{"id":8540,"date":"2026-10-14T13:24:02","date_gmt":"2026-10-14T12:24:02","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=8540"},"modified":"2026-10-14T13:24:02","modified_gmt":"2026-10-14T12:24:02","slug":"ceuta-et-melilla-le-paradoxe-des-frontieres-europeennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/ceuta-et-melilla-le-paradoxe-des-frontieres-europeennes\/","title":{"rendered":"Ceuta et Melilla, le paradoxe des fronti\u00e8res europ\u00e9ennes"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 405px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743-405x250.jpg?resize=405%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"405\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?resize=405%2C250&amp;ssl=1 405w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 405px) 100vw, 405px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\">Dr. Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Introduction : la contradiction entre les valeurs europ\u00e9ennes et les int\u00e9r\u00eats europ\u00e9ens<\/strong><\/p>\n<p>La pr\u00e9sence espagnole persistante \u00e0 Ceuta et Melilla met en \u00e9vidence une contradiction fondamentale de la politique europ\u00e9enne contemporaine : la tension entre l\u2019engagement proclam\u00e9 de l\u2019Union europ\u00e9enne en faveur des droits humains, de la d\u00e9colonisation, de la gouvernance d\u00e9mocratique et de la coop\u00e9ration internationale, d\u2019une part, et sa volont\u00e9 de pr\u00e9server le statu quo territorial, de contr\u00f4ler les migrations, de lutter contre le terrorisme et de garantir son acc\u00e8s \u00e9conomique aux march\u00e9s africains, d\u2019autre part. Cette contradiction appara\u00eet avec une particuli\u00e8re acuit\u00e9 dans les relations entre l\u2019Espagne et le Maroc, partenaire nord-africain strat\u00e9giquement indispensable, appel\u00e9 \u00e0 contribuer \u00e0 la gestion de la migration irr\u00e9guli\u00e8re, \u00e0 la lutte contre les r\u00e9seaux criminels transnationaux, \u00e0 la coop\u00e9ration antiterroriste et au d\u00e9veloppement des \u00e9changes \u00e9conomiques avec l\u2019Afrique, alors m\u00eame que les revendications territoriales marocaines concernant Ceuta et Melilla demeurent sans r\u00e8glement.<\/p>\n<p>La relation qui en r\u00e9sulte se caract\u00e9rise par une asym\u00e9trie des attentes : le Maroc est simultan\u00e9ment consid\u00e9r\u00e9 comme un partenaire souverain, un fournisseur de s\u00e9curit\u00e9, un rempart contre les migrations et une porte d\u2019entr\u00e9e vers les march\u00e9s africains, sans que ses pr\u00e9occupations territoriales re\u00e7oivent une attention \u00e9quivalente dans la r\u00e9flexion strat\u00e9gique europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Cette tension n\u2019est pas simplement rh\u00e9torique. Elle refl\u00e8te la g\u00e9ographie politique d\u2019un espace m\u00e9diterran\u00e9en dans lequel les arrangements territoriaux h\u00e9rit\u00e9s de l\u2019histoire coexistent avec l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne contemporaine, les politiques restrictives en mati\u00e8re migratoire et une r\u00e9partition in\u00e9gale du pouvoir. Comme le d\u00e9montre Ferrer-Gallardo (2008) dans son analyse de la fronti\u00e8re hispano-marocaine, l\u2019int\u00e9gration de Ceuta et Melilla dans le r\u00e9gime frontalier europ\u00e9en a transform\u00e9 leur importance g\u00e9opolitique, fonctionnelle et symbolique. Ces territoires sont devenus davantage que des villes administr\u00e9es par l\u2019Espagne sur la c\u00f4te nord-africaine : ils constituent des portes d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019Europe, des fronti\u00e8res ext\u00e9rieures fortement s\u00e9curis\u00e9es et des expressions visibles de la distinction entre l\u2019appartenance politique europ\u00e9enne et l\u2019espace africain voisin.<\/p>\n<p>La th\u00e8se centrale de cet essai est que les relations hispano-marocaines illustrent une contradiction structurelle plus g\u00e9n\u00e9rale du pouvoir europ\u00e9en. L\u2019Union europ\u00e9enne cherche \u00e0 maintenir un ordre international fond\u00e9, dans son discours, sur des principes universels, tout en pr\u00e9servant une g\u00e9ographie strat\u00e9gique fa\u00e7onn\u00e9e par des asym\u00e9tries historiques et des priorit\u00e9s s\u00e9curitaires contemporaines. La coop\u00e9ration du Maroc est indispensable, mais son r\u00f4le ne saurait \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 celui de garde-fronti\u00e8re ou de sous-traitant s\u00e9curitaire de l\u2019Europe. Un partenariat durable exige la r\u00e9ciprocit\u00e9, le respect de l\u2019\u00e9galit\u00e9 souveraine, des garanties cr\u00e9dibles en mati\u00e8re de droits humains et un dialogue constructif sur les diff\u00e9rends territoriaux.<\/p>\n<p>Cette argumentation s\u2019appuie sur mes propres analyses de la crise migratoire de Ceuta et de l\u2019externalisation des fronti\u00e8res europ\u00e9ennes, notamment <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/31072026-ceutas-sudden-migration-surge-law-politics-and-border-governance-analysis\/\">Ceuta\u2019s Sudden Migration Surge: Law, Politics, and Border Governance<\/a> (Chtatou, 2026a), <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/05082026-fortress-europe-or-fortress-illusion-border-externalization-the-ceuta-migration-surge-and-the-contradictions-of-europes-migration-governance-analysis\/\">Fortress Europe or Fortress Illusion? Border Externalization, the Ceuta Migration Surge, and the Contradictions of Europe\u2019s Migration Governance<\/a> (Chtatou, 2026b), ainsi que <a href=\"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/sebta-une-ligne-de-fracture-migration-souverainete-et-persistance-de-lanti-marocanisme\/\">Sebta, une ligne de fracture : migration, souverainet\u00e9 et persistance de l\u2019anti-marocanisme<\/a> (Chtatou, 2026c). Ces contributions inscrivent la question frontali\u00e8re dans un d\u00e9bat plus large sur la souverainet\u00e9, la m\u00e9moire coloniale, la gouvernance migratoire et la r\u00e9partition in\u00e9gale des responsabilit\u00e9s s\u00e9curitaires.<\/p>\n<ol>\n<li><strong> G\u00e9ographie historique et persistance de la question territoriale<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Ceuta et Melilla occupent une position singuli\u00e8re dans la g\u00e9ographie politique de la M\u00e9diterran\u00e9e. Ceuta fut conquise par le Portugal en 1415, puis passa sous domination espagnole \u00e0 la suite des arrangements dynastiques ib\u00e9riques de la fin du XVIe si\u00e8cle. La s\u00e9paration des couronnes portugaise et espagnole en 1640 et le r\u00e8glement de 1668 consolid\u00e8rent son statut espagnol. Melilla fut conquise par la Castille en 1497. Les deux villes se d\u00e9velopp\u00e8rent ensuite comme des avant-postes militaires et commerciaux fortifi\u00e9s sur la c\u00f4te nord-africaine.<\/p>\n<p>L\u2019Espagne soutient que ces villes font partie int\u00e9grante de son territoire national, en invoquant la dur\u00e9e de son administration, leur int\u00e9gration constitutionnelle et l\u2019identification politique de leurs habitants \u00e0 l\u2019Espagne. Le Maroc, pour sa part, consid\u00e8re que leur localisation dans l\u2019espace g\u00e9ographique et historique marocain constitue un \u00e9l\u00e9ment central de sa revendication, et que leur s\u00e9paration persistante du territoire environnant repr\u00e9sente une question historique et territoriale non r\u00e9solue. Le diff\u00e9rend concerne donc non seulement la g\u00e9ographie, mais \u00e9galement des r\u00e9cits historiques concurrents, la souverainet\u00e9 et l\u2019interpr\u00e9tation de la d\u00e9colonisation.<\/p>\n<p>L\u2019analyse universitaire impose de distinguer la pr\u00e9sence historique, l\u2019administration effective, la souverainet\u00e9 territoriale et la qualification juridique d\u2019un territoire. L\u2019Espagne rejette la caract\u00e9risation de Ceuta et Melilla comme possessions coloniales devant faire l\u2019objet d\u2019un processus de d\u00e9colonisation, tandis que le Maroc consid\u00e8re leur s\u00e9paration du territoire marocain environnant comme une question historique et territoriale persistante. Ces deux positions ne doivent pas \u00eatre confondues avec des conclusions juridiques internationales d\u00e9finitivement \u00e9tablies. Comme le montrent Ferrer-Gallardo (2008, 2011), la fronti\u00e8re a acquis des significations g\u00e9opolitiques et symboliques successives \u00e0 mesure que la relation de l\u2019Espagne avec l\u2019Union europ\u00e9enne \u00e9voluait.<\/p>\n<p>La comparaison avec Gibraltar illustre la sensibilit\u00e9 politique des revendications historiques concurrentes, m\u00eame si les circonstances juridiques des diff\u00e9rents territoires ne sont pas identiques. L\u2019Espagne conteste la souverainet\u00e9 britannique sur Gibraltar et soutient son retour sous souverainet\u00e9 espagnole, tout en affirmant sans \u00e9quivoque que Ceuta et Melilla appartiennent \u00e0 l\u2019Espagne. Cette diff\u00e9rence de position ne constitue pas n\u00e9cessairement une contradiction juridique formelle, puisque chaque territoire poss\u00e8de sa propre histoire, ses trait\u00e9s, ses arrangements constitutionnels et son contexte international. Elle soul\u00e8ve n\u00e9anmoins une question l\u00e9gitime quant \u00e0 la coh\u00e9rence avec laquelle les \u00c9tats europ\u00e9ens \u00e9valuent la continuit\u00e9 historique, l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale et l\u2019autod\u00e9termination.<\/p>\n<p>L\u2019Union europ\u00e9enne n\u2019est pas un \u00c9tat souverain unique habilit\u00e9 \u00e0 r\u00e9gler tous les diff\u00e9rends territoriaux impliquant ses membres. Elle n\u2019est pas non plus juridiquement tenue d\u2019approuver la revendication marocaine. Toutefois, la solidarit\u00e9 envers un \u00c9tat membre ne devrait pas emp\u00eacher un examen s\u00e9rieux de la position historique de l\u2019\u00c9tat voisin. Une approche europ\u00e9enne coh\u00e9rente distinguerait le soutien aux int\u00e9r\u00eats s\u00e9curitaires et diplomatiques de l\u2019Espagne de l\u2019adh\u00e9sion automatique \u00e0 toutes les dimensions de son r\u00e9cit territorial.<\/p>\n<p>La question fondamentale n\u2019est donc pas de savoir si la proximit\u00e9 g\u00e9ographique d\u00e9termine automatiquement la souverainet\u00e9. Ce n\u2019est pas le cas. Il s\u2019agit plut\u00f4t de d\u00e9terminer si les institutions europ\u00e9ennes peuvent aborder les diff\u00e9rends territoriaux avec coh\u00e9rence intellectuelle, en reconnaissant que les r\u00e9cits historiques et les arrangements politiques contemporains peuvent demeurer contest\u00e9s, m\u00eame lorsqu\u2019un gouvernement exerce une administration effective. La persistance du diff\u00e9rend relatif \u00e0 Ceuta et Melilla illustre la difficult\u00e9 de dissocier l\u2019int\u00e9gration europ\u00e9enne contemporaine des processus historiques par lesquels le pouvoir territorial europ\u00e9en s\u2019est constitu\u00e9 (Chtatou, 2026c ; Ferrer-Gallardo, 2008).<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li><strong> La forteresse Europe et l\u2019externalisation du contr\u00f4le migratoire<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>L\u2019expression la plus imm\u00e9diate de la contradiction entre les valeurs europ\u00e9ennes et les imp\u00e9ratifs s\u00e9curitaires de l\u2019Europe r\u00e9side dans l\u2019externalisation du contr\u00f4le migratoire. Depuis la mise en place du syst\u00e8me Schengen, l\u2019Union europ\u00e9enne cherche \u00e0 concilier la libre circulation interne avec des contr\u00f4les de plus en plus restrictifs des entr\u00e9es en provenance de l\u2019ext\u00e9rieur de ses fronti\u00e8res. Cette \u00e9volution a favoris\u00e9 le transfert de responsabilit\u00e9s en mati\u00e8re de gestion migratoire vers les pays voisins, notamment ceux situ\u00e9s sur les principales routes conduisant \u00e0 l\u2019Europe (Bigo, 2002 ; Boswell, 2003 ; Lavenex, 2018).<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le d\u2019externalisation vise \u00e0 emp\u00eacher les migrants d\u2019atteindre le territoire europ\u00e9en en soutenant, dans les pays d\u2019origine et de transit, la surveillance, l\u2019interception, les dispositifs de r\u00e9admission et les op\u00e9rations contre les r\u00e9seaux de passeurs. Il peut produire des b\u00e9n\u00e9fices l\u00e9gitimes lorsqu\u2019il permet d\u2019\u00e9viter des travers\u00e9es dangereuses, de d\u00e9manteler des organisations criminelles et d\u2019am\u00e9liorer la coordination entre les autorit\u00e9s. Il soul\u00e8ve n\u00e9anmoins des questions fondamentales concernant la responsabilit\u00e9 juridique, les droits humains et la r\u00e9partition des charges financi\u00e8res et op\u00e9rationnelles.<\/p>\n<p>Ceuta et Melilla constituent des exemples particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateurs de ce processus. Leurs fronti\u00e8res physiques ont \u00e9t\u00e9 fortement fortifi\u00e9es, tandis que les forces de s\u00e9curit\u00e9 marocaines jouent un r\u00f4le important dans la pr\u00e9vention des d\u00e9parts et la gestion des routes migratoires qui conduisent vers les deux enclaves. Ferrer-Gallardo (2008) montre que l\u2019\u00e9volution de cette fronti\u00e8re ne peut \u00eatre comprise uniquement \u00e0 travers les barri\u00e8res physiques : ses dimensions fonctionnelles et symboliques sont tout aussi importantes. La fronti\u00e8re diff\u00e9rencie l\u2019appartenance politique europ\u00e9enne du territoire africain voisin, tout en facilitant les d\u00e9placements autoris\u00e9s et en restreignant la mobilit\u00e9 irr\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n<p>Le cadre de coop\u00e9ration migratoire de la Commission europ\u00e9enne avec le Maroc confirme l\u2019importance de cette relation. En juillet 2022, la Commission et les gouvernements espagnol et marocain ont renouvel\u00e9 leur partenariat contre le trafic illicite de migrants et les r\u00e9seaux de traite des \u00eatres humains, en mettant l\u2019accent sur la responsabilit\u00e9 partag\u00e9e et la coop\u00e9ration op\u00e9rationnelle (Commission europ\u00e9enne, 2022). La Commission a par ailleurs document\u00e9 plus de 2,1 milliards d\u2019euros de coop\u00e9ration bilat\u00e9rale globale de l\u2019Union europ\u00e9enne avec le Maroc entre 2014 et 2022, comprenant une aide substantielle li\u00e9e \u00e0 la gestion migratoire (Commission europ\u00e9enne, 2023).<\/p>\n<p>Ces dispositifs montrent que la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res europ\u00e9ennes n\u2019est pas produite exclusivement sur le territoire europ\u00e9en. Elle d\u00e9pend de la coop\u00e9ration avec les pays voisins, dont les institutions, le personnel et les ressources deviennent des composantes int\u00e9grales de la gouvernance migratoire europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>La r\u00e9partition des responsabilit\u00e9s demeure toutefois in\u00e9gale. Le Maroc doit consacrer des ressources \u00e0 la surveillance, aux patrouilles, aux op\u00e9rations de sauvetage et \u00e0 la gestion des populations migrantes, tout en r\u00e9pondant \u00e0 ses propres priorit\u00e9s de d\u00e9veloppement. Les institutions europ\u00e9ennes, quant \u00e0 elles, b\u00e9n\u00e9ficient de la pr\u00e9vention des d\u00e9parts avant que les migrants n\u2019atteignent le territoire europ\u00e9en. Bien que le Maroc re\u00e7oive une aide financi\u00e8re et b\u00e9n\u00e9ficie de retomb\u00e9es diplomatiques, la relation demeure asym\u00e9trique lorsque les institutions europ\u00e9ennes fixent les principaux objectifs et \u00e9valuent la coop\u00e9ration essentiellement \u00e0 l\u2019aune du nombre d\u2019arriv\u00e9es emp\u00each\u00e9es.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 l\u2019argument central de mon analyse intitul\u00e9e Fortress Europe or Fortress Illusion? (Chtatou, 2026b) : l\u2019externalisation peut r\u00e9duire les pressions migratoires imm\u00e9diates sans r\u00e9soudre les contradictions structurelles de la gouvernance migratoire europ\u00e9enne. Elle transf\u00e8re les responsabilit\u00e9s op\u00e9rationnelles vers l\u2019ext\u00e9rieur tout en laissant l\u2019essentiel de l\u2019autorit\u00e9 sur le droit et les politiques migratoires europ\u00e9ens au sein de l\u2019Union. Il en r\u00e9sulte un syst\u00e8me dans lequel les \u00c9tats voisins sont appel\u00e9s \u00e0 mettre en \u0153uvre des objectifs dont ils n\u2019ont que peu contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir les contours.<\/p>\n<p>La contradiction devient plus grave lorsque le contr\u00f4le frontalier prend le pas sur la protection humanitaire. Les personnes en d\u00e9placement peuvent \u00eatre des demandeurs d\u2019asile, des mineurs non accompagn\u00e9s, des victimes de la traite ou des individus fuyant la pers\u00e9cution et les conflits arm\u00e9s. Leur situation exige des proc\u00e9dures adapt\u00e9es plut\u00f4t qu\u2019une classification automatique comme menaces pour la s\u00e9curit\u00e9. L\u2019arr\u00eat de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme dans l\u2019affaire N.D. et N.T. c. Espagne (2020) illustre la complexit\u00e9 des questions juridiques li\u00e9es aux expulsions collectives et aux interceptions frontali\u00e8res. Il ne supprime ni la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019examiner les circonstances individuelles ni la port\u00e9e plus large des obligations applicables en mati\u00e8re de droits humains.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me fondamental n\u2019est donc pas que l\u2019Europe r\u00e9glemente ses fronti\u00e8res. Les \u00c9tats disposent d\u2019une autorit\u00e9 l\u00e9gitime pour contr\u00f4ler les entr\u00e9es. Il r\u00e9side dans le fait qu\u2019un syst\u00e8me principalement ax\u00e9 sur la r\u00e9duction des arriv\u00e9es peut encourager le d\u00e9placement des responsabilit\u00e9s humanitaires au-del\u00e0 du territoire europ\u00e9en. Comme le montre Sahraoui (2024) dans son \u00e9tude des pratiques ordinaires de contr\u00f4le frontalier \u00e0 Ceuta et Melilla, l\u2019externalisation produit des cons\u00e9quences sociales pour les migrants sans statut r\u00e9gulier, affecte leur acc\u00e8s aux services essentiels et renforce leur exclusion dans les espaces frontaliers.<\/p>\n<p>Une politique europ\u00e9enne cr\u00e9dible doit reconna\u00eetre que la gestion des fronti\u00e8res et le respect des droits humains constituent des obligations compl\u00e9mentaires, et non des pr\u00e9f\u00e9rences politiques concurrentes. Le Maroc ne devrait donc pas \u00eatre appel\u00e9 \u00e0 fonctionner comme une extension de l\u2019infrastructure frontali\u00e8re europ\u00e9enne sans disposer de ressources suffisantes, de m\u00e9canismes transparents de responsabilit\u00e9 et de garanties effectives pour les migrants.<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li><strong> Le Maroc, partenaire s\u00e9curitaire : coop\u00e9rer sans se subordonner<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>La migration ne constitue qu\u2019une dimension de la coop\u00e9ration hispano-marocaine. Les deux pays collaborent \u00e9galement dans les domaines de la lutte antiterroriste, des \u00e9changes de renseignements, de la criminalit\u00e9 organis\u00e9e transnationale et de la s\u00e9curit\u00e9 maritime. Leur proximit\u00e9 g\u00e9ographique et l\u2019interconnexion de leurs r\u00e9seaux de transport rendent cette coop\u00e9ration indispensable. Aucun des deux pays ne peut affronter efficacement ces d\u00e9fis par une action exclusivement unilat\u00e9rale.<\/p>\n<p>Le Maroc a ses propres raisons strat\u00e9giques de lutter contre l\u2019extr\u00e9misme violent, les trafics et les r\u00e9seaux criminels. Sa contribution \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 europ\u00e9enne doit donc \u00eatre comprise comme l\u2019exercice de son autonomie nationale, et non comme un simple service rendu \u00e0 l\u2019Espagne. Le Maroc est un acteur souverain dot\u00e9 d\u2019ambitions r\u00e9gionales, de capacit\u00e9s institutionnelles et de priorit\u00e9s s\u00e9curitaires ind\u00e9pendantes.<\/p>\n<p>Pourtant, le discours europ\u00e9en sur la s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9duit parfois le Maroc \u00e0 un ensemble de fonctions : emp\u00eacher la migration irr\u00e9guli\u00e8re, fournir des renseignements et prot\u00e9ger le flanc m\u00e9ridional de l\u2019Europe. Cette perspective restrictive n\u00e9glige les objectifs plus larges du Maroc en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement, ses relations diplomatiques africaines et ses ambitions dans les domaines de l\u2019industrialisation, de l\u2019\u00e9ducation, des infrastructures et de l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique r\u00e9gionale.<\/p>\n<p>La fragilit\u00e9 du dispositif existant est apparue lors de la crise migratoire de mai 2021, lorsque des milliers de personnes sont entr\u00e9es \u00e0 Ceuta dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre Madrid et Rabat. Cet \u00e9pisode faisait suite \u00e0 la d\u00e9cision de l\u2019Espagne d\u2019autoriser le dirigeant du Front Polisario, Brahim Ghali, \u00e0 recevoir des soins m\u00e9dicaux sur son territoire. La crise a d\u00e9montr\u00e9 comment la gestion des fronti\u00e8res peut se trouver imbriqu\u00e9e dans des diff\u00e9rends d\u00e9passant largement la seule question migratoire.<\/p>\n<p>Il serait toutefois imprudent de conclure que toute augmentation de la migration irr\u00e9guli\u00e8re r\u00e9sulte d\u2019une d\u00e9cision d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e du gouvernement marocain. Les flux migratoires r\u00e9pondent \u00e0 de nombreux facteurs : l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9conomique, les conditions m\u00e9t\u00e9orologiques, les r\u00e9seaux sociaux, la d\u00e9sinformation, les op\u00e9rations des passeurs et les d\u00e9cisions individuelles. L\u2019instrumentalisation politique des migrations constitue un objet l\u00e9gitime d\u2019investigation, mais elle doit \u00eatre \u00e9tablie par des preuves plut\u00f4t que d\u00e9duite automatiquement de l\u2019apparition d\u2019une crise frontali\u00e8re.<\/p>\n<p>La vague migratoire qui a touch\u00e9 Ceuta en 2026 a, une nouvelle fois, r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la fragilit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me reposant largement sur la coop\u00e9ration entre \u00c9tats souverains voisins. Les informations contemporaines ont pr\u00e9sent\u00e9 cette crise comme un d\u00e9fi humanitaire et politique majeur, tout en soulevant des interrogations sur les capacit\u00e9s d\u2019accueil de l\u2019Espagne et sur la strat\u00e9gie plus g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Union europ\u00e9enne consistant \u00e0 s\u2019appuyer sur les pays voisins pour g\u00e9rer les pressions migratoires (Associated Press, 2026 ; Reuters, 2026a). Cet \u00e9pisode a renforc\u00e9 l\u2019id\u00e9e que l\u2019externalisation peut r\u00e9duire les pressions op\u00e9rationnelles ordinaires sans \u00e9liminer le risque de crises soudaines.<\/p>\n<p>La solution consiste \u00e0 instaurer un partenariat s\u00e9curitaire r\u00e9ciproque. L\u2019Espagne et l\u2019Union europ\u00e9enne doivent reconna\u00eetre les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gitimes du Maroc en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, contribuer \u00e9quitablement aux co\u00fbts de la coop\u00e9ration et \u00e9viter de traiter les institutions marocaines comme des instruments subordonn\u00e9s de la politique europ\u00e9enne. Le Maroc, de son c\u00f4t\u00e9, doit maintenir une coop\u00e9ration transparente et veiller au respect de ses obligations internationales dans ses op\u00e9rations de s\u00e9curit\u00e9. La r\u00e9ciprocit\u00e9 n\u2019exige pas que les int\u00e9r\u00eats des partenaires soient identiques ; elle suppose que ni l\u2019un ni l\u2019autre ne consid\u00e8re son partenaire comme un acteur dont la fonction premi\u00e8re serait de servir ses propres objectifs strat\u00e9giques.<\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li><strong> Les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et le r\u00f4le du Maroc comme porte d\u2019entr\u00e9e vers l\u2019Afrique<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>La contradiction appara\u00eet plus nettement encore lorsqu\u2019on examine les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques europ\u00e9ens parall\u00e8lement \u00e0 la coop\u00e9ration s\u00e9curitaire. Le Maroc occupe une place croissante dans les strat\u00e9gies des entreprises europ\u00e9ennes qui cherchent \u00e0 acc\u00e9der aux march\u00e9s africains, \u00e0 diversifier leurs cha\u00eenes d\u2019approvisionnement et \u00e0 investir dans l\u2019industrie automobile, les \u00e9nergies renouvelables, la logistique et la production industrielle. Sa position g\u00e9ographique et ses relations \u00e9conomiques avec l\u2019Afrique subsaharienne en font un partenaire pr\u00e9cieux pour l\u2019Espagne et l\u2019ensemble de l\u2019Union europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Pour l\u2019Espagne, le Maroc est \u00e0 la fois un march\u00e9 voisin et une plateforme strat\u00e9gique reliant l\u2019Europe \u00e0 l\u2019Afrique. Pour l\u2019Union europ\u00e9enne, il constitue un partenaire important dans le cadre de la politique europ\u00e9enne de voisinage et de la coop\u00e9ration euro-m\u00e9diterran\u00e9enne. Toutefois, les objectifs des deux parties ne sont pas identiques. L\u2019Europe recherche la stabilit\u00e9 des march\u00e9s, la pr\u00e9visibilit\u00e9 des conditions d\u2019investissement, la r\u00e9silience des cha\u00eenes d\u2019approvisionnement et la s\u00e9curit\u00e9 de sa fronti\u00e8re m\u00e9ridionale. Le Maroc recherche, quant \u00e0 lui, la cr\u00e9ation d\u2019emplois, le transfert de technologies, la mont\u00e9e en gamme industrielle et la reconnaissance de son statut de puissance \u00e9conomique r\u00e9gionale autonome.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me appara\u00eet lorsque le Maroc est appr\u00e9ci\u00e9 principalement en fonction de son utilit\u00e9 pour les objectifs strat\u00e9giques europ\u00e9ens. Un partenariat ax\u00e9 sur le contr\u00f4le des fronti\u00e8res, le renseignement et l\u2019acc\u00e8s aux march\u00e9s risque de n\u00e9gliger la r\u00e9partition des b\u00e9n\u00e9fices \u00e9conomiques. Les investissements renforcent-ils les capacit\u00e9s technologiques marocaines ? Cr\u00e9ent-ils des emplois dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions ou concentrent-ils les gains dans les centres industriels d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablis ? La coop\u00e9ration soutient-elle les ambitions \u00e9conomiques africaines du Maroc ou facilite-t-elle essentiellement l\u2019acc\u00e8s commercial des entreprises europ\u00e9ennes ?<\/p>\n<p>Ces questions sont essentielles \u00e0 la construction d\u2019un v\u00e9ritable partenariat strat\u00e9gique. Les investissements europ\u00e9ens peuvent contribuer au d\u00e9veloppement industriel du Maroc, aux \u00e9nergies renouvelables, \u00e0 la logistique et \u00e0 la formation professionnelle, tandis que les infrastructures marocaines et ses relations r\u00e9gionales peuvent offrir de nouvelles possibilit\u00e9s aux entreprises europ\u00e9ennes. Cependant, la prosp\u00e9rit\u00e9 partag\u00e9e ne doit pas \u00eatre \u00e9valu\u00e9e uniquement \u00e0 partir des volumes commerciaux et des chiffres d\u2019investissement : elle doit \u00e9galement \u00eatre mesur\u00e9e \u00e0 travers l\u2019emploi, l\u2019inclusion territoriale et le renforcement des capacit\u00e9s productives.<\/p>\n<p>L\u2019interd\u00e9pendance \u00e9conomique ne peut compenser ind\u00e9finiment l\u2019asym\u00e9trie politique. L\u2019aide financi\u00e8re et les possibilit\u00e9s commerciales sont pr\u00e9cieuses, mais elles ne produisent pas automatiquement une relation \u00e9galitaire. L\u2019\u00e9galit\u00e9 exige une participation r\u00e9elle \u00e0 la d\u00e9finition des priorit\u00e9s, une r\u00e9partition \u00e9quitable des responsabilit\u00e9s et la reconnaissance du fait que le Maroc poursuit des objectifs l\u00e9gitimes qui d\u00e9passent ceux d\u00e9finis par la politique europ\u00e9enne de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<ol start=\"5\">\n<li><strong> La m\u00e9moire coloniale et les limites de la solidarit\u00e9 europ\u00e9enne<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>La qualification de Ceuta et Melilla comme enclaves coloniales occupe une place centrale dans le r\u00e9cit politique marocain, mais elle est contest\u00e9e par l\u2019Espagne. Cette distinction est importante. Les circonstances historiques des deux villes diff\u00e8rent de celles des territoires int\u00e9gr\u00e9s aux protectorats fran\u00e7ais et espagnol \u00e9tablis au Maroc en 1912. L\u2019Espagne soutient que leur longue administration et leur int\u00e9gration constitutionnelle les distinguent des possessions coloniales classiques. Le Maroc consid\u00e8re, pour sa part, que leur s\u00e9paration du territoire marocain environnant demeure une question historique et territoriale persistante (Chtatou, 2026c).<\/p>\n<p>La question plus g\u00e9n\u00e9rale concerne la coh\u00e9rence avec laquelle les \u00c9tats europ\u00e9ens appliquent les principes d\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale, d\u2019autod\u00e9termination et de justice historique. Ces principes ne sont pas interchangeables et aucun ne permet, \u00e0 lui seul, de r\u00e9gler automatiquement une question de souverainet\u00e9. L\u2019administration effective ne suffit pas n\u00e9cessairement \u00e0 effacer tous les diff\u00e9rends historiques, de m\u00eame que la proximit\u00e9 g\u00e9ographique ne d\u00e9termine pas automatiquement l\u2019appartenance territoriale. Chaque situation doit \u00eatre examin\u00e9e au regard de ses circonstances juridiques et historiques particuli\u00e8res.<\/p>\n<p>Une asym\u00e9trie politique appara\u00eet n\u00e9anmoins lorsque la revendication territoriale d\u2019un \u00c9tat membre de l\u2019Union europ\u00e9enne est consid\u00e9r\u00e9e comme un int\u00e9r\u00eat national incontestable, tandis que la position de l\u2019\u00c9tat voisin demeure en dehors de tout v\u00e9ritable d\u00e9bat europ\u00e9en. L\u2019Union n\u2019est pas juridiquement tenue d\u2019approuver la revendication marocaine, mais elle devrait \u00eatre capable de distinguer la solidarit\u00e9 envers l\u2019Espagne de l\u2019adh\u00e9sion automatique \u00e0 toutes les dimensions de son r\u00e9cit historique.<\/p>\n<p>Mon analyse de Ceuta comme espace de m\u00e9moire coloniale et de fracture politique souligne que la fronti\u00e8re ne constitue pas simplement une ligne s\u00e9parant deux juridictions : elle est \u00e9galement un lieu o\u00f9 s\u2019entrecroisent m\u00e9moire historique, identit\u00e9 nationale, migration et pouvoir g\u00e9opolitique (Chtatou, 2026c). La fronti\u00e8re physique reproduit la distinction entre territoires europ\u00e9ens et africains, tandis que les discours politiques qui l\u2019entourent renforcent des conceptions concurrentes de la souverainet\u00e9 et de l\u2019appartenance.<\/p>\n<p>Une approche europ\u00e9enne coh\u00e9rente ne pr\u00e9jugerait pas de l\u2019issue du diff\u00e9rend territorial. Elle encouragerait plut\u00f4t le dialogue pacifique, reconna\u00eetrait l\u2019importance politique de la position marocaine et emp\u00eacherait les d\u00e9saccords de souverainet\u00e9 de compromettre la coop\u00e9ration en mati\u00e8re migratoire, s\u00e9curitaire et \u00e9conomique. Reconna\u00eetre l\u2019existence d\u2019un diff\u00e9rend ne signifie pas accepter l\u2019argument juridique de l\u2019autre partie ; cela signifie admettre que ce diff\u00e9rend existe et qu\u2019il doit \u00eatre g\u00e9r\u00e9 de mani\u00e8re responsable.<\/p>\n<ol start=\"6\">\n<li><strong> Vers un partenariat euro-marocain plus r\u00e9ciproque<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Les contradictions examin\u00e9es dans cet essai ne signifient pas que la coop\u00e9ration hispano-marocaine soit intrins\u00e8quement injuste ou que le diff\u00e9rend territorial soit impossible \u00e0 g\u00e9rer. Au contraire, leur interd\u00e9pendance \u00e9conomique, g\u00e9ographique et s\u00e9curitaire rend indispensable le maintien d\u2019une coop\u00e9ration durable. Le d\u00e9fi consiste \u00e0 d\u00e9passer un mod\u00e8le qui privil\u00e9gie les objectifs s\u00e9curitaires europ\u00e9ens sans int\u00e9grer suffisamment la r\u00e9ciprocit\u00e9, les diff\u00e9rends territoriaux et le partage des responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, l\u2019Espagne et le Maroc devraient renforcer les m\u00e9canismes de gestion de leur diff\u00e9rend territorial. Cela n\u2019exige pas que l\u2019un ou l\u2019autre gouvernement abandonne sa position officielle et ne suppose aucune issue juridique pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9e. Il s\u2019agit de favoriser la retenue diplomatique, d\u2019institutionnaliser le dialogue et d\u2019emp\u00eacher que les d\u00e9saccords relatifs \u00e0 Ceuta et Melilla ne d\u00e9stabilisent la coop\u00e9ration dans d\u2019autres domaines.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, l\u2019Union europ\u00e9enne devrait distinguer la solidarit\u00e9 envers l\u2019Espagne de l\u2019approbation automatique de toutes les interpr\u00e9tations politiques avanc\u00e9es \u00e0 Madrid. Soutenir la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat membre est parfaitement compatible avec l\u2019encouragement au dialogue et \u00e0 la gestion pacifique des diff\u00e9rends. Les institutions europ\u00e9ennes n\u2019ont pas besoin de trancher la question de la souverainet\u00e9 pour insister sur le respect mutuel dans les relations entre l\u2019Espagne et le Maroc.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, la coop\u00e9ration migratoire devrait \u00eatre r\u00e9\u00e9quilibr\u00e9e. Le soutien europ\u00e9en devrait tenir compte des co\u00fbts financiers et administratifs assum\u00e9s par le Maroc, tout en garantissant une protection appropri\u00e9e aux migrants et aux demandeurs d\u2019asile. Les op\u00e9rations conjointes devraient \u00eatre transparentes, les proc\u00e9dures de retour conformes aux obligations juridiques applicables et les m\u00e9canismes de contr\u00f4le ind\u00e9pendant renforc\u00e9s. La coop\u00e9ration devrait \u00e9galement favoriser des possibilit\u00e9s plus efficaces de mobilit\u00e9 l\u00e9gale et de migration professionnelle.<\/p>\n<p>Quatri\u00e8mement, la coop\u00e9ration s\u00e9curitaire devrait reposer sur des int\u00e9r\u00eats mutuels plut\u00f4t que sur une division hi\u00e9rarchique entre un fournisseur europ\u00e9en de s\u00e9curit\u00e9 et un \u00c9tat africain faisant office de zone tampon. L\u2019expertise marocaine en mati\u00e8re de lutte antiterroriste, de diplomatie r\u00e9gionale et de relations \u00e9conomiques africaines devrait \u00eatre reconnue comme une composante essentielle du partenariat.<\/p>\n<p>Enfin, la coop\u00e9ration \u00e9conomique devrait privil\u00e9gier le d\u00e9veloppement partag\u00e9. Les investissements europ\u00e9ens peuvent soutenir l\u2019industrialisation du Maroc, l\u2019\u00e9ducation, les \u00e9nergies renouvelables et l\u2019innovation technologique, tandis que les infrastructures marocaines et ses relations r\u00e9gionales peuvent ouvrir de nouvelles perspectives aux entreprises europ\u00e9ennes. Les r\u00e9sultats devraient \u00eatre \u00e9valu\u00e9s en fonction de l\u2019emploi, du d\u00e9veloppement des comp\u00e9tences, de l\u2019inclusion territoriale et du renforcement des capacit\u00e9s productives.<\/p>\n<p><strong>Conclusion : d\u00e9passer la logique de la forteresse et de la zone tampon<\/strong><\/p>\n<p>Les relations entre l\u2019Espagne, le Maroc et l\u2019Union europ\u00e9enne illustrent les contradictions d\u2019un ordre politique dans lequel les valeurs universelles coexistent avec les int\u00e9r\u00eats nationaux, les diff\u00e9rends territoriaux historiques et l\u2019externalisation du contr\u00f4le des fronti\u00e8res. Ceuta et Melilla se trouvent au c\u0153ur de cette contradiction. L\u2019Espagne les consid\u00e8re comme des parties int\u00e9grantes de son territoire national ; le Maroc maintient une revendication de longue date ; et l\u2019Union europ\u00e9enne traite leurs fronti\u00e8res comme une composante de sa fronti\u00e8re ext\u00e9rieure. Ces positions coexistent au sein d\u2019une relation qui exige une coop\u00e9ration \u00e9troite, mais qui demeure marqu\u00e9e par des attentes in\u00e9gales.<\/p>\n<p>La critique la plus solide de la politique europ\u00e9enne ne consiste pas \u00e0 affirmer que l\u2019Union doit automatiquement approuver les revendications territoriales marocaines. Une telle conclusion n\u00e9cessiterait une analyse juridique qui ne saurait \u00eatre remplac\u00e9e par des arguments exclusivement g\u00e9ographiques ou historiques. La v\u00e9ritable critique est que les gouvernements europ\u00e9ens risquent d\u2019affaiblir leur propre cr\u00e9dibilit\u00e9 normative lorsqu\u2019ils invoquent des principes universels tout en traitant les diff\u00e9rends territoriaux et le contr\u00f4le migratoire principalement \u00e0 travers le prisme de leurs int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le du Maroc dans la protection des fronti\u00e8res europ\u00e9ennes, la lutte contre le terrorisme et le d\u00e9veloppement des relations \u00e9conomiques avec l\u2019Afrique est consid\u00e9rable. Pourtant, on ne saurait raisonnablement attendre de ce pays qu\u2019il assume ces fonctions comme si sa souverainet\u00e9, ses pr\u00e9occupations territoriales, ses objectifs de d\u00e9veloppement et ses priorit\u00e9s diplomatiques \u00e9taient secondaires. La coop\u00e9ration entre \u00c9tats souverains doit reposer sur la r\u00e9ciprocit\u00e9, et non sur une division implicite entre ceux qui d\u00e9finissent les priorit\u00e9s s\u00e9curitaires et ceux qui sont charg\u00e9s de les mettre en \u0153uvre.<\/p>\n<p>Comme je l\u2019ai soutenu dans mes analyses de la crise migratoire de Ceuta et des contradictions de l\u2019externalisation des fronti\u00e8res europ\u00e9ennes (Chtatou, 2026a, 2026b, 2026c), la principale faiblesse du dispositif actuel ne r\u00e9side pas simplement dans la difficult\u00e9 de contr\u00f4ler les migrations. Elle tient \u00e0 la r\u00e9partition in\u00e9gale de l\u2019autorit\u00e9, des responsabilit\u00e9s op\u00e9rationnelles et de la responsabilit\u00e9 politique. L\u2019Europe d\u00e9pend de plus en plus des pays voisins pour g\u00e9rer ses fronti\u00e8res, alors que l\u2019architecture politique et juridique qui les encadre demeure essentiellement europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Un v\u00e9ritable partenariat strat\u00e9gique euro-marocain doit d\u00e9passer la logique de la forteresse et de la zone tampon. Il doit reposer sur une s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9ciproque, une coop\u00e9ration \u00e9conomique \u00e9quitable, le respect de la dignit\u00e9 humaine et la gestion pacifique des diff\u00e9rends territoriaux. C\u2019est \u00e0 cette condition que la M\u00e9diterran\u00e9e pourra devenir non plus seulement une fronti\u00e8re s\u00e9parant des espaces politiques in\u00e9gaux, mais une r\u00e9gion o\u00f9 la coop\u00e9ration s\u2019appuie sur le respect mutuel et le partage des responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Andersson, R. (2014). <em>Illegality, Inc.: Clandestine migration and the business of bordering Europe<\/em>. University of California Press.<\/li>\n<li>Associated Press. (2026, October 12). <em>Border crisis in Spain\u2019s Ceuta has exposed its Christian-Muslim fault lines<\/em>. <a href=\"https:\/\/apnews.com\/article\/0af757a2b7c13dabc72fb37a0b765799\">https:\/\/apnews.com\/article\/0af757a2b7c13dabc72fb37a0b765799<\/a><\/li>\n<li>Bigo, D. (2002). Security and immigration: Toward a critique of the governmentality of unease. <em>Alternatives, 27<\/em>(Special Issue), 63\u201392. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/03043754020270S105\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/03043754020270S105<\/a><\/li>\n<li>Boswell, C. (2003). The external dimension of EU immigration and asylum policy. <em>International Affairs, 79<\/em>(3), 619\u2013638. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/1468-2346.00326\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/1468-2346.00326<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026a, July 31). <em>Ceuta\u2019s sudden migration surge: Law, politics, and border governance [Analysis]<\/em>. Eurasia Review. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/31072026-ceutas-sudden-migration-surge-law-politics-and-border-governance-analysis\/\">https:\/\/www.eurasiareview.com\/31072026-ceutas-sudden-migration-surge-law-politics-and-border-governance-analysis\/<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026b, August 5). <em>Fortress Europe or fortress illusion? Border externalization, the Ceuta migration surge, and the contradictions of Europe\u2019s migration governance [Analysis]<\/em>. Eurasia Review. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/05082026-fortress-europe-or-fortress-illusion-border-externalization-the-ceuta-migration-surge-and-the-contradictions-of-europes-migration-governance-analysis\/\">https:\/\/www.eurasiareview.com\/05082026-fortress-europe-or-fortress-illusion-border-externalization-the-ceuta-migration-surge-and-the-contradictions-of-europes-migration-governance-analysis\/<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026c, August 27). <em>Sebta, une ligne de fracture : migration, souverainet\u00e9 et persistance de l\u2019anti-marocanisme<\/em>. Oulemag. <a href=\"https:\/\/oulemag.ma\/fr\/sebta-une-ligne-de-fracture-migration-souverainete-et-persistance-de-lanti-marocanisme\/\">https:\/\/oulemag.ma\/fr\/sebta-une-ligne-de-fracture-migration-souverainete-et-persistance-de-lanti-marocanisme\/<\/a><\/li>\n<li>European Commission. (2022, July 8). <em>European Commission and Morocco launch renewed partnership on migration and tackling human smuggling networks<\/em>. <a href=\"https:\/\/enlargement.ec.europa.eu\/news\/european-commission-and-morocco-launch-renewed-partnership-migration-and-tackling-human-smuggling-2022-07-08_en\">https:\/\/enlargement.ec.europa.eu\/news\/european-commission-and-morocco-launch-renewed-partnership-migration-and-tackling-human-smuggling-2022-07-08_en<\/a><\/li>\n<li>European Commission. (2023, February). <em>EU migration support in Morocco<\/em>. <a href=\"https:\/\/enlargement.ec.europa.eu\/system\/files\/2023-03\/EU_support_migration_morocco.pdf\">https:\/\/enlargement.ec.europa.eu\/system\/files\/2023-03\/EU_support_migration_morocco.pdf<\/a><\/li>\n<li>European Court of Human Rights. (2020, February 13). <em>N.D. and N.T. v. Spain<\/em>, Applications Nos. 8675\/15 and 8697\/15. HUDOC. <a href=\"https:\/\/hudoc.echr.coe.int\/eng?i=001-201353\">https:\/\/hudoc.echr.coe.int\/eng?i=001-201353<\/a><\/li>\n<li>Ferrer-Gallardo, X. (2008). The Spanish\u2013Moroccan border complex: Processes of geopolitical, functional and symbolic rebordering. <em>Political Geography, 27<\/em>(3), 301\u2013321. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.polgeo.2007.12.004\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.polgeo.2007.12.004<\/a><\/li>\n<li>Ferrer-Gallardo, X. (2011). Territorial (dis)continuity dynamics between Ceuta and Morocco: Conflictual fortification vis-\u00e0-vis co-operative interaction at the EU border in Africa. <em>Tijdschrift voor Economische en Sociale Geografie, 102<\/em>(1), 24\u201338. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1467-9663.2009.00575.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1467-9663.2009.00575.x<\/a><\/li>\n<li>Ferrer-Gallardo, X., &amp; Albet-Mas, A. (2016). EU-limboscapes: Ceuta and the proliferation of migrant detention spaces across the European Union. <em>European Urban and Regional Studies, 23<\/em>(3), 527\u2013530. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0969776415617963\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/0969776415617963<\/a><\/li>\n<li>Ferrer-Gallardo, X., &amp; Gabrielli, L. (2022). The Ceuta border peripeteia: Tasting the externalities of EU border externalization. <em>Journal of Borderlands Studies, 37<\/em>(3), 645\u2013655. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/08865655.2022.2048680\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/08865655.2022.2048680<\/a><\/li>\n<li>Lavenex, S. (2018). \u201cFailing forward\u201d towards which Europe? Organized hypocrisy in the Common European Asylum System. <em>Journal of Common Market Studies, 56<\/em>(5), 1195\u20131212. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/jcms.12701\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/jcms.12701<\/a><\/li>\n<li>Reuters. (2026a, August 3). <em>EU can give Morocco more border support, von der Leyen tells Spain after Ceuta spat<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.reuters.com\/world\/europe\/eu-must-do-more-strengthen-borders-von-der-leyen-tells-spanish-pm-letter-seen-by-2026-08-03\/\">https:\/\/www.reuters.com\/world\/europe\/eu-must-do-more-strengthen-borders-von-der-leyen-tells-spanish-pm-letter-seen-by-2026-08-03\/<\/a><\/li>\n<li>Reuters. (2026b, August 6). <em>EU should use leverage with Morocco after Ceuta crossings, EU migration chief says<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.reuters.com\/world\/africa\/eu-should-use-all-leverage-secure-moroccos-cooperation-eu-migration-chief-says-2026-08-06\/\">https:\/\/www.reuters.com\/world\/africa\/eu-should-use-all-leverage-secure-moroccos-cooperation-eu-migration-chief-says-2026-08-06\/<\/a><\/li>\n<li>Reuters. (2026c, October 13). <em>Spain\u2019s royals visit Ceuta enclave amid friction with Morocco after border surge<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.reuters.com\/world\/africa\/spains-royals-visit-ceuta-enclave-amid-friction-with-morocco-after-border-surge-2026-10-13\/\">https:\/\/www.reuters.com\/world\/africa\/spains-royals-visit-ceuta-enclave-amid-friction-with-morocco-after-border-surge-2026-10-13\/<\/a><\/li>\n<li>Sahraoui, N. (2024). Externalized within: Everyday bordering processes affecting undocumented Moroccans in the borderlands of Ceuta and Melilla, Spain. <em>Journal of Borderlands Studies, 39<\/em>(5), 855\u2013874. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/08865655.2023.2229838\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/08865655.2023.2229838<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction : la contradiction entre les valeurs europ\u00e9ennes et les int\u00e9r\u00eats europ\u00e9ens La pr\u00e9sence espagnole persistante \u00e0 Ceuta et Melilla met en \u00e9vidence une contradiction fondamentale de la politique europ\u00e9enne contemporaine : la tension entre l\u2019engagement proclam\u00e9 de l\u2019Union europ\u00e9enne en faveur des droits humains, de la d\u00e9colonisation, de la gouvernance d\u00e9mocratique et de la &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4424,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-8540","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-opinions"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-2dK","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?fit=450%2C278&ssl=1","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8540","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8540"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8540\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8541,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8540\/revisions\/8541"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4424"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8540"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8540"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8540"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}