0 renouveler les 395 si\u00e8ges de la Chambre des repr\u00e9sentants. Formellement, il s\u2019agit d\u2019un rendez-vous \u00e9lectoral r\u00e9gulier dans une monarchie constitutionnelle qui, depuis plus de deux d\u00e9cennies, a fait de la r\u00e9gularit\u00e9 des consultations \u00e9lectorales l\u2019un des signes distinctifs de sa stabilit\u00e9 politique. Mais r\u00e9duire le scrutin de septembre 2026 \u00e0 une simple op\u00e9ration de renouvellement parlementaire serait passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa v\u00e9ritable port\u00e9e. Cette \u00e9lection intervient dans un contexte o\u00f9 la question n\u2019est plus seulement de savoir quel parti arrivera en t\u00eate, mais si les institutions repr\u00e9sentatives parviennent encore \u00e0 produire de la confiance, de la participation et un sentiment d\u2019efficacit\u00e9 politique. Le v\u00e9ritable enjeu est donc moins la distribution arithm\u00e9tique des si\u00e8ges que la relation entre citoyens et institutions, entre souverainet\u00e9 populaire et exercice du pouvoir, entre stabilit\u00e9 politique et l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Le cadre constitutionnel marocain conf\u00e8re au scrutin une importance th\u00e9orique consid\u00e9rable. L\u2019article premier de la Constitution de 2011 d\u00e9finit le Maroc comme une monarchie constitutionnelle, d\u00e9mocratique, parlementaire et sociale et affirme les principes de s\u00e9paration, d\u2019\u00e9quilibre et de collaboration des pouvoirs, ainsi que ceux de d\u00e9mocratie participative, de bonne gouvernance et de reddition des comptes. L\u2019article 2 \u00e9tablit que la souverainet\u00e9 appartient \u00e0 la nation, qui l\u2019exerce directement par r\u00e9f\u00e9rendum et indirectement par l\u2019interm\u00e9diaire de ses repr\u00e9sentants \u00e9lus. L\u2019article 7 attribue aux partis politiques une fonction essentielle de structuration et de formation des citoyens, d\u2019expression de la volont\u00e9 des \u00e9lecteurs et de participation \u00e0 l\u2019exercice du pouvoir. Enfin, l\u2019article 47 dispose que le Roi nomme le Chef du gouvernement au sein du parti arriv\u00e9 en t\u00eate des \u00e9lections \u00e0 la Chambre des repr\u00e9sentants. La m\u00e9canique institutionnelle associe ainsi souverainet\u00e9 \u00e9lectorale, pluralisme partisan et pr\u00e9\u00e9minence monarchique. <a href=\"https:\/\/www.constituteproject.org\/constitution\/Morocco_2011?utm_source=chatgpt.com\">Constitution du Royaume du Maroc (2011)<\/a><\/p>\n<p>Cette architecture explique la sp\u00e9cificit\u00e9 du syst\u00e8me marocain. L\u2019\u00e9lection n\u2019est ni insignifiante ni souveraine au sens des d\u00e9mocraties parlementaires classiques. Elle constitue un m\u00e9canisme r\u00e9el de s\u00e9lection des repr\u00e9sentants et de formation du gouvernement, mais elle fonctionne \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un ordre constitutionnel o\u00f9 la monarchie conserve des pr\u00e9rogatives d\u00e9terminantes dans les domaines r\u00e9galiens et dans l\u2019orientation strat\u00e9gique de l\u2019\u00c9tat. Cette configuration peut \u00eatre comprise comme une forme de d\u00e9mocratie graduelle ou incr\u00e9mentale, dans laquelle l\u2019ouverture institutionnelle coexiste avec des limites structurelles \u00e0 l\u2019autonomisation du champ partisan (Chtatou, 2026b).<\/p>\n<p>Le scrutin de 2026 doit donc \u00eatre lu simultan\u00e9ment \u00e0 trois niveaux. Il constitue d\u2019abord une comp\u00e9tition \u00e9lectorale entre partis. Il est ensuite un test de la capacit\u00e9 des institutions \u00e0 renouveler leur l\u00e9gitimit\u00e9 aupr\u00e8s d\u2019une population de plus en plus sceptique. Il repr\u00e9sente enfin une \u00e9preuve de la capacit\u00e9 du syst\u00e8me politique \u00e0 absorber les transformations sociales, \u00e9conomiques et g\u00e9n\u00e9rationnelles qui traversent le Maroc. En ce sens, le 23 septembre pourrait devenir moins une \u00e9lection de changement de majorit\u00e9 qu\u2019une \u00e9lection de mesure de la distance entre le Maroc institutionnel et le Maroc social.<\/p>\n<p><strong>La stabilit\u00e9 \u00e9lectorale ne signifie pas n\u00e9cessairement vitalit\u00e9 d\u00e9mocratique<\/strong><\/p>\n<p>Depuis l\u2019av\u00e8nement du r\u00e8gne de Mohammed VI, le Maroc a construit une image de stabilit\u00e9 institutionnelle remarquable dans un environnement r\u00e9gional souvent caract\u00e9ris\u00e9 par les ruptures, les coups d\u2019\u00c9tat, les guerres civiles et les transitions politiques brutales. La r\u00e9gularit\u00e9 des consultations \u00e9lectorales, l\u2019existence d\u2019un multipartisme l\u00e9gal, l\u2019alternance gouvernementale et la continuit\u00e9 des institutions ont contribu\u00e9 \u00e0 cette image. Pourtant, la stabilit\u00e9 proc\u00e9durale ne suffit pas \u00e0 \u00e9tablir une d\u00e9mocratie substantielle. Une d\u00e9mocratie ne se mesure pas uniquement au fait que des \u00e9lections ont lieu \u00e0 intervalles r\u00e9guliers ; elle d\u00e9pend \u00e9galement de la confiance accord\u00e9e aux institutions, de la capacit\u00e9 des partis \u00e0 repr\u00e9senter effectivement la soci\u00e9t\u00e9 et de la conviction des citoyens que leur participation peut modifier les politiques publiques.<\/p>\n<p>Les \u00e9lections l\u00e9gislatives de 2021 illustrent cette ambigu\u00eft\u00e9. Elles ont produit une recomposition politique majeure : le Rassemblement national des ind\u00e9pendants (RNI) a remport\u00e9 une victoire d\u00e9cisive, tandis que le Parti de la justice et du d\u00e9veloppement (PJD), qui avait dirig\u00e9 le gouvernement pendant deux l\u00e9gislatures, s\u2019est effondr\u00e9 \u00e9lectoralement. Le scrutin a donc d\u00e9montr\u00e9 que les \u00e9lections marocaines peuvent effectivement provoquer des transformations importantes de la repr\u00e9sentation partisane. Mais cette transformation n\u2019a pas n\u00e9cessairement produit une transformation \u00e9quivalente de la perception citoyenne de la politique. <a href=\"https:\/\/www.realinstitutoelcano.org\/en\/analyses\/the-moroccan-elections-of-2021-a-new-political-architecture-for-a-new-development-model\/?utm_source=chatgpt.com\">Elcano Royal Institute, \u201cThe Moroccan elections of 2021\u201d<\/a><\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette distinction entre alternance \u00e9lectorale et transformation politique qu\u2019il convient de retenir pour 2026. Une nouvelle majorit\u00e9 pourrait \u00e9merger sans que la relation entre citoyens et institutions soit profond\u00e9ment modifi\u00e9e. La question fondamentale devient alors celle de l\u2019efficacit\u00e9 repr\u00e9sentative : les partis sont-ils capables de transformer les attentes sociales en programmes cr\u00e9dibles, puis les programmes en politiques publiques perceptibles par les citoyens ?<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me politique marocain peut \u00eatre qualifi\u00e9 de \u00ab gris \u00bb ou hybride pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il combine des institutions d\u00e9mocratiques formelles avec des m\u00e9canismes de pouvoir qui ne rel\u00e8vent pas enti\u00e8rement de la logique \u00e9lectorale (Chtatou, 2023).<\/p>\n<p>La cons\u00e9quence est fondamentale : l\u2019\u00e9lecteur marocain ne vote pas n\u00e9cessairement dans l\u2019attente d\u2019une rupture syst\u00e9mique. Il vote, lorsqu\u2019il vote, dans un syst\u00e8me o\u00f9 les fronti\u00e8res entre comp\u00e9tition, coop\u00e9ration, cooptation et gouvernance technocratique demeurent particuli\u00e8rement poreuses. L\u2019\u00e9lection peut donc modifier la composition de la Chambre sans modifier proportionnellement la structure globale du pouvoir.<\/p>\n<p><strong>La crise de repr\u00e9sentation : lorsque le citoyen ne se reconna\u00eet plus dans le parti<\/strong><\/p>\n<p>Le probl\u00e8me central du scrutin de 2026 est probablement celui de la repr\u00e9sentation. La repr\u00e9sentation politique suppose une relation r\u00e9ciproque : le citoyen d\u00e9l\u00e8gue une partie de sa souverainet\u00e9 \u00e0 un repr\u00e9sentant, tandis que celui-ci doit demeurer politiquement responsable devant ceux qu\u2019il repr\u00e9sente. Lorsque cette relation se d\u00e9t\u00e9riore, le vote perd progressivement son caract\u00e8re de participation \u00e0 un projet collectif et devient un acte pragmatique, client\u00e9liste, protestataire ou simplement indiff\u00e9rent.<\/p>\n<p>La responsabilit\u00e9 politique ne peut \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 l\u2019existence d\u2019un m\u00e9canisme constitutionnel de reddition des comptes (Chtatou, 2017). Elle suppose que le citoyen puisse identifier clairement les d\u00e9cideurs, \u00e9valuer leurs performances et, surtout, sanctionner \u00e9lectoralement leur \u00e9chec. Lorsque les responsabilit\u00e9s sont dispers\u00e9es entre institutions \u00e9lues, administrations, autorit\u00e9s territoriales, organismes publics et centres de d\u00e9cision non \u00e9lectifs, la sanction \u00e9lectorale devient beaucoup moins lisible.<\/p>\n<p>La faiblesse des partis accentue ce probl\u00e8me. Le parti politique moderne devrait \u00eatre un interm\u00e9diaire entre la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019\u00c9tat : il devrait agr\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats, produire des id\u00e9es, s\u00e9lectionner des dirigeants, socialiser politiquement les citoyens et organiser le d\u00e9bat public. Or, au Maroc, les partis sont fr\u00e9quemment per\u00e7us comme des structures \u00e9lectorales plut\u00f4t que comme de v\u00e9ritables organisations de m\u00e9diation sociale. Mohamed Daadaoui avait d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 que les partis marocains \u00e9voluent dans un syst\u00e8me o\u00f9 les \u00e9lections constituent \u00e9galement des strat\u00e9gies de positionnement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un ordre politique domin\u00e9 par la monarchie (Daadaoui, 2010). <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/00263201003612872?utm_source=chatgpt.com\">Daadaoui (2010), \u201cRituals of Power and Political Parties in Morocco\u201d<\/a><\/p>\n<p>Cette faiblesse structurelle ne signifie pas que les partis sont d\u00e9pourvus d\u2019importance. Elle signifie plut\u00f4t que leur capacit\u00e9 \u00e0 monopoliser la production de la repr\u00e9sentation politique demeure limit\u00e9e. Le r\u00e9sultat est paradoxal : le Maroc poss\u00e8de un multipartisme particuli\u00e8rement d\u00e9velopp\u00e9, mais l\u2019abondance des formations ne produit pas n\u00e9cessairement une plus grande pluralit\u00e9 id\u00e9ologique. La fragmentation peut m\u00eame contribuer \u00e0 la dilution des responsabilit\u00e9s et \u00e0 la personnalisation des candidatures.<\/p>\n<p>Le nouveau cadre juridique des partis adopt\u00e9 en 2026 vise d\u2019ailleurs \u00e0 renforcer leur gouvernance, leur organisation et les conditions de leur constitution et de leur financement. Cette r\u00e9forme constitue une \u00e9volution institutionnelle significative, mais son efficacit\u00e9 d\u00e9pendra moins de la sophistication juridique du dispositif que de la capacit\u00e9 des partis \u00e0 se transformer en organisations politiques r\u00e9ellement enracin\u00e9es dans la soci\u00e9t\u00e9. <a href=\"https:\/\/www.loc.gov\/item\/global-legal-monitor\/2026-05-29\/morocco-new-law-bolsters-governance-of-political-parties\/?utm_source=chatgpt.com\">Library of Congress, \u201cMorocco: New Law Bolsters Governance of Political Parties\u201d<\/a><\/p>\n<p><strong>L\u2019abstention : le v\u00e9ritable adversaire du 23 septembre<\/strong><\/p>\n<p>Le v\u00e9ritable parti d\u2019opposition du scrutin de 2026 pourrait bien \u00eatre l\u2019abstention et de la crise de repr\u00e9sentation qui l\u2019accompagne (Chtatou, 2026d). <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/03092026-the-great-rendezvous-with-abstention-the-moroccan-legislative-elections-of-september-23-2026-and-the-crisis-of-political-representation-analysis\/?utm_source=chatgpt.com\">Chtatou (2026), \u201cThe Great Rendezvous With Abstention?\u201d<\/a><\/p>\n<p>Cette hypoth\u00e8se n\u2019est pas fond\u00e9e sur un pessimisme abstrait. Elle s\u2019appuie sur une dynamique observable depuis plusieurs ann\u00e9es. La participation aux l\u00e9gislatives \u00e9tait de 43 % en 2016 avant de remonter \u00e0 environ 50 % en 2021. Cette hausse ne doit toutefois pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme la preuve d\u2019un renouveau durable de la participation citoyenne. Le scrutin de 2021 combinait plusieurs consultations \u00e9lectorales et intervenait dans un contexte particulier. <a href=\"https:\/\/www.reuters.com\/world\/africa\/moroccans-vote-parliament-election-under-new-voting-rules-2021-09-08\/?utm_source=chatgpt.com\">Reuters, \u201cMoroccans vote in parliament election under new voting rules\u201d<\/a><\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne le plus pr\u00e9occupant concerne cependant les jeunes. Les donn\u00e9es d\u2019Afrobarometer montrent une faible confiance des jeunes Marocains envers les principales institutions et formations politiques. En mars 2026, seulement 37 % environ des jeunes interrog\u00e9s d\u00e9claraient faire confiance au Parlement, tandis que la confiance envers le gouvernement et les partis politiques demeurait encore plus faible. Les jeunes \u00e9taient \u00e9galement plus nombreux que les g\u00e9n\u00e9rations plus \u00e2g\u00e9es \u00e0 percevoir de la corruption parmi les parlementaires, les conseillers municipaux et les responsables de la Primature (Elmounachit, 2026). <a href=\"https:\/\/www.afrobarometer.org\/publication\/ad1150-les-jeunes-marocains-expriment-peu-de-confiance-aux-dirigeants-et-partis-politiques\/?utm_source=chatgpt.com\">Afrobarometer, \u201cLes jeunes marocains expriment peu de confiance aux dirigeants et partis politiques\u201d<\/a><\/p>\n<p>La crise de participation est donc d\u2019abord une crise de confiance. L\u2019abstention ne signifie pas n\u00e9cessairement que les citoyens sont politiquement apathiques. Elle peut signifier exactement le contraire : qu\u2019ils consid\u00e8rent les institutions \u00e9lectorales insuffisantes pour exprimer leurs frustrations. Dans ce cas, l\u2019abstention devient une forme de vote n\u00e9gatif, silencieux et diffus.<\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re parce que les jeunes disposent aujourd\u2019hui d\u2019autres moyens de participation politique. Les r\u00e9seaux sociaux, les mobilisations num\u00e9riques, les campagnes de sensibilisation et les manifestations permettent d\u2019exprimer des revendications sans passer par les partis traditionnels. Le paradoxe contemporain est donc celui d\u2019une jeunesse potentiellement politis\u00e9e mais institutionnellement d\u00e9sengag\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>La jeunesse : le c\u0153ur du probl\u00e8me politique marocain<\/strong><\/p>\n<p>La question de la jeunesse est indissociable de celle de l\u2019emploi, de l\u2019\u00e9ducation, de la mobilit\u00e9 sociale et de la dignit\u00e9. Les protestations de Gen Z 212 en 2025 ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les frustrations de la jeunesse ne pouvaient plus \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es uniquement comme un probl\u00e8me de communication politique. Elles exprimaient une interrogation plus profonde sur les priorit\u00e9s du mod\u00e8le de d\u00e9veloppement : pourquoi des investissements massifs dans les infrastructures et les grands projets coexistent-ils avec le sentiment persistant d\u2019un acc\u00e8s insuffisant \u00e0 une \u00e9ducation, une sant\u00e9 et un emploi de qualit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Les \u00e9lections de 2026 sont les premi\u00e8res \u00e9lections nationales depuis ces mobilisations de jeunesse. Leur r\u00e9sultat permettra donc de mesurer si les institutions repr\u00e9sentatives ont r\u00e9ussi \u00e0 transformer la protestation en participation politique ou si la distance entre les deux mondes demeure intacte.<\/p>\n<p>Dans l\u2019analyse du syst\u00e8me politique marocain, le client\u00e9lisme ne doit pas \u00eatre compris uniquement comme une pratique individuelle de corruption \u00e9lectorale. Il peut \u00e9galement fonctionner comme un m\u00e9canisme de m\u00e9diation sociale dans lequel l\u2019acc\u00e8s aux ressources, aux emplois, aux services ou aux opportunit\u00e9s d\u00e9pend de r\u00e9seaux personnels, familiaux, locaux ou politiques (Chtatou, 2025). <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/07102025-aspects-of-clientelism-due-to-neo-tribalism-in-moroccan-political-system-preeminence-of-this-state-of-affairs-and-current-protests-by-genz212-group-analysis\/?utm_source=chatgpt.com\">Chtatou (2025), \u201cAspects of Clientelism Due to Neo-Tribalism\u201d<\/a><\/p>\n<p>Cette logique entre directement en contradiction avec l\u2019id\u00e9al universaliste de la citoyennet\u00e9 d\u00e9mocratique. Dans une d\u00e9mocratie consolid\u00e9e, le citoyen est suppos\u00e9 acc\u00e9der aux ressources publiques en tant que titulaire de droits. Dans un syst\u00e8me fortement client\u00e9liste, il peut \u00eatre tent\u00e9 de consid\u00e9rer l\u2019\u00e9lection comme une transaction : soutien contre service, vote contre promesse, loyaut\u00e9 contre acc\u00e8s aux ressources. La citoyennet\u00e9 politique devient alors partiellement personnalis\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi le d\u00e9fi de 2026 n\u2019est pas seulement de faire voter les jeunes. Il consiste \u00e0 leur donner une raison de voter. La mobilisation \u00e9lectorale ne peut durablement reposer sur des campagnes institutionnelles appelant abstraitement au \u00ab devoir civique \u00bb. Elle exige que les jeunes puissent identifier une relation cr\u00e9dible entre leur bulletin de vote et leur avenir.<\/p>\n<p><strong>Client\u00e9lisme, n\u00e9o-tribalisme et personnalisation du vote<\/strong><\/p>\n<p>La politique \u00e9lectorale marocaine demeure travers\u00e9e par des structures sociales anciennes qui ont \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9es aux institutions modernes. Le n\u00e9o-tribalisme ne signifie \u00e9videmment pas le retour \u00e0 la tribu pr\u00e9coloniale. Il d\u00e9signe plut\u00f4t la persistance ou la r\u00e9activation de r\u00e9seaux de solidarit\u00e9, de loyaut\u00e9, d\u2019appartenance et de r\u00e9ciprocit\u00e9 dans des contextes politiques modernes (Chtatou, 2021). <a href=\"https:\/\/www.afrobarometer.org\/feature\/african-insights-2025\/?utm_source=chatgpt.com\">Chtatou (2021), \u201cTribalism and Neo-Tribalism in the Maghreb\u201d<\/a><\/p>\n<p>Dans le champ \u00e9lectoral, ces r\u00e9seaux peuvent influencer la s\u00e9lection des candidats, la mobilisation des \u00e9lecteurs et la circulation des ressources. Le candidat n\u2019est alors pas toujours choisi en fonction de la coh\u00e9rence de son programme ou de ses comp\u00e9tences nationales ; il peut \u00eatre s\u00e9lectionn\u00e9 parce qu\u2019il poss\u00e8de une implantation locale, une capacit\u00e9 de mobilisation familiale ou communautaire, un r\u00e9seau \u00e9conomique ou une notabilit\u00e9 reconnue.<\/p>\n<p>James Liddell a montr\u00e9 l\u2019importance persistante des notables et du client\u00e9lisme dans la politique du changement au Maroc (Liddell, 2010). <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/13629380903175438?utm_source=chatgpt.com\">Liddell (2010), \u201cNotables, clientelism and the politics of change in Morocco\u201d<\/a> Cette logique contribue \u00e0 expliquer pourquoi la multiplication des partis ne conduit pas n\u00e9cessairement \u00e0 une diff\u00e9renciation programmatique \u00e9quivalente.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est alors celui de la qualit\u00e9 de la repr\u00e9sentation. Un parlement compos\u00e9 essentiellement de notables locaux peut refl\u00e9ter certaines r\u00e9alit\u00e9s territoriales, mais il risque d\u2019\u00eatre moins capable de construire une vision nationale coh\u00e9rente. Inversement, une technocratisation excessive peut produire des dirigeants comp\u00e9tents sur le plan administratif mais faibles sur le plan de l\u2019enracinement social.<\/p>\n<p>Le Maroc se trouve pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la crois\u00e9e de ces deux mod\u00e8les : la notabilisation traditionnelle et la technocratisation moderne.<\/p>\n<p><strong>Technocratie et recomposition du pouvoir<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019une des caract\u00e9ristiques les plus int\u00e9ressantes de la p\u00e9riode actuelle est la mont\u00e9e en puissance de la technocratie. Le ph\u00e9nom\u00e8ne ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une anomalie marocaine : partout dans le monde, la complexification de l\u2019\u00c9tat, la mondialisation \u00e9conomique, les politiques publiques sp\u00e9cialis\u00e9es et la gestion des grands projets favorisent le recours \u00e0 des experts et \u00e0 des managers.<\/p>\n<p>Mais au Maroc, la technocratisation poss\u00e8de une dimension politique particuli\u00e8re. Elle peut contribuer \u00e0 contourner partiellement les faiblesses des partis en recrutant des comp\u00e9tences directement dans les secteurs \u00e9conomiques, administratifs, sportifs ou professionnels. L\u2019ascension politique de personnalit\u00e9s issues de ces milieux r\u00e9v\u00e8le cette transformation.<\/p>\n<p>Cette dynamique est identifiable \u00e0 travers le cas de Fouzi Lekjaa et la constitution possible d\u2019un \u00ab gouvernement de la Coupe du monde 2030 \u00bb, dans lequel technocratie, football, grands projets et recomposition politique se rencontrent (Chtatou, 2026c). <a href=\"https:\/\/maroc.ma\/en\/news\/2026-legislative-elections-boost-representation-youth-people-disabilities-expatriates?utm_source=chatgpt.com\">Chtatou (2026), \u201cFouzi Lekjaa and the \u2018World Cup 2030 Government\u2019\u201d<\/a><\/p>\n<p>La technocratie pr\u00e9sente un avantage \u00e9vident : elle peut fournir des comp\u00e9tences, de la continuit\u00e9 administrative et une capacit\u00e9 d\u2019ex\u00e9cution. Mais elle poss\u00e8de \u00e9galement une faiblesse structurelle : elle n\u2019est pas automatiquement repr\u00e9sentative. Un technocrate peut \u00eatre extr\u00eamement efficace sans \u00eatre politiquement responsable devant les citoyens.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que se situe l\u2019un des paradoxes du Maroc contemporain. Le pays a besoin d\u2019un \u00c9tat efficace, mais l\u2019efficacit\u00e9 administrative ne peut remplacer ind\u00e9finiment la repr\u00e9sentation politique. Le d\u00e9fi est donc de parvenir \u00e0 une synth\u00e8se entre comp\u00e9tence technocratique et l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9lectorale.<\/p>\n<p><strong>Le 23 septembre comme test de l\u00e9gitimit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>La l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9lectorale poss\u00e8de deux dimensions. La premi\u00e8re est juridique : une \u00e9lection conforme aux r\u00e8gles produit des repr\u00e9sentants l\u00e9galement habilit\u00e9s. La seconde est sociologique : une \u00e9lection largement reconnue par les citoyens produit une l\u00e9gitimit\u00e9 politique plus robuste.<\/p>\n<p>Le Maroc dispose incontestablement d\u2019une architecture \u00e9lectorale institutionnalis\u00e9e. Pour 2026, 395 si\u00e8ges seront renouvel\u00e9s, et le calendrier officiel pr\u00e9voit le d\u00e9p\u00f4t des candidatures du 31 ao\u00fbt au 8 septembre, une campagne du 10 au 22 septembre et le vote le 23 septembre. Les autorit\u00e9s ont \u00e9galement annonc\u00e9 des m\u00e9canismes destin\u00e9s \u00e0 favoriser la participation de certains groupes, notamment les jeunes, les Marocains r\u00e9sidant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et les personnes en situation de handicap. <a href=\"https:\/\/maroc.ma\/fr\/elections-legislatives-marocaines-2026?utm_source=chatgpt.com\">Portail officiel du Maroc \u2014 \u00c9lections l\u00e9gislatives 2026<\/a><\/p>\n<p>Mais la l\u00e9gitimit\u00e9 ne sera pas d\u00e9termin\u00e9e par la seule conformit\u00e9 du processus. Elle d\u00e9pendra \u00e9galement de la participation.<\/p>\n<p>Une \u00e9lection remport\u00e9e avec une faible mobilisation peut \u00eatre juridiquement parfaitement valide tout en r\u00e9v\u00e9lant une fragilit\u00e9 politique. Inversement, une participation \u00e9lev\u00e9e peut renforcer le sentiment de l\u00e9gitimit\u00e9, mais elle ne suffira pas \u00e0 elle seule \u00e0 r\u00e9soudre les probl\u00e8mes structurels de repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi le taux de participation du 23 septembre devra \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 non comme une simple statistique, mais comme un indicateur politique. Une faible participation signifierait que le probl\u00e8me de repr\u00e9sentation demeure entier. Une participation sensiblement sup\u00e9rieure \u00e0 celle de 2021 pourrait indiquer un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat, mais il faudrait encore d\u00e9terminer si ce regain provient d\u2019une confiance retrouv\u00e9e, d\u2019une mobilisation partisane, d\u2019une polarisation ou d\u2019une strat\u00e9gie de vote sanction.<\/p>\n<p><strong>Entre mod\u00e8le de d\u00e9veloppement et d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019une des principales difficult\u00e9s du Maroc contemporain est que la modernisation \u00e9conomique et infrastructurelle avance plus rapidement que la transformation du syst\u00e8me de m\u00e9diation politique. Les grands projets li\u00e9s \u00e0 la Coupe du monde 2030, les infrastructures, la transition \u00e9nerg\u00e9tique, la transformation num\u00e9rique et les politiques d\u2019investissement donnent au pays une image de modernisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais cette modernisation mat\u00e9rielle produit n\u00e9cessairement de nouvelles attentes. Plus l\u2019\u00c9tat investit dans des projets visibles, plus les citoyens comparent ces r\u00e9alisations \u00e0 la qualit\u00e9 des services publics auxquels ils ont directement acc\u00e8s. Une autoroute moderne ne compense pas automatiquement un h\u00f4pital insuffisamment \u00e9quip\u00e9 ; un grand stade ne r\u00e9pond pas \u00e0 lui seul au ch\u00f4mage d\u2019un dipl\u00f4m\u00e9 ; une strat\u00e9gie industrielle ambitieuse ne remplace pas la mobilit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p>Les protestations de Gen Z 212 ont pr\u00e9cis\u00e9ment r\u00e9v\u00e9l\u00e9 cette tension entre le Maroc des grands projets et le Maroc du quotidien. La question \u00e9lectorale devient d\u00e8s lors celle de la capacit\u00e9 des institutions \u00e0 articuler les deux.<\/p>\n<p>L\u2019Afrobarometer montre que le ch\u00f4mage demeure parmi les principales pr\u00e9occupations des Marocains et que la confiance institutionnelle demeure fragile chez les jeunes. <a href=\"https:\/\/www.afrobarometer.org\/countries\/morocco\/?utm_source=chatgpt.com\">Afrobarometer \u2014 Morocco country data<\/a><\/p>\n<p>Le prochain gouvernement sera donc confront\u00e9 \u00e0 une \u00e9quation particuli\u00e8rement difficile : maintenir la dynamique de transformation \u00e9conomique tout en am\u00e9liorant la distribution sociale de ses b\u00e9n\u00e9fices.<\/p>\n<p><strong>Quel avenir pour les partis politiques ?<\/strong><\/p>\n<p>La question ultime des \u00e9lections de 2026 est celle de l\u2019avenir du syst\u00e8me partisan. Les partis marocains ne peuvent plus se contenter d\u2019\u00eatre des machines \u00e9lectorales. Ils doivent redevenir des institutions de production id\u00e9ologique, de formation citoyenne et de recrutement politique.<\/p>\n<p>Cela suppose d\u2019abord une professionnalisation r\u00e9elle. Les partis doivent d\u00e9velopper des centres d\u2019\u00e9tudes, former leurs cadres, produire des politiques publiques et \u00e9tablir des m\u00e9canismes internes de s\u00e9lection d\u00e9mocratique. Ils doivent ensuite retrouver une implantation sociale qui d\u00e9passe les p\u00e9riodes \u00e9lectorales. Enfin, ils doivent accepter une v\u00e9ritable culture de responsabilit\u00e9 : lorsqu\u2019un parti gouverne mal, il doit perdre les \u00e9lections ; lorsqu\u2019il r\u00e9ussit, il doit pouvoir en recueillir le b\u00e9n\u00e9fice politique.<\/p>\n<p>La cooptation constitue ici un enjeu essentiel. C\u2019est un m\u00e9canisme historique d\u2019int\u00e9gration des oppositions, des \u00e9lites et des acteurs sociaux dans l\u2019ordre politique dominant (Chtatou, 2019). <a href=\"https:\/\/thearabweekly.com\/moroccan-experts-warn-deepening-youth-distrust-ahead-2026-elections?utm_source=chatgpt.com\">Chtatou (2019), \u201cCo-optation, The Moroccan Way\u201d<\/a> La cooptation peut \u00eatre stabilisatrice : elle r\u00e9duit les conflits et \u00e9largit les coalitions. Mais lorsqu\u2019elle devient le mode dominant de gestion de la pluralit\u00e9 politique, elle peut affaiblir la distinction entre gouvernement, opposition et soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu de 2026 sera donc de savoir si les partis peuvent transformer leur relation avec l\u2019\u00c9tat : passer d\u2019une logique d\u2019int\u00e9gration dans le syst\u00e8me \u00e0 une logique de repr\u00e9sentation active de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le Maroc face \u00e0 son destin<\/strong><\/p>\n<p>Le mot \u00ab destin \u00bb peut sembler excessif pour qualifier une \u00e9lection l\u00e9gislative. Il ne l\u2019est pourtant pas si l\u2019on comprend le destin politique non comme une fatalit\u00e9, mais comme un moment de choix collectif. Le Maroc de 2026 se trouve \u00e0 la crois\u00e9e de plusieurs trajectoires : modernisation \u00e9conomique acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, consolidation monarchique, d\u00e9mocratisation graduelle, mont\u00e9e de la technocratie, faiblesse des partis, crise de confiance, exigences croissantes de la jeunesse et transformation des formes de mobilisation.<\/p>\n<p>Le 23 septembre ne d\u00e9terminera probablement pas \u00e0 lui seul la trajectoire du pays. Mais il fournira un indicateur extr\u00eamement pr\u00e9cieux de la capacit\u00e9 du syst\u00e8me politique \u00e0 renouveler son contrat avec la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Trois sc\u00e9narios peuvent \u00eatre envisag\u00e9s. Le premier serait celui d\u2019une participation \u00e9lev\u00e9e accompagn\u00e9e d\u2019une comp\u00e9tition politique substantielle. Ce sc\u00e9nario indiquerait un regain de confiance et donnerait au gouvernement issu des urnes une base de l\u00e9gitimit\u00e9 renforc\u00e9e. Le deuxi\u00e8me serait celui d\u2019une participation moyenne, avec une recomposition des partis mais une faible mobilisation sociale. Le syst\u00e8me conserverait alors sa stabilit\u00e9 mais sans r\u00e9soudre v\u00e9ritablement la crise de repr\u00e9sentation. Le troisi\u00e8me serait celui d\u2019une abstention \u00e9lev\u00e9e, particuli\u00e8rement chez les jeunes. Dans ce cas, le scrutin pourrait produire une majorit\u00e9 parlementaire juridiquement l\u00e9gitime mais politiquement confront\u00e9e \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 qui ne se reconna\u00eet que partiellement dans ses repr\u00e9sentants.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me sc\u00e9nario serait le plus pr\u00e9occupant, non parce qu\u2019il menacerait imm\u00e9diatement la stabilit\u00e9 du Royaume, mais parce qu\u2019il approfondirait la dissociation entre stabilit\u00e9 politique et adh\u00e9sion citoyenne.<\/p>\n<p>Le Maroc n\u2019est pas confront\u00e9 \u00e0 une crise existentielle de son r\u00e9gime. Il est confront\u00e9 \u00e0 quelque chose de plus subtil et peut-\u00eatre de plus important \u00e0 long terme : une crise de m\u00e9diation. Les institutions existent ; les \u00e9lections existent ; les partis existent ; les m\u00e9canismes constitutionnels existent. Ce qui est en question, c\u2019est la qualit\u00e9 de la relation qui les relie \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Conclusion : r\u00e9inventer le contrat politique<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9lections du 23 septembre 2026 ne doivent donc pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es uniquement comme une comp\u00e9tition entre le RNI, le PAM, l\u2019Istiqlal, le PJD, l\u2019USFP, le PPS, le Mouvement populaire et les autres formations engag\u00e9es dans la bataille \u00e9lectorale. Elles constituent une interrogation plus profonde sur la capacit\u00e9 du syst\u00e8me politique marocain \u00e0 convertir la stabilit\u00e9 en confiance, la modernisation en justice sociale, le pluralisme juridique en repr\u00e9sentation effective et la participation \u00e9lectorale en v\u00e9ritable citoyennet\u00e9 politique.<\/p>\n<p>La question fondamentale n\u2019est pas seulement : \u00ab Qui gagnera les \u00e9lections ? \u00bb Elle est : \u00ab Combien de Marocains consid\u00e9reront que cela vaut encore la peine de voter ? \u00bb Et derri\u00e8re cette interrogation se trouve une autre question, plus fondamentale encore : \u00ab Les citoyens pensent-ils que ceux qu\u2019ils \u00e9lisent peuvent r\u00e9ellement changer leur vie ? \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est ici que se trouve le paradoxe marocain. Le Royaume poss\u00e8de une stabilit\u00e9 institutionnelle enviable, une monarchie disposant d\u2019une forte l\u00e9gitimit\u00e9 historique et symbolique, des institutions \u00e9lectives r\u00e9guli\u00e8res et une trajectoire de modernisation impressionnante. Mais pr\u00e9cis\u00e9ment parce que le Maroc s\u2019est modernis\u00e9, ses citoyens demandent d\u00e9sormais davantage. Ils ne veulent plus seulement la stabilit\u00e9 ; ils veulent l\u2019efficacit\u00e9. Ils ne veulent plus seulement le d\u00e9veloppement ; ils veulent une distribution plus \u00e9quitable de ses b\u00e9n\u00e9fices. Ils ne veulent plus seulement des \u00e9lections ; ils veulent que leur vote produise une responsabilit\u00e9 politique identifiable.<\/p>\n<p>La v\u00e9ritable question n\u2019est jamais uniquement institutionnelle. Elle est relationnelle : elle concerne la mani\u00e8re dont l\u2019\u00c9tat, les \u00e9lites, les partis et les citoyens n\u00e9gocient continuellement les termes de leur coexistence politique (Chtatou, 2017, 2019, 2021, 2025, 2026b). Cette relation est aujourd\u2019hui soumise \u00e0 une pression nouvelle, particuli\u00e8rement visible chez les jeunes g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>Le 23 septembre 2026 pourrait donc constituer un tournant, non n\u00e9cessairement parce qu\u2019il produira une r\u00e9volution politique, mais parce qu\u2019il r\u00e9v\u00e9lera avec une grande pr\u00e9cision l\u2019\u00e9tat du contrat politique marocain. Une participation forte signifierait que l\u2019\u00e9lectorat croit encore \u00e0 la capacit\u00e9 des institutions de repr\u00e9senter ses aspirations. Une abstention massive, en revanche, constituerait un avertissement : les citoyens ne rejetteraient pas n\u00e9cessairement la monarchie ou l\u2019\u00c9tat, mais pourraient consid\u00e9rer que les partis et les \u00e9lections ne sont plus les instruments privil\u00e9gi\u00e9s de leur expression politique.<\/p>\n<p>Le v\u00e9ritable destin du Maroc ne se jouera donc pas seulement dans les urnes. Il se jouera dans la capacit\u00e9 du syst\u00e8me politique \u00e0 comprendre le message contenu dans les urnes \u2014 y compris dans le silence de ceux qui n\u2019y seront pas.<\/p>\n<p>La r\u00e9ussite politique de l\u2019apr\u00e8s-23 septembre d\u00e9pendra finalement d\u2019une capacit\u00e9 simple \u00e0 formuler mais difficile \u00e0 r\u00e9aliser : transformer la stabilit\u00e9 en confiance, la confiance en participation, la participation en responsabilit\u00e9, et la responsabilit\u00e9 en repr\u00e9sentation v\u00e9ritable. C\u2019est \u00e0 cette condition que les \u00e9lections de 2026 pourront \u00eatre autre chose qu\u2019un nouveau rendez-vous institutionnel et devenir une \u00e9tape d\u00e9cisive dans la maturation politique du Maroc.<\/p>\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Afrobarometer. (2026, March 16). Elmounachit, A. <em>Les jeunes marocains expriment peu de confiance aux dirigeants et partis politiques<\/em> (AD1150). <a href=\"https:\/\/www.afrobarometer.org\/publication\/ad1150-les-jeunes-marocains-expriment-peu-de-confiance-aux-dirigeants-et-partis-politiques\/?utm_source=chatgpt.com\">Article original<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2017, June 11). <em>The reasons for the Rif revolt \u2013 Analysis<\/em>. Eurasia Review.<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2017, November 7). <em>Political accountability the Moroccan way \u2013 OpEd<\/em>. Eurasia Review.<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2019, May 28). <em>Co-optation, the Moroccan way \u2013 Analysis<\/em>. Eurasia Review. <a href=\"https:\/\/thearabweekly.com\/moroccan-experts-warn-deepening-youth-distrust-ahead-2026-elections?utm_source=chatgpt.com\">Article original<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2021, July 9). <em>Tribalism and neo-tribalism in the Maghreb \u2013 Analysis<\/em>. Eurasia Review. <a href=\"https:\/\/www.afrobarometer.org\/feature\/african-insights-2025\/?utm_source=chatgpt.com\">Article original<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2023, May 27). <em>Morocco: Politics, culture, society, and economy \u2013 Analysis<\/em>. Eurasia Review.<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2025, October 7). <em>Aspects of clientelism due to neo-tribalism in Moroccan political system: Preeminence of this state of affairs and current protests by GENZ212 group \u2013 Analysis<\/em>. Eurasia Review. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/07102025-aspects-of-clientelism-due-to-neo-tribalism-in-moroccan-political-system-preeminence-of-this-state-of-affairs-and-current-protests-by-genz212-group-analysis\/?utm_source=chatgpt.com\">Article original<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026a, March 12). <em>Psychology and diplomacy: Activity and political communication in Morocco \u2013 Analysis<\/em>. Eurasia Review. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/12032026-psychology-and-diplomacy-activity-and-political-communication-in-morocco-analysis\/?utm_source=chatgpt.com\">Article original<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026b, May 27). <em>The political process in Morocco: Monarchy, reform, and incremental democracy \u2013 Analysis<\/em>. Eurasia Review.<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026c, August 8). <em>Fouzi Lekjaa and the \u201cWorld Cup 2030 government\u201d: Technocracy, football, and the recomposition of power in Morocco \u2013 Analysis<\/em>. Eurasia Review. <a href=\"https:\/\/maroc.ma\/en\/news\/2026-legislative-elections-boost-representation-youth-people-disabilities-expatriates?utm_source=chatgpt.com\">Article original<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026d, September 3). <em>The great rendezvous with abstention? The Moroccan legislative elections of September 23, 2026 and the crisis of political representation \u2013 Analysis<\/em>. Eurasia Review. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/03092026-the-great-rendezvous-with-abstention-the-moroccan-legislative-elections-of-september-23-2026-and-the-crisis-of-political-representation-analysis\/?utm_source=chatgpt.com\">Article original<\/a><\/li>\n<li>Daadaoui, M. (2010). Rituals of power and political parties in Morocco: Limited elections as positional strategies. <em>Middle Eastern Studies, 46<\/em>(2), 195\u2013219. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/00263201003612872?utm_source=chatgpt.com\">DOI<\/a><\/li>\n<li>Desrues, T. (2013). Mobilizations in a hybrid regime: The 20th February Movement and the Moroccan regime. <em>Current Sociology, 61<\/em>(4), 409\u2013423. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0011392113479742?utm_source=chatgpt.com\">DOI<\/a><\/li>\n<li>Elcano Royal Institute. (2021, October 1). L\u00f3pez Garc\u00eda, B., &amp; Kirhlani, S. <em>The Moroccan elections of 2021: A new political architecture for a new development model<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.realinstitutoelcano.org\/en\/analyses\/the-moroccan-elections-of-2021-a-new-political-architecture-for-a-new-development-model\/?utm_source=chatgpt.com\">Article original<\/a><\/li>\n<li>Liddell, J. (2010). Notables, clientelism and the politics of change in Morocco. <em>The Journal of North African Studies, 15<\/em>(3), 315\u2013331. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/13629380903175438?utm_source=chatgpt.com\">DOI<\/a><\/li>\n<li>Library of Congress. (2026, May 29). <em>Morocco: New law bolsters governance of political parties<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.loc.gov\/item\/global-legal-monitor\/2026-05-29\/morocco-new-law-bolsters-governance-of-political-parties\/?utm_source=chatgpt.com\">Article original<\/a><\/li>\n<li>Royaume du Maroc. (2011). <em>Constitution du Royaume du Maroc<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.constituteproject.org\/constitution\/Morocco_2011?utm_source=chatgpt.com\">Texte constitutionnel<\/a><\/li>\n<li>Royaume du Maroc. (2026). <em>\u00c9lections l\u00e9gislatives marocaines 2026<\/em>. Portail officiel du Maroc. <a href=\"https:\/\/maroc.ma\/fr\/elections-legislatives-marocaines-2026?utm_source=chatgpt.com\">Portail officiel<\/a><\/li>\n<li>Washington Institute for Near East Policy. (2026, September 3). Henneberg, S., &amp; Annasse, S. <em>Morocco\u2019s election highlights lingering protest grievances<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.washingtoninstitute.org\/policy-analysis\/moroccos-election-highlights-lingering-protest-grievances?utm_source=chatgpt.com\">Article original<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction : une \u00e9lection qui d\u00e9passe l\u2019\u00e9lection Le 23 septembre 2026, les Marocains seront appel\u00e9s \u00e0 renouveler les 395 si\u00e8ges de la Chambre des repr\u00e9sentants. Formellement, il s\u2019agit d\u2019un rendez-vous \u00e9lectoral r\u00e9gulier dans une monarchie constitutionnelle qui, depuis plus de deux d\u00e9cennies, a fait de la r\u00e9gularit\u00e9 des consultations \u00e9lectorales l\u2019un des signes distinctifs de &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4424,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-8442","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-opinions"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-2ca","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?fit=450%2C278&ssl=1","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8442","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8442"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8442\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8443,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8442\/revisions\/8443"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4424"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8442"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8442"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8442"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}