{"id":8459,"date":"2026-09-12T14:05:25","date_gmt":"2026-09-12T13:05:25","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=8459"},"modified":"2026-09-12T14:05:25","modified_gmt":"2026-09-12T13:05:25","slug":"la-cooptation-des-notables-par-les-partis-dans-les-elections-marocaines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/la-cooptation-des-notables-par-les-partis-dans-les-elections-marocaines\/","title":{"rendered":"La cooptation des notables par les partis dans les \u00e9lections marocaines"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 405px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743-405x250.jpg?resize=405%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"405\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?resize=405%2C250&amp;ssl=1 405w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 405px) 100vw, 405px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\">Dr. Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Introduction : quand le parti cherche un candidat capable de gagner plut\u00f4t qu\u2019un militant capable de repr\u00e9senter<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 quelques jours des \u00e9lections l\u00e9gislatives marocaines du 23 septembre 2026, une question demeure relativement peu visible derri\u00e8re les d\u00e9bats consacr\u00e9s aux programmes, aux alliances et aux strat\u00e9gies \u00e9lectorales : comment les candidats eux-m\u00eames sont-ils s\u00e9lectionn\u00e9s ? Cette question est loin d\u2019\u00eatre secondaire. Une \u00e9lection ne commence pas dans l\u2019isoloir. Elle commence bien avant, dans les m\u00e9canismes internes des partis, dans les n\u00e9gociations autour des investitures, dans les r\u00e9seaux locaux, dans les familles influentes, dans les milieux \u00e9conomiques et associatifs, et dans les territoires o\u00f9 certaines personnalit\u00e9s disposent d\u00e9j\u00e0 d\u2019un capital social leur permettant de transformer leur notori\u00e9t\u00e9 en capacit\u00e9 \u00e9lectorale.<\/p>\n<p>Le Maroc compte aujourd\u2019hui une sc\u00e8ne partisane juridiquement pluraliste et institutionnellement structur\u00e9e, mais cette pluralit\u00e9 ne signifie pas n\u00e9cessairement que la s\u00e9lection des candidats repose partout sur une v\u00e9ritable comp\u00e9tition programmatique ou militante. Les \u00e9lections l\u00e9gislatives de 2026 offrent une illustration particuli\u00e8rement int\u00e9ressante de cette tension : 1 850 listes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9es au niveau national, repr\u00e9sentant 7 288 candidatures pour les 395 si\u00e8ges de la Chambre des repr\u00e9sentants, soit plus de dix-huit candidatures en moyenne par si\u00e8ge. (Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur du Royaume du Maroc, 2026) Cette abondance de candidatures pourrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un signe de vitalit\u00e9 d\u00e9mocratique. Elle peut \u00e9galement \u00eatre interrog\u00e9e sous un autre angle : quelle est la nature sociale, \u00e9conomique et territoriale des candidats qui composent cette offre \u00e9lectorale ?<\/p>\n<p>La question de la cooptation des notables devient alors centrale. Le terme de \u00ab notable \u00bb doit \u00eatre pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ici \u00e0 celui de \u00ab noble \u00bb, m\u00eame si l\u2019expression populaire de \u00ab noblesse locale \u00bb peut rendre compte d\u2019une certaine r\u00e9alit\u00e9 sociale. Le notable n\u2019est pas n\u00e9cessairement issu d\u2019une noblesse au sens juridique ou aristocratique du terme. Il peut \u00eatre membre d\u2019une famille ancienne et influente, descendant d\u2019une lign\u00e9e ca\u00efdale, propri\u00e9taire foncier, entrepreneur, pr\u00e9sident de commune, professionnel lib\u00e9ral, responsable associatif ou personnalit\u00e9 locale disposant d\u2019un vaste r\u00e9seau relationnel. Ce qui le d\u00e9finit n\u2019est pas d\u2019abord son titre, mais sa capacit\u00e9 \u00e0 convertir un capital social, \u00e9conomique, familial ou territorial en influence politique.<\/p>\n<p>La notabilit\u00e9 marocaine a ainsi surv\u00e9cu aux transformations de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 l\u2019urbanisation, \u00e0 la modernisation administrative, \u00e0 l\u2019ouverture \u00e9conomique et \u00e0 l\u2019\u00e9volution du syst\u00e8me partisan. Elle s\u2019est m\u00eame adapt\u00e9e \u00e0 ces transformations. Les anciennes \u00e9lites locales n\u2019ont pas simplement disparu pour laisser place \u00e0 une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. Elles ont souvent \u00e9t\u00e9 rejointes, concurrenc\u00e9es ou hybrid\u00e9es par de nouvelles figures de proximit\u00e9 : entrepreneurs, dipl\u00f4m\u00e9s, femmes issues du monde associatif, \u00ab enfants du quartier \u00bb, professionnels et acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Aziz El Maoula El Iraki parle \u00e0 cet \u00e9gard d\u2019une hybridation entre anciennes et nouvelles \u00e9lites locales, en soulignant que la cooptation demeure un m\u00e9canisme important de passage de l\u2019\u00e9lite sociale \u00e0 l\u2019\u00e9lite politique institu\u00e9e (Iraki, 2020). (WorldCat, 2020)<\/p>\n<p>La difficult\u00e9 d\u00e9mocratique appara\u00eet lorsque cette notabilit\u00e9 cesse d\u2019\u00eatre simplement une composante de la repr\u00e9sentation pour devenir le principal m\u00e9canisme de production de la repr\u00e9sentation. Le probl\u00e8me n\u2019est donc pas l\u2019existence des notables. Toute soci\u00e9t\u00e9 poss\u00e8de des \u00e9lites locales. Le probl\u00e8me est de savoir si les partis politiques s\u00e9lectionnent leurs candidats parce qu\u2019ils incarnent un projet collectif, une comp\u00e9tence et une capacit\u00e9 de repr\u00e9sentation, ou parce qu\u2019ils poss\u00e8dent d\u00e9j\u00e0 un r\u00e9seau capable de produire des voix. Cette distinction est essentielle pour comprendre la politique \u00e9lectorale marocaine contemporaine.<\/p>\n<p><strong>La notabilit\u00e9 : une vieille institution sociale dans une d\u00e9mocratie moderne<\/strong><\/p>\n<p>La notabilit\u00e9 n\u2019est pas une anomalie du syst\u00e8me politique marocain. Elle appartient \u00e0 son histoire sociale. Bien avant l\u2019apparition des partis politiques modernes, les soci\u00e9t\u00e9s locales \u00e9taient structur\u00e9es par des familles, des lignages, des autorit\u00e9s religieuses, des propri\u00e9taires, des commer\u00e7ants, des interm\u00e9diaires et des figures de prestige dont l\u2019influence d\u00e9passait largement leur position \u00e9conomique. Le notable \u00e9tait celui qui disposait d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019interm\u00e9diation entre la communaut\u00e9 locale et les autorit\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette fonction a surv\u00e9cu \u00e0 la p\u00e9riode coloniale et \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance, m\u00eame si ses formes ont consid\u00e9rablement chang\u00e9. Les travaux classiques sur les \u00e9lites marocaines avaient d\u00e9j\u00e0 insist\u00e9 sur le r\u00f4le des r\u00e9seaux, des client\u00e8les et de la cooptation dans la constitution des groupes dirigeants. John Waterbury, dans son analyse de la politique marocaine, avait notamment montr\u00e9 l\u2019importance des r\u00e9seaux d\u2019interm\u00e9diation, des relations personnelles et des m\u00e9canismes de cooptation dans la structuration du pouvoir politique (Waterbury, 1970). Plus r\u00e9cemment, les travaux consacr\u00e9s aux \u00e9lites locales ont montr\u00e9 que la notabilit\u00e9 ne doit pas \u00eatre comprise comme un vestige archa\u00efque, mais comme une cat\u00e9gorie dynamique capable de se recomposer en fonction des transformations \u00e9conomiques, administratives et institutionnelles.<\/p>\n<p>Aziz Iraki souligne ainsi que la construction de la notabilit\u00e9 locale repose sur plusieurs ressources : le nom familial, le territoire, les solidarit\u00e9s de voisinage, le prestige du dipl\u00f4me, l\u2019engagement associatif et la capacit\u00e9 \u00e0 repr\u00e9senter un espace local. (Iraki, 2003) La notabilit\u00e9 est donc une construction sociale de la l\u00e9gitimit\u00e9. Le notable n\u2019est pas seulement riche ou puissant ; il est reconnu comme quelqu\u2019un qui \u00ab compte \u00bb, quelqu\u2019un dont l\u2019intervention est susceptible de produire un effet.<\/p>\n<p>Cette dimension de reconnaissance est fondamentale dans la politique \u00e9lectorale. Dans un syst\u00e8me o\u00f9 l\u2019\u00e9lecteur conna\u00eet personnellement les candidats, o\u00f9 les communaut\u00e9s locales sont relativement interconnect\u00e9es et o\u00f9 les services administratifs peuvent encore \u00eatre v\u00e9cus \u00e0 travers des relations d\u2019interm\u00e9diation, la r\u00e9putation personnelle peut \u00eatre plus imm\u00e9diatement compr\u00e9hensible que le programme d\u2019un parti. Le candidat local peut ainsi b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un avantage consid\u00e9rable : son capital politique est d\u00e9j\u00e0 partiellement constitu\u00e9 avant le commencement officiel de la campagne.<\/p>\n<p><strong>De la notabilit\u00e9 traditionnelle \u00e0 la notabilit\u00e9 moderne<\/strong><\/p>\n<p>Il serait cependant erron\u00e9 de pr\u00e9senter la politique marocaine actuelle comme une simple survivance du Maroc rural traditionnel. La notabilit\u00e9 a chang\u00e9 de nature. Le notable contemporain peut \u00eatre urbain, dipl\u00f4m\u00e9, entrepreneur, connect\u00e9 aux r\u00e9seaux sociaux et parfaitement int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9conomie moderne. Il peut poss\u00e9der une entreprise, diriger une association, exercer une profession lib\u00e9rale et entretenir simultan\u00e9ment des relations avec les autorit\u00e9s locales, les r\u00e9seaux \u00e9conomiques et les organisations partisanes. La transformation est donc moins celle d\u2019un remplacement que celle d\u2019une hybridation.<\/p>\n<p>Aux anciennes familles influentes peuvent s\u2019ajouter des entrepreneurs ayant accumul\u00e9 un capital \u00e9conomique ; aux anciens interm\u00e9diaires peuvent se substituer des responsables associatifs ; aux r\u00e9seaux tribaux peuvent se superposer des r\u00e9seaux professionnels et num\u00e9riques. Les formes changent, mais la fonction d\u2019interm\u00e9diation demeure. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que montre la recherche consacr\u00e9e au renouvellement des \u00e9lites locales marocaines : l\u2019ouverture du champ politique \u00e0 de nouvelles figures n\u2019a pas n\u00e9cessairement supprim\u00e9 les anciennes hi\u00e9rarchies ; elle peut produire leur recomposition. Les nouveaux acteurs doivent souvent n\u00e9gocier leur entr\u00e9e dans un espace politique d\u00e9j\u00e0 structur\u00e9 par des r\u00e9seaux de pouvoir. (Iraki, 2020)<\/p>\n<p>Cette hybridation est particuli\u00e8rement importante dans les villes moyennes, les espaces p\u00e9riurbains et les territoires ruraux o\u00f9 l\u2019\u00c9tat moderne et les structures sociales locales ne s\u2019excluent pas mutuellement. Le m\u00eame individu peut \u00eatre \u00e0 la fois entrepreneur, pr\u00e9sident d\u2019association, membre d\u2019une famille connue, interm\u00e9diaire administratif et militant politique. Le nouveau notable est donc moins un \u00ab seigneur local \u00bb qu\u2019un entrepreneur de relations sociales.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi les partis cooptent-ils les notables ?<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9ponse est relativement simple : parce qu\u2019ils pensent que ceux-ci peuvent gagner. Un parti politique qui doit conqu\u00e9rir un si\u00e8ge dans une circonscription donn\u00e9e fait face \u00e0 une contrainte fondamentale : il doit transformer une organisation nationale en voix locales. Or cette transformation co\u00fbte du temps, de l\u2019argent et de l\u2019\u00e9nergie militante. La solution la plus imm\u00e9diate consiste \u00e0 rechercher quelqu\u2019un qui poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 ce que le parti devrait normalement construire : une implantation territoriale.<\/p>\n<p>Le notable poss\u00e8de souvent :<\/p>\n<p>\u2022 Un r\u00e9seau familial ;<\/p>\n<p>\u2022 Une r\u00e9putation locale ;<\/p>\n<p>\u2022 Des relations \u00e9conomiques ;<\/p>\n<p>\u2022 Une capacit\u00e9 d\u2019interm\u00e9diation ;<\/p>\n<p>\u2022 Une connaissance fine du territoire ;<\/p>\n<p>\u2022 Des relais associatifs ;<\/p>\n<p>\u2022 Des \u00e9quipes de campagne ;<\/p>\n<p>\u2022 Des r\u00e9seaux de sympathisants ; et<\/p>\n<p>\u2022 Une capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser les \u00e9lecteurs.<\/p>\n<p>Le parti apporte alors une autre s\u00e9rie de ressources : l\u2019investiture, l\u2019\u00e9tiquette, la visibilit\u00e9 nationale, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la comp\u00e9tition parlementaire et la l\u00e9gitimit\u00e9 institutionnelle. Il s\u2019agit d\u2019une forme de division politique du travail. Le parti poss\u00e8de la marque ; le notable poss\u00e8de le r\u00e9seau. Le parti poss\u00e8de l\u2019organisation nationale ; le notable poss\u00e8de l\u2019implantation territoriale. Le parti poss\u00e8de le programme ; le notable poss\u00e8de parfois les voix.<\/p>\n<p>Cette logique explique pourquoi James Liddell consid\u00e8re les notables comme un r\u00e9v\u00e9lateur particuli\u00e8rement pertinent de la politique marocaine. Dans son \u00e9tude consacr\u00e9e aux \u00e9lections l\u00e9gislatives de 2007 et \u00e0 la cr\u00e9ation du Parti Authenticit\u00e9 et Modernit\u00e9, il analyse la persistance du personnalisme, des relations patron-client et de la logique des notables dans un syst\u00e8me pourtant formellement fond\u00e9 sur les partis et les institutions (Liddell, 2010). (Liddell, 2010). La cooptation n\u2019est donc pas n\u00e9cessairement une d\u00e9cision irrationnelle des partis. Elle peut \u00eatre parfaitement rationnelle du point de vue de la conqu\u00eate \u00e9lectorale. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui la rend durable.<\/p>\n<p><strong>Le paradoxe : le parti devient parfois le v\u00e9hicule du notable<\/strong><\/p>\n<p>Dans une d\u00e9mocratie partisane id\u00e9ale, le candidat repr\u00e9sente le parti. Il porte son programme, d\u00e9fend son id\u00e9ologie et participe \u00e0 son organisation. Dans un syst\u00e8me fortement notabilis\u00e9, la relation peut s\u2019inverser : le parti devient le v\u00e9hicule du candidat. Cette inversion est politiquement significative. Lorsque l\u2019identit\u00e9 personnelle du candidat est plus forte que l\u2019identit\u00e9 partisane, le changement de parti devient moins co\u00fbteux. Le notable peut conserver son r\u00e9seau m\u00eame s\u2019il change d\u2019\u00e9tiquette. Son \u00e9lectorat peut continuer \u00e0 le suivre parce que ce dernier vote d\u2019abord pour une personne, une famille, un territoire ou un r\u00e9seau.<\/p>\n<p>C\u2019est ici que la fragmentation partisane prend une dimension particuli\u00e8re. La multiplication des partis ne signifie pas n\u00e9cessairement une multiplication \u00e9quivalente des visions de soci\u00e9t\u00e9. Elle peut aussi refl\u00e9ter la multiplication des v\u00e9hicules permettant \u00e0 des groupes et \u00e0 des personnalit\u00e9s de n\u00e9gocier leur acc\u00e8s \u00e0 la repr\u00e9sentation.<\/p>\n<p>Mounia Bennani-Chra\u00efbi a montr\u00e9, \u00e0 partir de l\u2019observation ethnographique des campagnes municipales \u00e0 Casablanca, comment la fronti\u00e8re entre \u00ab partis de militants \u00bb et \u00ab partis de notables \u00bb tend \u00e0 se brouiller. Le choix des t\u00eates de listes, des colistiers et des agents \u00e9lectoraux peut \u00eatre soumis \u00e0 des logiques de march\u00e9 politique et de client\u00e8le, y compris dans des formations historiquement associ\u00e9es \u00e0 une forte culture militante. (Bennani-Chra\u00efbi, 2018) Cette observation est fondamentale : la notabilisation n\u2019est pas simplement une caract\u00e9ristique de certains partis ; elle peut devenir une logique transversale du champ partisan.<\/p>\n<p><strong>De la client\u00e8le \u00e9lectorale au courtage politique<\/strong><\/p>\n<p>Il faut cependant \u00e9viter une conception trop simpliste du client\u00e9lisme. Le client\u00e9lisme ne signifie pas n\u00e9cessairement que le candidat distribue directement de l\u2019argent contre des bulletins de vote. Il peut \u00eatre beaucoup plus subtil. Il repose sur une relation personnalis\u00e9e et r\u00e9ciproque dans laquelle le citoyen attend du politique une capacit\u00e9 d\u2019intervention. Le notable devient alors un courtier politique.<\/p>\n<p>Il peut intervenir aupr\u00e8s de l\u2019administration, aider dans une d\u00e9marche, faciliter un contact, soutenir une association, transmettre une demande ou mobiliser une relation. Il construit ainsi une r\u00e9putation de \u00ab personne utile \u00bb. Cette fonction d\u2019interm\u00e9diation est importante parce qu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le une contradiction de l\u2019\u00c9tat moderne : plus les institutions deviennent formellement universelles, plus leur accessibilit\u00e9 concr\u00e8te peut continuer \u00e0 \u00eatre v\u00e9cue \u00e0 travers des relations personnalis\u00e9es.<\/p>\n<p>La digitalisation administrative, la r\u00e9gionalisation et la modernisation des services publics devraient progressivement r\u00e9duire cette d\u00e9pendance. Mais tant que le citoyen estime qu&rsquo;une intervention personnelle peut acc\u00e9l\u00e9rer ou faciliter l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 une ressource, le courtier conserve une utilit\u00e9 politique. Le client\u00e9lisme \u00e9lectoral est donc aussi une \u00e9conomie de la confiance personnelle. Le citoyen ne fait pas n\u00e9cessairement confiance \u00e0 l&rsquo;institution ; il peut faire confiance \u00e0 celui qui pr\u00e9tend pouvoir l&rsquo;ouvrir \u00e0 lui.<\/p>\n<p><strong>L\u2019argent, les r\u00e9seaux et le co\u00fbt de la comp\u00e9tition<\/strong><\/p>\n<p>La cooptation des notables doit \u00e9galement \u00eatre replac\u00e9e dans l\u2019\u00e9conomie mat\u00e9rielle des campagnes \u00e9lectorales. Une campagne moderne n\u00e9cessite des \u00e9quipes, des d\u00e9placements, des r\u00e9unions, de la communication, des locaux, des moyens logistiques et une pr\u00e9sence constante sur le territoire. Cette r\u00e9alit\u00e9 cr\u00e9e une asym\u00e9trie entre les candidats. Celui qui poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 des ressources \u00e9conomiques ou un r\u00e9seau professionnel b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un avantage consid\u00e9rable.<\/p>\n<p>Les recherches r\u00e9centes sur le client\u00e9lisme \u00e9lectoral au Maroc montrent que les pratiques de mobilisation et les \u00e9changes client\u00e9listes continuent de poser des questions importantes en mati\u00e8re de repr\u00e9sentation politique. Une \u00e9tude publi\u00e9e en 2024 sur les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales de 2021 examine pr\u00e9cis\u00e9ment les r\u00e9seaux client\u00e9listes, l\u2019achat des voix, la s\u00e9lection des candidats et les cons\u00e9quences de ces pratiques sur la repr\u00e9sentation politique. (Es-Satte, 2024). Une recherche plus r\u00e9cente consacr\u00e9e au Maroc \u00e9tablit \u00e9galement un lien entre les transferts financiers issus de la migration et certaines pratiques d\u2019achat de votes, tout en soulignant la difficult\u00e9 de mesurer directement un ph\u00e9nom\u00e8ne largement sensible et dissimul\u00e9. (Comparative Migration Studies, 2026)<\/p>\n<p>Il serait toutefois abusif d\u2019en d\u00e9duire que toute campagne men\u00e9e par un notable est client\u00e9liste ou que tout candidat disposant de ressources \u00e9conomiques ach\u00e8te des voix. Le probl\u00e8me est structurel : l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des ressources peut influencer qui a r\u00e9ellement la capacit\u00e9 de se pr\u00e9senter et de mener une campagne comp\u00e9titive. La d\u00e9mocratie peut alors devenir juridiquement ouverte mais socialement s\u00e9lective.<\/p>\n<p><strong>La cooptation et la reproduction des \u00e9lites<\/strong><\/p>\n<p>La question de la cooptation conduit naturellement \u00e0 celle de la reproduction des \u00e9lites. Une d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative devrait permettre p\u00e9riodiquement le renouvellement des repr\u00e9sentants. Or lorsque les partis recherchent des candidats d\u00e9j\u00e0 dot\u00e9s de ressources, ils tendent m\u00e9caniquement \u00e0 reproduire les individus qui poss\u00e8dent ces ressources.<\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne peut \u00eatre d\u00e9crit comme un cercle :<\/p>\n<p>capital social \u2192 investiture \u2192 mandat \u2192 nouvelles ressources \u2192 renforcement du r\u00e9seau \u2192 nouvelle investiture.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9lection ne d\u00e9truit donc pas n\u00e9cessairement les hi\u00e9rarchies sociales ; elle peut les transformer en hi\u00e9rarchies politiques.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude r\u00e9cente sur les \u00e9lections et la reproduction des \u00e9lites politiques au Maroc soutient pr\u00e9cis\u00e9ment que les \u00e9lections peuvent fonctionner simultan\u00e9ment comme m\u00e9canismes d\u00e9mocratiques de repr\u00e9sentation et comme m\u00e9canismes institutionnels de reproduction des \u00e9lites, notamment par l\u2019interaction entre syst\u00e8me \u00e9lectoral, partis et r\u00e9seaux d\u2019influence. (Chahboun, 2026)<\/p>\n<p>Ce constat doit cependant \u00eatre nuanc\u00e9. La reproduction n\u2019est jamais totale. Les \u00e9lections permettent aussi l\u2019entr\u00e9e de nouveaux acteurs. Les quotas, les associations, les transformations sociales, l\u2019\u00e9mergence des jeunes g\u00e9n\u00e9rations et la professionnalisation de la politique peuvent ouvrir des portes auparavant ferm\u00e9es. Mais l\u2019ouverture formelle ne garantit pas une \u00e9galit\u00e9 r\u00e9elle d\u2019acc\u00e8s. Le v\u00e9ritable enjeu est donc celui de la circulation des \u00e9lites.<\/p>\n<p><strong>Les femmes et les jeunes : l\u2019ouverture formelle et les limites de la cooptation<\/strong><\/p>\n<p>La question devient particuli\u00e8rement sensible lorsqu\u2019on consid\u00e8re les femmes et les jeunes. Les r\u00e9formes \u00e9lectorales marocaines ont progressivement cherch\u00e9 \u00e0 am\u00e9liorer la repr\u00e9sentation des femmes. Pourtant, la s\u00e9lection des candidates demeure largement contr\u00f4l\u00e9e par les appareils partisans. Une recherche publi\u00e9e dans Political Science Research and Methods souligne que les dirigeants des partis jouent un r\u00f4le central dans la s\u00e9lection des candidats et que les proc\u00e9dures de s\u00e9lection peuvent \u00eatre critiqu\u00e9es pour leur manque de transparence, avec des logiques client\u00e9listes particuli\u00e8rement observ\u00e9es dans certaines s\u00e9lections f\u00e9minines (Lloren, 2014; Bennani-Chra\u00efbi, 2008). (Cambridge University Press, 2025)<\/p>\n<p>L\u2019enjeu est donc de ne pas confondre repr\u00e9sentation num\u00e9rique et d\u00e9mocratisation du recrutement politique. Une femme peut entrer au Parlement sans que les m\u00e9canismes qui produisent les candidatures aient v\u00e9ritablement chang\u00e9. Il en va de m\u00eame pour les jeunes. Les partis peuvent promouvoir des jeunes candidats, mais si ces derniers sont choisis essentiellement parce qu\u2019ils appartiennent \u00e0 une famille influente, disposent de ressources \u00e9conomiques ou sont proches de dirigeants, le renouvellement g\u00e9n\u00e9rationnel demeure partiel. La jeunesse ne doit pas seulement \u00eatre une cat\u00e9gorie statistique dans les listes \u00e9lectorales. Elle doit pouvoir devenir une force autonome de production politique.<\/p>\n<p><strong>La crise de confiance : quand le citoyen ne croit plus au candidat<\/strong><\/p>\n<p>La cooptation des notables doit \u00eatre reli\u00e9e \u00e0 la question de la confiance. Les donn\u00e9es r\u00e9centes d\u2019Afrobarometer sont particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrices. En mars 2026, l\u2019organisation indiquait qu\u2019environ un tiers seulement des jeunes Marocains \u00e2g\u00e9s de 18 \u00e0 35 ans d\u00e9claraient faire confiance au Parlement, aux conseils municipaux, au chef du gouvernement ou aux partis politiques. Elle relevait \u00e9galement que les jeunes \u00e9taient moins susceptibles que les g\u00e9n\u00e9rations plus \u00e2g\u00e9es de voter, de se sentir proches d\u2019un parti ou de s\u2019engager dans certaines formes traditionnelles de participation politique. (Afrobarometer, 2026)<\/p>\n<p>Cette situation ne peut \u00eatre expliqu\u00e9e par la seule pr\u00e9sence des notables. Mais la notabilisation contribue \u00e0 un sentiment plus g\u00e9n\u00e9ral : celui d\u2019une politique ferm\u00e9e, personnalis\u00e9e et \u00e9loign\u00e9e de l\u2019exp\u00e9rience quotidienne des citoyens. C\u2019est ici que la r\u00e9flexion sur \u00ab le grand rendez-vous avec l\u2019abstention \u00bb prend tout son sens. L\u2019abstention n\u2019est pas toujours l\u2019expression d\u2019un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour la politique. Elle peut \u00eatre l\u2019expression d\u2019une conviction selon laquelle l\u2019offre politique ne m\u00e9rite pas l\u2019investissement personnel du vote (Chtatou, 2026).<\/p>\n<p>Lorsque l\u2019\u00e9lecteur pense que les candidats sont d\u00e9j\u00e0 s\u00e9lectionn\u00e9s par les appareils, les r\u00e9seaux ou les familles, son sentiment d\u2019efficacit\u00e9 politique diminue. Il ne se demande plus seulement : \u00ab Quel candidat dois-je choisir ? \u00bb. Il peut se demander : \u00ab Qu\u2019est-ce que mon vote changera r\u00e9ellement ? \u00bb Cette seconde question est beaucoup plus dangereuse pour la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p><strong>Notabilit\u00e9 et n\u00e9o-tribalisme \u00e9lectoral<\/strong><\/p>\n<p>La notabilit\u00e9 contemporaine doit \u00e9galement \u00eatre rapproch\u00e9e de la question du n\u00e9o-tribalisme. Il ne s\u2019agit \u00e9videmment pas de dire que la soci\u00e9t\u00e9 marocaine serait rest\u00e9e une soci\u00e9t\u00e9 tribale au sens traditionnel. Ce serait une simplification excessive. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019observer la persistance ou la r\u00e9activation de logiques de solidarit\u00e9, de loyaut\u00e9 et d\u2019appartenance dans un contexte politique moderne.<\/p>\n<p>La famille peut devenir une unit\u00e9 de mobilisation \u00e9lectorale. Le quartier peut fonctionner comme espace de solidarit\u00e9. Le douar peut produire une logique collective. Le r\u00e9seau professionnel peut devenir un r\u00e9seau \u00e9lectoral. Les r\u00e9seaux sociaux peuvent m\u00eame reproduire num\u00e9riquement des solidarit\u00e9s territoriales ou familiales.<\/p>\n<p>La politique moderne ne d\u00e9truit donc pas n\u00e9cessairement les anciennes solidarit\u00e9s ; elle peut leur fournir de nouveaux instruments. Le n\u00e9o-tribalisme \u00e9lectoral devient ainsi une forme de modernisation des anciennes logiques d\u2019appartenance. Il associe parfois famille, territoire, ressources \u00e9conomiques, r\u00e9seaux num\u00e9riques et identit\u00e9 locale.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution est particuli\u00e8rement importante dans le contexte de la g\u00e9n\u00e9ration Z. Comme je l\u2019ai soulign\u00e9 ailleurs, les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations marocaines peuvent simultan\u00e9ment \u00eatre tr\u00e8s modernes dans leurs pratiques num\u00e9riques et conserver, dans certaines situations, des formes fortes de solidarit\u00e9 familiale et territoriale (Chtatou, 2025). La modernit\u00e9 sociale ne signifie donc pas automatiquement individualisation politique.<\/p>\n<p><strong>Le notable et le territoire<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019une des erreurs les plus fr\u00e9quentes consiste \u00e0 consid\u00e9rer la notabilit\u00e9 uniquement comme une relation entre un individu et ses \u00e9lecteurs. En r\u00e9alit\u00e9, elle est aussi une relation entre un individu et un territoire. Le notable incarne parfois un espace. Il peut \u00eatre identifi\u00e9 \u00e0 une ville, un quartier, une tribu, une province, une commune ou une r\u00e9gion. Son identit\u00e9 politique devient partiellement territoriale.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi la r\u00e9forme de la r\u00e9gionalisation avanc\u00e9e rev\u00eat une importance particuli\u00e8re. Si la r\u00e9gionalisation doit produire une nouvelle citoyennet\u00e9 territoriale, elle doit \u00e9galement produire de nouvelles formes de repr\u00e9sentation. Autrement dit, \u00ab Maroc des territoires \u00bb ne peut pas signifier simplement transfert administratif de comp\u00e9tences ; il doit \u00e9galement signifier d\u00e9mocratisation de la repr\u00e9sentation territoriale.<\/p>\n<p>Si les m\u00eames r\u00e9seaux notabilaires capturent les institutions locales et nationales, la r\u00e9gionalisation risque de d\u00e9placer le probl\u00e8me plut\u00f4t que de le r\u00e9soudre. La v\u00e9ritable r\u00e9gionalisation d\u00e9mocratique devrait permettre l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de repr\u00e9sentants issus des territoires mais non prisonniers des client\u00e8les territoriales.<\/p>\n<p><strong>Le parti politique face \u00e0 son propre paradoxe<\/strong><\/p>\n<p>Le paradoxe des partis marocains est donc consid\u00e9rable. Ils ont besoin des notables parce qu\u2019ils veulent gagner. Mais ils doivent aussi r\u00e9duire leur d\u00e9pendance envers les notables s\u2019ils veulent reconstruire leur l\u00e9gitimit\u00e9. Ils recherchent des personnalit\u00e9s capables de mobiliser rapidement des \u00e9lecteurs, mais cette strat\u00e9gie peut affaiblir le militantisme qui devrait constituer leur principale ressource \u00e0 long terme. Ils cherchent la proximit\u00e9, mais risquent de produire la personnalisation. Ils recherchent l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9lectorale, mais risquent de perdre la substance programmatique. Ils cherchent des r\u00e9seaux, mais risquent de d\u00e9courager les citoyens qui ne poss\u00e8dent aucun r\u00e9seau.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est un cercle vicieux : moins les partis disposent d\u2019un v\u00e9ritable militantisme, plus ils ont besoin de notables ; plus ils utilisent les notables, moins ils investissent dans la construction d\u2019une culture militante ; moins la culture militante existe, plus les citoyens per\u00e7oivent les partis comme des appareils ferm\u00e9s. La litt\u00e9rature sur les campagnes marocaines montre pr\u00e9cis\u00e9ment cette \u00e9volution : la distinction autrefois plus nette entre \u00ab partis de militants \u00bb et \u00ab partis de notables \u00bb tend \u00e0 se brouiller lorsque les organisations cherchent \u00e0 adopter les techniques de mobilisation qui paraissent \u00e9lectoralement efficaces. (Bennani-Chra\u00efbi, 2018)<\/p>\n<p><strong>La cooptation comme probl\u00e8me de d\u00e9mocratie interne<\/strong><\/p>\n<p>La question de la cooptation est donc \u00e9galement une question de d\u00e9mocratie interne aux partis. Qui d\u00e9cide de l\u2019investiture ?<\/p>\n<p>&#8211; Les militants ?<\/p>\n<p>&#8211; Les structures locales ?<\/p>\n<p>&#8211; Les dirigeants nationaux ?<\/p>\n<p>&#8211; Les responsables r\u00e9gionaux ?<\/p>\n<p>&#8211; Les n\u00e9gociations informelles ?<\/p>\n<p>&#8211; Les rapports de force financiers ?<\/p>\n<p>&#8211; La capacit\u00e9 \u00e9lectorale suppos\u00e9e du candidat ?<\/p>\n<p>Ces questions sont essentielles parce que la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative d\u00e9pend en partie de la d\u00e9mocratie de recrutement. Si les citoyens n\u2019ont aucune influence sur la s\u00e9lection des candidats, ils interviennent seulement au dernier stade du processus. Leur pouvoir consiste alors \u00e0 choisir entre des candidats dont la s\u00e9lection a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e ailleurs. Cela explique pourquoi la r\u00e9forme \u00e9lectorale ne peut \u00eatre limit\u00e9e au mode de calcul des si\u00e8ges ou aux r\u00e8gles de campagne. Elle doit \u00e9galement concerner la production sociale des candidatures.<\/p>\n<p><strong>Que faudrait-il changer ?<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9ponse ne consiste pas \u00e0 \u00e9liminer les notables. Ce serait irr\u00e9aliste et m\u00eame contre-productif. Un notable v\u00e9ritablement enracin\u00e9 dans son territoire peut \u00eatre un excellent repr\u00e9sentant. La proximit\u00e9 sociale est une qualit\u00e9 d\u00e9mocratique lorsqu\u2019elle produit de la responsabilit\u00e9 et de la connaissance du terrain. Le probl\u00e8me est la transformation du capital de proximit\u00e9 en propri\u00e9t\u00e9 politique priv\u00e9e. Plusieurs r\u00e9formes pourraient contribuer \u00e0 limiter cette d\u00e9rive.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, les partis devraient renforcer la transparence de leurs proc\u00e9dures d\u2019investiture. Deuxi\u00e8mement, la participation des militants \u00e0 la s\u00e9lection des candidats devrait \u00eatre accrue. Troisi\u00e8mement, des m\u00e9canismes de formation politique devraient permettre \u00e0 de nouveaux acteurs d\u2019entrer dans la comp\u00e9tition sans devoir poss\u00e9der pr\u00e9alablement un capital \u00e9conomique ou familial consid\u00e9rable. Quatri\u00e8mement, les d\u00e9penses de campagne devraient \u00eatre surveill\u00e9es de mani\u00e8re cr\u00e9dible. Cinqui\u00e8mement, le renouvellement g\u00e9n\u00e9rationnel devrait \u00eatre con\u00e7u non comme une simple question d\u2019\u00e2ge mais comme une question de renouvellement des trajectoires sociales.<\/p>\n<p>Enfin, le parlementaire devrait \u00eatre \u00e9valu\u00e9 sur son activit\u00e9 l\u00e9gislative, sa pr\u00e9sence, ses interventions, son travail de contr\u00f4le et la qualit\u00e9 de sa repr\u00e9sentation, et non uniquement sur sa capacit\u00e9 \u00e0 maintenir un r\u00e9seau \u00e9lectoral local.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9fi du 23 septembre 2026<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00e9lections du 23 septembre 2026 constituent ainsi un test beaucoup plus profond qu\u2019une simple comp\u00e9tition entre formations politiques. Avec 7 288 candidatures pour 395 si\u00e8ges, la comp\u00e9tition est quantitativement impressionnante. (Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur du Royaume du Maroc, 2026) Mais le nombre de candidats ne garantit pas la diversit\u00e9 r\u00e9elle des trajectoires politiques. La v\u00e9ritable question est de savoir combien de candidats repr\u00e9sentent une v\u00e9ritable alternative sociale, g\u00e9n\u00e9rationnelle et programmatique.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que le Maroc se trouve devant un choix historique. Soit les partis continuent \u00e0 privil\u00e9gier la logique du candidat d\u00e9j\u00e0 connu, d\u00e9j\u00e0 riche, d\u00e9j\u00e0 implant\u00e9, d\u00e9j\u00e0 connect\u00e9 et d\u00e9j\u00e0 capable de mobiliser un r\u00e9seau. Soit-il entrepris progressivement de construire une nouvelle classe politique fond\u00e9e sur la comp\u00e9tence, l\u2019int\u00e9grit\u00e9, le militantisme, l\u2019enracinement territorial et la responsabilit\u00e9. Le second choix est \u00e9videmment plus difficile. Il est \u00e9galement beaucoup plus important.<\/p>\n<p><strong>Conclusion : du notable au citoyen, du r\u00e9seau \u00e0 l\u2019institution<\/strong><\/p>\n<p>La cooptation des notables constitue l\u2019un des m\u00e9canismes les plus r\u00e9v\u00e9lateurs de la politique \u00e9lectorale marocaine. Elle permet de comprendre pourquoi la modernisation institutionnelle et sociale du pays n\u2019a pas n\u00e9cessairement produit une transformation \u00e9quivalente des modes de recrutement politique. Le notable n\u2019a pas disparu. Il s\u2019est modernis\u00e9.<\/p>\n<p>Il peut \u00eatre entrepreneur, dipl\u00f4m\u00e9, associatif, professionnel lib\u00e9ral, \u00e9lu local ou h\u00e9ritier d\u2019une famille ancienne. Il peut utiliser les r\u00e9seaux sociaux, ma\u00eetriser les techniques modernes de communication et participer pleinement \u00e0 la mondialisation \u00e9conomique. Mais il conserve parfois une fonction ancienne : \u00eatre l\u2019interm\u00e9diaire entre une population et le pouvoir.<\/p>\n<p>Cette persistance n\u2019est pas n\u00e9cessairement incompatible avec la d\u00e9mocratie. Elle devient probl\u00e9matique lorsque le r\u00e9seau personnel remplace l\u2019organisation collective, lorsque la loyaut\u00e9 familiale remplace la citoyennet\u00e9, lorsque l\u2019argent remplace le programme et lorsque la capacit\u00e9 d\u2019interm\u00e9diation devient le principal crit\u00e8re de s\u00e9lection du candidat. La question centrale n\u2019est donc pas : faut-il \u00e9liminer les notables ? Elle est : comment transformer la notabilit\u00e9 en repr\u00e9sentation responsable plut\u00f4t qu\u2019en appropriation priv\u00e9e du mandat ? C\u2019est ici que se trouve l\u2019un des grands d\u00e9fis de la politique marocaine contemporaine.<\/p>\n<p>Le Maroc dispose aujourd\u2019hui d\u2019institutions modernes, d\u2019une Constitution pluraliste, d\u2019un syst\u00e8me partisan diversifi\u00e9, d\u2019une r\u00e9gionalisation avanc\u00e9e et d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment transform\u00e9e par l\u2019urbanisation, l\u2019\u00e9ducation, la mobilit\u00e9 et le num\u00e9rique. Mais la d\u00e9mocratie ne peut se consolider uniquement par la modernisation des institutions formelles. Elle exige \u00e9galement une transformation des m\u00e9canismes sociaux qui produisent les repr\u00e9sentants.<\/p>\n<p>Une d\u00e9mocratie vivante ne doit pas seulement offrir aux citoyens le droit de voter ; elle doit leur permettre de croire que ceux pour lesquels ils votent ont \u00e9t\u00e9 produits par une comp\u00e9tition politique suffisamment ouverte pour que leur voix puisse r\u00e9ellement compter. C\u2019est pourquoi la cooptation des notables est directement li\u00e9e \u00e0 la crise de confiance et \u00e0 l\u2019abstention. Lorsque le citoyen a le sentiment que les candidats sont fabriqu\u00e9s par des appareils, des r\u00e9seaux ou des familles auxquelles il n\u2019a pas acc\u00e8s, l\u2019\u00e9lection peut perdre sa capacit\u00e9 \u00e0 produire de l\u2019enthousiasme. L\u2019abstention devient alors une forme de retrait politique, parfois silencieux, parfois protestataire.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es d\u2019Afrobarometer sur les jeunes Marocains en 2026 sont particuli\u00e8rement pr\u00e9occupantes \u00e0 cet \u00e9gard : seule environ un tiers de cette cat\u00e9gorie d\u2019\u00e2ge exprime de la confiance envers les partis politiques, tandis que les jeunes se montrent \u00e9galement moins enclins que les g\u00e9n\u00e9rations plus \u00e2g\u00e9es \u00e0 voter et \u00e0 se sentir proches d\u2019un parti. (Afrobarometer, 2026) Cette distance ne peut \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 une simple apathie de la jeunesse. Elle doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un signal adress\u00e9 aux institutions politiques.<\/p>\n<p>La v\u00e9ritable modernisation politique du Maroc consisterait donc \u00e0 passer progressivement d\u2019une d\u00e9mocratie de notables \u00e0 une d\u00e9mocratie de citoyens, d\u2019une politique d\u2019interm\u00e9diation \u00e0 une politique de responsabilit\u00e9, d\u2019une logique de client\u00e8le \u00e0 une logique de droits, et d\u2019une repr\u00e9sentation fond\u00e9e sur la possession pr\u00e9alable d\u2019un r\u00e9seau \u00e0 une repr\u00e9sentation fond\u00e9e sur la capacit\u00e9 \u00e0 convaincre une soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Le 23 septembre 2026 ne permettra \u00e9videmment pas de r\u00e9soudre cette question. Mais il permettra de mesurer l\u2019ampleur du probl\u00e8me. Car derri\u00e8re chaque bulletin se trouve une question plus profonde que celle du choix d\u2019un parti : le citoyen croit-il encore que l\u2019\u00e9lection puisse transformer sa relation \u00e0 l\u2019\u00c9tat et am\u00e9liorer sa vie ? Et derri\u00e8re chaque candidature se trouve une autre question, encore plus fondamentale : la personne qui demande le vote est-elle devenue repr\u00e9sentant parce qu\u2019elle avait quelque chose \u00e0 offrir \u00e0 la collectivit\u00e9, ou parce qu\u2019elle poss\u00e9dait d\u00e9j\u00e0 quelque chose \u00e0 offrir au parti ? La r\u00e9ponse \u00e0 cette question d\u00e9terminera en partie la qualit\u00e9 du contrat politique marocain de demain.<\/p>\n<p>R\u00e9inventer ce contrat suppose donc de rompre avec l\u2019id\u00e9e que l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9lectorale peut durablement remplacer la l\u00e9gitimit\u00e9 politique. Un parti ne devrait pas seulement chercher celui qui peut gagner une circonscription ; il devrait chercher celui qui peut repr\u00e9senter une soci\u00e9t\u00e9. Un candidat ne devrait pas seulement \u00eatre capable de mobiliser un r\u00e9seau ; il devrait \u00eatre capable de transformer les attentes de ce r\u00e9seau en politiques publiques. Un \u00e9lu ne devrait pas seulement rester accessible \u00e0 ses \u00e9lecteurs ; il devrait contribuer \u00e0 rendre l\u2019\u00c9tat lui-m\u00eame plus accessible. Le v\u00e9ritable d\u00e9passement de la notabilit\u00e9 n\u2019est donc pas la disparition des \u00e9lites locales. C\u2019est leur institutionnalisation d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Le Maroc n\u2019a pas besoin de moins d\u2019\u00e9lites locales ; il a besoin d\u2019\u00e9lites locales davantage responsables devant les citoyens. Il n\u2019a pas besoin de moins de proximit\u00e9 ; il a besoin d\u2019une proximit\u00e9 qui ne soit pas synonyme de d\u00e9pendance. Il n\u2019a pas besoin de moins de r\u00e9seaux ; il a besoin de r\u00e9seaux qui servent la soci\u00e9t\u00e9 plut\u00f4t que des client\u00e8les. Il n\u2019a pas besoin de moins de personnalit\u00e9s ; il a besoin de personnalit\u00e9s qui acceptent d\u2019\u00eatre plus fortes que leurs r\u00e9seaux et plus responsables que leurs client\u00e8les. C\u2019est \u00e0 cette condition que la politique pourra passer du notable au citoyen, du patron au repr\u00e9sentant, du client \u00e0 l\u2019\u00e9lecteur et du r\u00e9seau \u00e0 l\u2019institution. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce niveau que se joue la v\u00e9ritable r\u00e9invention du contrat politique marocain.<\/p>\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Afrobarometer. (2026, March 16). Les jeunes Marocains expriment peu de confiance aux dirigeants et partis politiques. Afrobarometer. Afrobarometer \u2013 Maroc, 2026<\/li>\n<li>Bennani-Chra\u00efbi, M. (2018). Faire campagne au Maroc. TAFRA. TAFRA \u2013 Faire campagne au Maroc<\/li>\n<li>Chahboun, W. (2026). Elections and the reproduction of political elites in the Moroccan political system. \u0645\u062c\u0644\u0629 \u0645\u0646\u0627\u0632\u0639\u0627\u062a \u0627\u0644\u0623\u0639\u0645\u0627\u0644. Article de Wafaa Chahboun<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2025). Neo-tribalism and Morocco&rsquo;s Gen Z: Understanding the GENZ212 phenomenon. Eurasia Review.<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2025). Morocco of territories: Rethinking territorial justice and political representation. Foresight Network.<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026). The great rendezvous with abstention? Morocco&rsquo;s parliamentary elections and the crisis of political participation. Eurasia Review.<\/li>\n<li>Es-Satte, A. (2024). \u0627\u0644\u0632\u0628\u0627\u0626\u0646\u064a\u0629 \u0627\u0644\u0627\u0646\u062a\u062e\u0627\u0628\u064a\u0629 \u0648\u0625\u0634\u0643\u0627\u0644\u064a\u0629 \u0627\u0644\u062a\u0645\u062b\u064a\u0644\u064a\u0629 \u0627\u0644\u0633\u064a\u0627\u0633\u064a\u0629 \u0641\u064a \u0627\u0644\u0645\u063a\u0631\u0628 [Electoral clientelism and the problem of political representation in Morocco]. Lubab, 23. Lubab \u2013 \u00e9tude sur le client\u00e9lisme \u00e9lectoral au Maroc<\/li>\n<li>Iraki, A. E. M. (2003). Des notables du makhzen \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de la gouvernance : \u00c9lites locales, territoires, gestion urbaine et d\u00e9veloppement au Maroc. L&rsquo;Harmattan \/ Institut national d&rsquo;am\u00e9nagement et d&rsquo;urbanisme. Notice bibliographique de la BnF<\/li>\n<li>Iraki, A. E. M. (Ed.). (2020). Des \u00e9lites de proximit\u00e9 au Maroc : Renouvellement ou hybridation de l&rsquo;\u00e9lite locale. L&rsquo;Harmattan. R\u00e9f\u00e9rence bibliographique \u2013 WorldCat<\/li>\n<li>Liddell, J. (2010). Notables, clientelism and the politics of change in Morocco. The Journal of North African Studies, 15(3), 315\u2013331. https:\/\/doi.org\/10.1080\/13629380903175438 Article de James Liddell<\/li>\n<li>Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur du Royaume du Maroc. (2026). L\u00e9gislatives 2026 : 1 850 listes de candidatures pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur \u2013 r\u00e9sultats des candidatures 2026<\/li>\n<li>Pellicer, M., &amp; Wegner, E. (2015). The Justice and Development Party in Moroccan local politics. Middle East Journal, 69(1). https:\/\/doi.org\/10.3751\/69.1.12 Article sur le PJD et la politique locale marocaine<\/li>\n<li>Waterbury, J. (1970). Commander of the faithful: The Moroccan political elite\u2014A study in segmented politics. Columbia University Press.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction : quand le parti cherche un candidat capable de gagner plut\u00f4t qu\u2019un militant capable de repr\u00e9senter \u00c0 quelques jours des \u00e9lections l\u00e9gislatives marocaines du 23 septembre 2026, une question demeure relativement peu visible derri\u00e8re les d\u00e9bats consacr\u00e9s aux programmes, aux alliances et aux strat\u00e9gies \u00e9lectorales : comment les candidats eux-m\u00eames sont-ils s\u00e9lectionn\u00e9s ? Cette &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4424,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-8459","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-opinions"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-2cr","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?fit=450%2C278&ssl=1","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8459","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8459"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8459\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8460,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8459\/revisions\/8460"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4424"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8459"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8459"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8459"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}