{"id":8547,"date":"2026-10-21T14:56:22","date_gmt":"2026-10-21T13:56:22","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=8547"},"modified":"2026-10-21T14:56:22","modified_gmt":"2026-10-21T13:56:22","slug":"larchitecture-du-gouvernement-el-mansouri-arithmetique-partisane-ingenierie-de-letat-et-noyau-souverain-dans-le-maroc-de-la-douzieme-legislature","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/larchitecture-du-gouvernement-el-mansouri-arithmetique-partisane-ingenierie-de-letat-et-noyau-souverain-dans-le-maroc-de-la-douzieme-legislature\/","title":{"rendered":"L\u2019architecture du gouvernement El Mansouri : arithm\u00e9tique partisane, ing\u00e9nierie de l\u2019\u00c9tat et noyau souverain dans le Maroc de la douzi\u00e8me l\u00e9gislature"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 405px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743-405x250.jpg?resize=405%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"405\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?resize=405%2C250&amp;ssl=1 405w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 405px) 100vw, 405px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\">Dr. Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>Le 16 octobre 2026, le roi Mohammed VI a nomm\u00e9, au Palais royal de Rabat, les membres du premier gouvernement de l\u2019histoire du Royaume dirig\u00e9 par une femme, Fatima Ezzahra El Mansouri. L\u2019\u00e9quipe compte trente-deux membres\u00a0: la cheffe du gouvernement, dix-neuf ministres, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du gouvernement et onze ministres d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s (Le1, 2026\u00a0; Le Desk, 2026b). La presse et les universitaires marocains ont aussit\u00f4t relev\u00e9 le caract\u00e8re \u00ab\u00a0\u00e9largi\u00a0\u00bb de cette composition et la multiplication d\u2019intitul\u00e9s nouveaux ou recompos\u00e9s (Le360, 2026\u00a0; Oukerzaz, 2026). D\u2019o\u00f9 la question qui structure cet essai\u00a0: pourquoi cette floraison de portefeuilles\u00a0? S\u2019agit-il seulement de satisfaire les diff\u00e9rentes tendances politiques d\u2019une majorit\u00e9 composite, ou d\u2019autre chose\u00a0?<\/p>\n<p>Notre th\u00e8se est que l\u2019architecture gouvernementale ob\u00e9it \u00e0 trois logiques superpos\u00e9es, dont aucune ne suffit \u00e0 elle seule \u00e0 rendre raison du r\u00e9sultat. La premi\u00e8re est une arithm\u00e9tique coalitionnelle\u00a0: une majorit\u00e9 de 207 si\u00e8ges sur 395, r\u00e9partie entre quatre partis, ne se constitue et ne se conserve qu\u2019en rendant visible la part de chacun, et le d\u00e9coupage des grands d\u00e9partements comme les minist\u00e8res d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s en sont la monnaie d\u2019\u00e9change. La deuxi\u00e8me est une ing\u00e9nierie administrative et doctrinale\u00a0: les intitul\u00e9s (intelligence artificielle, performance publique, souverainet\u00e9 alimentaire, pr\u00e9scolaire, d\u00e9perdition scolaire) nomment des priorit\u00e9s et pr\u00e9tendent corriger les chevauchements de l\u2019\u00e9quipe pr\u00e9c\u00e9dente. La troisi\u00e8me est une logique de souverainet\u00e9\u00a0: le noyau r\u00e9galien demeure hors de toute n\u00e9gociation partisane, de sorte que la floraison se concentre dans la p\u00e9riph\u00e9rie \u00e9conomique et sociale de l\u2019ex\u00e9cutif. \u00c0 ces trois couches s\u2019ajoute un enjeu de l\u00e9gitimit\u00e9, dans un pays o\u00f9 seuls 38,08\u00a0% des inscrits ont vot\u00e9 le 23 septembre (TelQuel, 2026a\u00a0; Chtatou, 2026d).<\/p>\n<p>L\u2019analyse repose sur les informations disponibles au 19 octobre 2026, jour o\u00f9 la cheffe du gouvernement doit pr\u00e9senter son programme devant les deux Chambres r\u00e9unies, \u00e9tape qui ouvre la proc\u00e9dure d\u2019investiture (Le1, 2026\u00a0; Kingdom of Morocco, 2011). Elle croise r\u00e9sultats \u00e9lectoraux, listes minist\u00e9rielles, ventilations partisanes publi\u00e9es par la presse \u2014 dont les attributions divergent parfois et ne valent ici que comme ordres de grandeur \u2014 et lectures d\u2019universitaires marocains, puis mobilise la litt\u00e9rature sur les coalitions et la distribution des portefeuilles (Gamson, 1961\u00a0; Laver &amp; Shepsle, 1996\u00a0; Warwick &amp; Druckman, 2001), que le cas marocain, monarchie constitutionnelle o\u00f9 le Roi pr\u00e9side le Conseil des ministres, oblige \u00e0 nuancer.<\/p>\n<p><strong>Du scrutin \u00e0 la coalition\u00a0: une s\u00e9quence contrainte<\/strong><\/p>\n<p>Le cadre constitutionnel est connu. L\u2019article 47 de la Constitution de 2011 confie au Roi la nomination du chef du gouvernement au sein du parti arriv\u00e9 en t\u00eate aux \u00e9lections de la Chambre des repr\u00e9sentants, puis celle des ministres sur proposition de ce dernier\u00a0; l\u2019article 87 pr\u00e9voit un gouvernement compos\u00e9 du chef du gouvernement, des ministres et, \u00e9ventuellement, de secr\u00e9taires d\u2019\u00c9tat\u00a0; l\u2019article 88 subordonne l\u2019investiture \u00e0 un vote de confiance de la Chambre sur le programme\u00a0; l\u2019article 49 r\u00e9serve au Conseil des ministres, pr\u00e9sid\u00e9 par le Roi, les orientations strat\u00e9giques de la politique de l\u2019\u00c9tat (Kingdom of Morocco, 2011\u00a0; Chtatou, 2026b). Ce cadre fixe un principe \u2014 la primaut\u00e9 \u00e9lectorale dans la d\u00e9signation de l\u2019ex\u00e9cutif \u2014 et un plafond \u2014 la persistance d\u2019un centre de d\u00e9cision royal \u2014, entre lesquels s\u2019inscrit toute n\u00e9gociation de portefeuilles.<\/p>\n<p>Le scrutin du 23 septembre 2026 a produit une Chambre fragment\u00e9e. Le PAM arrive en t\u00eate avec 97 si\u00e8ges sur 395, devant le RNI (66), l\u2019Istiqlal (65), le PJD (54), le Mouvement populaire (29), l\u2019USFP (26), le PPS (19) et l\u2019Union constitutionnelle (17)\u00a0; la participation n\u2019a atteint que 38,08\u00a0% (TelQuel, 2026a). Le RNI, parti du chef du gouvernement sortant, perd trente-six si\u00e8ges par rapport \u00e0 2021\u00a0; le PAM progresse\u00a0; le PJD, \u00e9vinc\u00e9 en 2021 lors du \u00ab\u00a0retour des lib\u00e9raux au pouvoir\u00a0\u00bb (Chtatou, 2021), revient en force. Aucune formation n\u2019approche la majorit\u00e9 absolue de 198 si\u00e8ges, et un tandem PAM\u2013Istiqlal, \u00e0 162 si\u00e8ges, aurait exig\u00e9 un troisi\u00e8me partenaire (TelQuel, 2026a).<\/p>\n<p>Nomm\u00e9e le 29 septembre, El Mansouri a ouvert les consultations d\u00e8s le lendemain, en commen\u00e7ant par le RNI (Hespress FR, 2026b), avant d\u2019officialiser, le 12 octobre, un accord \u00e0 quatre entre le PAM, l\u2019Istiqlal, l\u2019USFP et le PPS, qui totalise 207 si\u00e8ges, soit neuf de plus que le seuil (Bladi.net, 2026\u00a0; El Mouden, 2026). Le choix est lourd de sens\u00a0: il \u00e9carte le RNI, pourtant alli\u00e9 du PAM dans la majorit\u00e9 sortante, et r\u00e9unit autour du PAM les trois composantes historiques de la Koutla \u2014 l\u2019Istiqlal, l\u2019USFP et le PPS \u2014, les deux derni\u00e8res venant de l\u2019opposition (Bladi.net, 2026). Il laisse en outre hors de la majorit\u00e9 deux formations de poids\u00a0: le centre lib\u00e9ral du RNI et le PJD. Le gouvernement n\u2019est donc pas un arc-en-ciel o\u00f9 se retrouveraient toutes les sensibilit\u00e9s\u00a0; il traduit une s\u00e9lection. La question de la satisfaction des tendances politiques doit \u00eatre pos\u00e9e en ces termes\u00a0: de quelles tendances s\u2019agit-il, et pourquoi celles-l\u00e0\u00a0?<\/p>\n<p>Cette s\u00e9lection a sa sociologie. Pour Lahrichi (2026), la formation d\u2019un gouvernement marocain ne proc\u00e8de jamais d\u2019une seule logique\u00a0: elle articule la repr\u00e9sentation de la majorit\u00e9, la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, la comp\u00e9tence sectorielle et la recherche d\u2019\u00e9quilibres entre centres de pouvoir. La lecture rejoint celle d\u2019une tradition d\u2019analyse qui d\u00e9crit le syst\u00e8me politique marocain comme un jeu d\u2019accommodements entre un centre monarchique stable, des partis dont l\u2019autonomie est r\u00e9elle mais born\u00e9e, et des \u00e9lites territoriales dont la capacit\u00e9 de m\u00e9diation conditionne l\u2019acc\u00e8s au pouvoir (Waterbury, 1970\u00a0; Tozy, 1999\u00a0; Chtatou, 2026f).<\/p>\n<p><strong>Anatomie d\u2019un ex\u00e9cutif \u00e9largi<\/strong><\/p>\n<p>Les chiffres d\u2019abord. Avec trente-deux membres, le gouvernement El Mansouri d\u00e9passe la premi\u00e8re \u00e9quipe Akhannouch, install\u00e9e en 2021 avec vingt-quatre ministres, et l\u2019ensemble de trente membres issu de la restructuration d\u2019octobre 2024, qui avait introduit des secr\u00e9taires d\u2019\u00c9tat (Oukerzaz, 2026). Sur le temps long, le cabinet El Othmani de 2017 avait r\u00e9uni trente-neuf ministres et secr\u00e9taires d\u2019\u00c9tat issus de six partis (H24info, s. d.)\u00a0; il a \u00e9t\u00e9 ramen\u00e9 \u00e0 vingt-quatre membres en octobre 2019 (Finances News Hebdo, 2019). Le juriste Azzedine Hannoun estime que l\u2019\u00e9largissement de 2026 est \u00ab\u00a0r\u00e9el, mais mesur\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: il tient pour une bonne part au passage d\u2019une majorit\u00e9 de trois partis \u00e0 une majorit\u00e9 de quatre, chaque composante devant \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e, et \u00e0 la volont\u00e9 de ne pas multiplier les formules de rang interm\u00e9diaire (Oukerzaz, 2026).<\/p>\n<p>La r\u00e9partition hi\u00e9rarchique est r\u00e9v\u00e9latrice. Sur les trente-deux membres, onze sont des ministres d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, dont deux rattach\u00e9s \u00e0 la cheffe du gouvernement (Administration de la D\u00e9fense nationale\u00a0; Relations avec le Parlement et la soci\u00e9t\u00e9 civile) et neuf plac\u00e9s aupr\u00e8s de ministres de plein exercice (Le1, 2026). Il n\u2019y a, cette fois, aucun secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat\u00a0: la formule du ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 absorbe la fonction de l\u2019\u00e9chelon interm\u00e9diaire que la r\u00e9forme de 2024 avait introduit. Sept femmes si\u00e8gent dans l\u2019\u00e9quipe, soit environ 22\u00a0% de l\u2019effectif (Lahrichi, 2026), proportion qui contraste avec la port\u00e9e symbolique de la nomination d\u2019une femme \u00e0 la t\u00eate de l\u2019ex\u00e9cutif.<\/p>\n<p>Un trait m\u00e9rite d\u2019\u00eatre soulign\u00e9 d\u2019embl\u00e9e\u00a0: la prolif\u00e9ration n\u2019est pas uniforme. Elle se concentre dans les secteurs \u00e9conomiques et sociaux \u2014 \u00c9ducation (un ministre, deux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s), Industrie et Commerce, Agriculture et P\u00eache, Tourisme et Artisanat, Am\u00e9nagement et Habitat, Famille et Inclusion sociale, Num\u00e9rique et R\u00e9forme de l\u2019administration \u2014, tandis que l\u2019Int\u00e9rieur, les Affaires \u00e9trang\u00e8res, la Justice, les Habous et l\u2019Administration de la D\u00e9fense nationale sont reconduits \u00e0 l\u2019identique, avec leurs titulaires (Finances News Hebdo, 2026\u00a0; Oukerzaz, 2026). Seul le secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral du gouvernement change de main dans ce noyau\u00a0: Hassan Tariq, jusque-l\u00e0 M\u00e9diateur du Royaume, succ\u00e8de \u00e0 Mohamed Hajoui (Le Desk, 2026b\u00a0; Finances News Hebdo, 2026). La floraison est donc un ph\u00e9nom\u00e8ne de p\u00e9riph\u00e9rie.<\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8re lecture\u00a0: l\u2019arithm\u00e9tique des portefeuilles<\/strong><\/p>\n<p>La th\u00e9orie classique des coalitions pose que les partis obtiennent des portefeuilles en proportion de leur contribution en si\u00e8ges \u00e0 la majorit\u00e9 (Gamson, 1961). Les travaux ult\u00e9rieurs ont montr\u00e9 que la proportionnalit\u00e9 n\u2019est qu\u2019approximative\u00a0: les portefeuilles n\u2019ont pas tous la m\u00eame valeur, et la saillance des minist\u00e8res p\u00e8se autant que leur nombre (Laver &amp; Shepsle, 1996\u00a0; Warwick &amp; Druckman, 2001). Dans un syst\u00e8me o\u00f9 la distribution des postes est n\u00e9goci\u00e9e, multiplier les minist\u00e8res et subdiviser les grands d\u00e9partements revient \u00e0 accro\u00eetre le nombre d\u2019unit\u00e9s de compte disponibles pour la transaction\u00a0: un minist\u00e8re divis\u00e9 en deux fournit deux monnaies l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019en offrait qu\u2019une. L\u2019exp\u00e9rience de 2019 le confirme\u00a0: un observateur rappelait que, sous scrutin proportionnel, les partis sont repr\u00e9sent\u00e9s selon leur poids \u00e9lectoral et que toute r\u00e9duction des postes p\u00e8se d\u2019abord sur les petites formations (Hespress FR, 2019), et un analyste notait que certains secr\u00e9taires d\u2019\u00c9tat avaient \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9s surtout pour satisfaire la majorit\u00e9 (Finances News Hebdo, 2019).<\/p>\n<p>Appliquons cette grille \u00e0 la majorit\u00e9 de 207 si\u00e8ges, r\u00e9partie ainsi\u00a0: PAM 97 (47\u00a0%), Istiqlal 65 (31\u00a0%), USFP 26 (13\u00a0%), PPS 19 (9\u00a0%). D\u2019apr\u00e8s la ventilation partisane de Le Canard lib\u00e9r\u00e9 (2026), qui ne fait pas l\u2019unanimit\u00e9 mais fournit un ordre de grandeur, le PAM d\u00e9tient onze postes (cheffe du gouvernement comprise), l\u2019Istiqlal sept, l\u2019USFP cinq et le PPS trois, le solde revenant \u00e0 des profils sans \u00e9tiquette et aux minist\u00e8res de souverainet\u00e9. Ramen\u00e9es aux seuls postes partisans, ces parts donnent environ 42\u00a0% au PAM, 27\u00a0% \u00e0 l\u2019Istiqlal, 19\u00a0% \u00e0 l\u2019USFP et 12\u00a0% au PPS. Le calcul est approximatif, mais le sens est net\u00a0: les deux grands partenaires re\u00e7oivent un peu moins que leur poids en si\u00e8ges, les deux petits un peu plus. Cette surcompensation s\u2019explique par la position pivot de ces derniers\u00a0: sans l\u2019USFP, la majorit\u00e9 tombe \u00e0 181 si\u00e8ges\u00a0; sans le PPS, \u00e0 188\u00a0; dans les deux cas sous le seuil de 198. Chacun des petits partenaires peut donc faire basculer la coalition, et c\u2019est ce pouvoir de blocage, plus que son poids arithm\u00e9tique, que traduit sa part de portefeuilles.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9clatement du portefeuille de Younes Sekkouri en offre l\u2019illustration la plus nette. Son minist\u00e8re regroupait dans les faits deux d\u00e9partements, l\u2019emploi et la formation professionnelle (M\u00e9dias24, 2022), auxquels s\u2019ajoutait l\u2019inclusion \u00e9conomique. En 2026, ces comp\u00e9tences sont distribu\u00e9es entre quatre titulaires relevant de trois formations\u00a0: l\u2019Emploi et le Dialogue social \u00e0 Abderrahim Chahid (USFP), l\u2019Industrie, le Commerce, l\u2019Investissement et l\u2019Inclusion \u00e9conomique \u00e0 Ryad Mezzour (Istiqlal), l\u2019\u00c9ducation nationale, le Pr\u00e9scolaire, la Formation professionnelle et la Qualification \u00e0 Nabil Benabdallah (PPS), aupr\u00e8s duquel la Formation professionnelle \u00e9tait confi\u00e9e \u00e0 une ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e istiqlalienne (Finances News Hebdo, 2026\u00a0; Le Canard lib\u00e9r\u00e9, 2026\u00a0; TelQuel, 2026b). Cette dispersion peut se d\u00e9fendre sur le plan administratif\u00a0; elle r\u00e9pond aussi \u00e0 une \u00e9vidence partisane\u00a0: un grand minist\u00e8re unique ne se partage pas entre trois partenaires, quatre minist\u00e8res le permettent.<\/p>\n<p>Plus significative encore est la pratique des tandems transpartisans. Selon la presse, plusieurs ministres d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s appartiennent \u00e0 un parti diff\u00e9rent de celui de leur ministre de tutelle\u00a0: une istiqlalienne aupr\u00e8s d\u2019un ministre PPS, formant un \u00ab\u00a0attelage transpartisan\u00a0\u00bb (TelQuel, 2026b)\u00a0; un cadre de l\u2019USFP, Kamal Hachoumi, aupr\u00e8s du m\u00eame ministre\u00a0; Ahmed Mehdi Mezouari (USFP) aupr\u00e8s du ministre PAM de l\u2019Agriculture, Khalid Hatimy\u00a0; Rachid Hamouni (PPS) aupr\u00e8s de la ministre PAM de la Famille, Najwa Koukouss (Le Canard lib\u00e9r\u00e9, 2026). La litt\u00e9rature voit dans ce dispositif un instrument de surveillance mutuelle\u00a0: le ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 issu d\u2019un autre parti est l\u2019\u0153il de sa formation dans le d\u00e9partement et limite la d\u00e9rive du ministre de plein exercice (Thies, 2001). Aucun document public n\u2019atteste cette intention chez les n\u00e9gociateurs marocains, mais la configuration lui est conforme\u00a0: le nombre de postes d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s organiserait alors le contr\u00f4le r\u00e9ciproque d\u2019une majorit\u00e9 qui ne dispose que de neuf si\u00e8ges d\u2019avance.<\/p>\n<p>La logique partisane n\u2019\u00e9puise pas pour autant l\u2019explication. Lahrichi (2026) rappelle que le nombre de maroquins mesure mal le poids d\u2019un parti\u00a0: capacit\u00e9 budg\u00e9taire, visibilit\u00e9 et pouvoir d\u2019arbitrage diff\u00e8rent d\u2019un minist\u00e8re \u00e0 l\u2019autre, et des titulaires non encart\u00e9s occupent parfois un d\u00e9partement revenu au quota d\u2019une formation. Le PAM, qui garde les Finances, la Justice, l\u2019Agriculture, l\u2019Enseignement sup\u00e9rieur, l\u2019Am\u00e9nagement du territoire (avec la fonction de porte-parole) et la Jeunesse, la Culture et les Sports, contr\u00f4le les arbitrages budg\u00e9taires et une part du r\u00e9cit public. L\u2019Istiqlal re\u00e7oit un ensemble coh\u00e9rent d\u2019infrastructures, d\u2019industrie, de commerce, de transport et de tourisme\u00a0; l\u2019USFP et le PPS, des secteurs sociaux \u2014 sant\u00e9, emploi, \u00e9ducation, \u00e9nergie, inclusion sociale \u2014 o\u00f9 les citoyens \u00e9prouvent chaque jour la pr\u00e9sence ou l\u2019absence de l\u2019\u00c9tat (Lahrichi, 2026). Les partenaires de gauche re\u00e7oivent ainsi les portefeuilles les plus visibles, mais aussi les plus expos\u00e9s \u00e0 la sanction \u00e9lectorale.<\/p>\n<p><strong>Deuxi\u00e8me lecture\u00a0: l\u2019ing\u00e9nierie des intitul\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>R\u00e9duire la floraison \u00e0 une transaction partisane serait m\u00e9conna\u00eetre la dimension administrative et doctrinale de la composition. Les intitul\u00e9s ne sont pas neutres. Associer la performance publique aux Finances, sous la direction de Fouzi Lekjaa, fait de l\u2019\u00e9valuation des r\u00e9sultats un crit\u00e8re explicite de gouvernement\u00a0; inscrire la souverainet\u00e9 alimentaire dans le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture relie la production aux vuln\u00e9rabilit\u00e9s ext\u00e9rieures et au changement climatique\u00a0; cr\u00e9er un minist\u00e8re de l\u2019Intelligence artificielle, de la Transformation num\u00e9rique et de la R\u00e9forme de l\u2019administration place la technologie au c\u0153ur de la modernisation de l\u2019\u00c9tat (Lahrichi, 2026). Le num\u00e9rique relevait jusqu\u2019ici d\u2019un simple minist\u00e8re d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 (Finances News Hebdo, 2026).<\/p>\n<p>Les minist\u00e8res d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s charg\u00e9s du pr\u00e9scolaire, de la lutte contre la d\u00e9perdition scolaire, de la formation professionnelle ou de l\u2019inclusion sociale proc\u00e8dent de la m\u00eame logique\u00a0: nommer pr\u00e9cis\u00e9ment certaines fractures pour les rendre visibles et mesurables (Lahrichi, 2026). La r\u00e9organisation de l\u2019\u00e9ducation, qui r\u00e9unit \u00c9ducation nationale, Pr\u00e9scolaire et Formation professionnelle sous une m\u00eame autorit\u00e9, laisse l\u2019Enseignement sup\u00e9rieur \u00e0 part et rattache les sports \u00e0 la Jeunesse et \u00e0 la Culture (Finances News Hebdo, 2026). La disparition de la Communication de l\u2019intitul\u00e9 du minist\u00e8re de la Jeunesse, de la Culture et des Sports est lue par Hannoun comme la volont\u00e9 de laisser au Conseil national de la presse sa latitude de r\u00e9gulation\u00a0; il souligne lui-m\u00eame le caract\u00e8re interpr\u00e9tatif de cette lecture, la Communication ne recouvrant pas seulement la presse mais aussi le cin\u00e9ma (Oukerzaz, 2026).<\/p>\n<p>Cette ing\u00e9nierie r\u00e9pond, en second lieu, \u00e0 une ambition de coh\u00e9rence affich\u00e9e au cours des consultations\u00a0: une analyse de presse rapporte que la philosophie de la nouvelle cheffe du gouvernement vise \u00ab\u00a0moins de juxtaposition des d\u00e9partements, davantage de coh\u00e9rence entre les politiques publiques\u00a0\u00bb, par contraste avec la r\u00e9partition de d\u00e9partements entre composantes de la coalition tripartite pr\u00e9c\u00e9dente (Article19.ma, 2026a). Appara\u00eet ici le paradoxe central de l\u2019architecture\u00a0: elle pr\u00e9tend \u00e0 la fois int\u00e9grer les politiques et multiplier les interfaces. Les grands minist\u00e8res regroupent des politiques qui ont chacune leurs acteurs et leurs temporalit\u00e9s\u00a0; les ministres d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s accroissent la sp\u00e9cialisation mais multiplient les points de coordination (Lahrichi, 2026). Hannoun avertit qu\u2019une \u00e9tiquette nouvelle ne vaut que si elle s\u2019accompagne de structures, de moyens et d\u2019objectifs mesurables (Oukerzaz, 2026).<\/p>\n<p>Le calendrier, enfin, impose sa propre rationalit\u00e9\u00a0: le projet de loi de finances 2027 devait \u00eatre d\u00e9pos\u00e9 avant le 20 octobre, parall\u00e8lement \u00e0 la pr\u00e9sentation du programme devant le Parlement (Oukerzaz, 2026). On peut faire l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019une \u00e9quipe install\u00e9e \u00e0 quelques jours de ces \u00e9ch\u00e9ances privil\u00e9gie une architecture de ministres d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, qui ne suppose pas de refonte imm\u00e9diate des administrations, sur une recomposition des d\u00e9partements qui exigerait des mois.<\/p>\n<p><strong>Troisi\u00e8me lecture\u00a0: le noyau souverain et la monarchie<\/strong><\/p>\n<p>Si la p\u00e9riph\u00e9rie fleurit, le centre est fig\u00e9. Les ministres de l\u2019Int\u00e9rieur (Abdelouafi Laftit), des Affaires \u00e9trang\u00e8res (Nasser Bourita), des Habous et des Affaires islamiques (Ahmed Toufiq) et de la Justice (Abdellatif Ouahbi), ainsi que le ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 charg\u00e9 de l\u2019Administration de la D\u00e9fense nationale (Abdeltif Loudyi), sont reconduits (M\u00e9dias24, 2026\u00a0; Finances News Hebdo, 2026). Pour Hannoun, cette continuit\u00e9 assure celle de l\u2019action de l\u2019\u00c9tat (Oukerzaz, 2026)\u00a0; une autre analyse y voit une \u00ab\u00a0transition ma\u00eetris\u00e9e\u00a0\u00bb, qui conserve la boussole strat\u00e9gique de l\u2019\u00c9tat tout en changeant de moteur politique par l\u2019ouverture \u00e0 la gauche (Hespress FR, 2026a).<\/p>\n<p>Cette dualit\u00e9 est constitutive du syst\u00e8me. Le chef du gouvernement propose, le Roi nomme et pr\u00e9side le Conseil des ministres, o\u00f9 se traitent les orientations strat\u00e9giques (Kingdom of Morocco, 2011). La cat\u00e9gorie de \u00ab\u00a0minist\u00e8res de souverainet\u00e9\u00a0\u00bb, d\u2019usage politique plut\u00f4t que constitutionnel, structure pourtant l\u2019architecture\u00a0: les portefeuilles n\u00e9gociables se trouvent dans l\u2019\u00e9conomie et le social, les portefeuilles r\u00e9serv\u00e9s dans la souverainet\u00e9. Le gouvernement qui en r\u00e9sulte doit se lire comme une transformation \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du syst\u00e8me politique, non comme une transformation du syst\u00e8me lui-m\u00eame (Chtatou, 2026b)\u00a0; l\u2019\u00e9volution marocaine proc\u00e8de par adaptation de l\u2019architecture existante plut\u00f4t que par rupture, ce que la litt\u00e9rature anglo-saxonne nomme d\u00e9mocratisation incr\u00e9mentale (Chtatou, 2026f).<\/p>\n<p>Cette architecture \u00e0 deux vitesses remplit une fonction que la seule arithm\u00e9tique ne voit pas\u00a0: elle neutralise les risques de la fragmentation. Plus la p\u00e9riph\u00e9rie est n\u00e9goci\u00e9e, plus le centre doit \u00eatre stable pour que la coalition supporte les frictions et les incidents. On retrouve sous une forme actualis\u00e9e la segmentation d\u00e9crite par Waterbury (1970)\u00a0: un centre arbitral, et des segments partisans qui se disputent les ressources sans remettre en cause l\u2019arbitre. On y retrouve aussi la m\u00e9diation par les notables, que les partis recrutent pour leur capital familial, foncier, associatif ou local et qui convertissent ce capital en voix (Chtatou, 2026a). Le recrutement minist\u00e9riel ob\u00e9it \u00e0 la m\u00eame logique hybride, politique et technocratique, qui n\u2019est pas une anomalie mais une technique de gouvernement (Lahrichi, 2026).<\/p>\n<p><strong>Quatri\u00e8me lecture\u00a0: l\u00e9gitimit\u00e9, abstention et coloration politique<\/strong><\/p>\n<p>La quatri\u00e8me logique est celle de la l\u00e9gitimit\u00e9. Une participation de 38,08\u00a0% ne permet pas de conclure que l\u2019abstention \u00e9quivaut \u00e0 un rejet des partis \u2014 elle peut tenir \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence, aux contraintes pratiques, \u00e0 la d\u00e9fiance ou \u00e0 la protestation \u2014, mais son ampleur constitue un d\u00e9fi de repr\u00e9sentation pour toutes les formations (Chtatou, 2026b). Le paradoxe d\u2019une monarchie forte et d\u2019un Parlement dont la capacit\u00e9 \u00e0 incarner les pr\u00e9f\u00e9rences populaires demeure contest\u00e9e, o\u00f9 les citoyens expriment davantage de confiance envers les institutions de l\u2019\u00c9tat qu\u2019envers les partis et le Parlement (Chtatou, 2026d), \u00e9claire le choix d\u2019un gouvernement \u00e0 la coloration plus politique.<\/p>\n<p>Les observateurs rel\u00e8vent en effet que, \u00e0 l\u2019exception de quelques profils issus de la haute administration ou du monde de l\u2019entreprise, tels Ahmed Rahhou et Jalal Charaf, la plupart des membres affichent une appartenance partisane assum\u00e9e (Le360, 2026). Hannoun y voit le retour de figures de l\u2019\u00e9quipe Benkirane \u2014 Nabil Benabdallah \u00e0 l\u2019\u00c9ducation, Charafat Afailal \u00e0 l\u2019\u00c9nergie \u2014 et la volont\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 un reproche adress\u00e9 \u00e0 l\u2019ex\u00e9cutif pr\u00e9c\u00e9dent, un d\u00e9ficit de m\u00e9diation politique\u00a0; il ajoute que cette orientation ne dispense pas de l\u2019exigence d\u2019efficacit\u00e9, l\u2019\u00e9quipe devant \u00eatre jug\u00e9e sur ses r\u00e9sultats plus que sur ses profils (Oukerzaz, 2026).<\/p>\n<p>Le cas de Fouzi Lekjaa \u00e9claire un autre pan de cette logique. Ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 charg\u00e9 du Budget, ayant rejoint le PAM durant l\u2019\u00e9t\u00e9 (Le Canard lib\u00e9r\u00e9, 2026), pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration royale marocaine de football, il acc\u00e8de aux Finances alors que des commentateurs \u00e9voquaient un \u00ab\u00a0gouvernement de la Coupe du monde 2030\u00a0\u00bb. Le football, devenu instrument d\u2019image nationale et de soft power, a procur\u00e9 \u00e0 son promoteur un capital d\u2019\u00e9motion collective que les technocrates ordinaires n\u2019accumulent pas (Chtatou, 2026c)\u00a0: en lui confiant l\u2019autorit\u00e9 budg\u00e9taire, le PAM convertit ce capital en ressource de gouvernement. La lecture appelle toutefois un gouvernement qui ne se r\u00e9duise pas \u00e0 celui du Mondial 2030, mais traite durablement les d\u00e9fis sociaux, \u00e9conomiques et territoriaux (Chtatou, 2026e).<\/p>\n<p>Reste la dimension g\u00e9n\u00e9rationnelle et territoriale. L\u2019exigence de m\u00e9rite, de transparence et de citoyennet\u00e9 \u00e9gale port\u00e9e par la jeunesse, que la mobilisation GenZ212 a rendue visible, p\u00e8se sur la composition (Chtatou, 2025)\u00a0; les d\u00e9partements de l\u2019emploi, de la formation professionnelle, de la jeunesse ou du pr\u00e9scolaire en sont les r\u00e9ponses nomm\u00e9es. En revanche, le passage d\u2019un \u00ab\u00a0Maroc des centres\u00a0\u00bb \u00e0 un \u00ab\u00a0Maroc des territoires\u00a0\u00bb (Chtatou, 2026e) ne se traduit qu\u2019indirectement dans l\u2019organigramme\u00a0: la territorialisation y repose pour l\u2019essentiel sur le minist\u00e8re de l\u2019Am\u00e9nagement du territoire national, de l\u2019Urbanisme, de l\u2019Habitat et de la Politique de la ville, cumul\u00e9 avec le porte-parolat du gouvernement.<\/p>\n<p><strong>Les co\u00fbts de l\u2019architecture\u00a0: coordination, responsabilit\u00e9 et premier incident<\/strong><\/p>\n<p>Une architecture qui multiplie les portefeuilles multiplie aussi les points de rupture. Le premier incident est survenu avant l\u2019investiture\u00a0: nomm\u00e9e le 16 octobre ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e charg\u00e9e de la Formation professionnelle, l\u2019istiqlalienne Madiha Khayr voit ses fonctions prendre fin le 18 octobre, \u00e0 la demande de la cheffe du gouvernement, accept\u00e9e par le Roi conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 47 (Le Desk, 2026a\u00a0; Article19.ma, 2026b). Le porte-parole du gouvernement, Samir Belfkih, a expliqu\u00e9 que la demande proc\u00e9dait d\u2019une appr\u00e9ciation partag\u00e9e par les partis de la majorit\u00e9, apr\u00e8s la circulation d\u2019informations personnelles de nature judiciaire et m\u00e9dicale, sans se prononcer sur leur teneur ni leur authenticit\u00e9 (Hespress English, 2026). Nous n\u2019entrons pas dans le fond de ces informations, qui n\u2019est pas \u00e9tabli publiquement et ne rel\u00e8ve pas de l\u2019analyse institutionnelle.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pisode \u00e9claire trois points. D\u2019abord, la rapidit\u00e9 de la d\u00e9cision montre que la majorit\u00e9 pr\u00e9f\u00e8re absorber un co\u00fbt de r\u00e9putation imm\u00e9diat plut\u00f4t que laisser une controverse s\u2019installer \u00e0 la veille de l\u2019investiture. Ensuite, il r\u00e9v\u00e8le la tension entre la logique de quota, o\u00f9 le parti propose son personnel, et la logique de s\u00e9lection, o\u00f9 la cheffe du gouvernement r\u00e9pond de son \u00e9quipe devant le Roi et la Chambre\u00a0: l\u2019article 47 lui donne un levier r\u00e9el. Enfin, il pose une question d\u2019organisation\u00a0: la r\u00e9attribution du poste vacant, qui reste \u00e0 venir au moment o\u00f9 nous \u00e9crivons, constituera un premier test de la discipline de la coalition.<\/p>\n<p>Le risque structurel d\u00e9passe l\u2019incident. Dans une coalition, le dilemme classique consiste \u00e0 revendiquer collectivement les succ\u00e8s et \u00e0 individualiser les \u00e9checs\u00a0; \u00e0 mesure que s\u2019approche l\u2019\u00e9ch\u00e9ance de 2031, chaque partenaire cherchera \u00e0 pr\u00e9server son identit\u00e9 (Lahrichi, 2026). Le vote r\u00e9trospectif suppose que l\u2019\u00e9lecteur relie une performance \u00e0 un responsable, or les grands minist\u00e8res transversaux, les comp\u00e9tences partag\u00e9es et les tandems brouillent l\u2019attribution. La clart\u00e9 de la cha\u00eene de d\u00e9cision devient ainsi une condition de la responsabilit\u00e9 d\u00e9mocratique\u00a0: une majorit\u00e9 devient gouvernement, \u00e9crit Lahrichi (2026), \u00ab\u00a0lorsqu\u2019elle cesse d\u2019\u00eatre une addition de partis\u00a0\u00bb. Le cycle 2017-2019 le rappelle\u00a0: un cabinet \u00e9largi pour contenter six partis (H24info, s. d.) a \u00e9t\u00e9 ramen\u00e9, apr\u00e8s un appel royal \u00e0 davantage de comp\u00e9tence, de trente-neuf \u00e0 vingt-quatre membres (Afrik.com, 2019\u00a0; Finances News Hebdo, 2019).<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>Pourquoi cette floraison de portefeuilles\u00a0? Elle n\u2019est ni un simple partage de d\u00e9pouilles entre tendances politiques, ni une pure rationalisation administrative. Elle r\u00e9sulte de trois logiques qui se rencontrent dans un m\u00eame organigramme. L\u2019arithm\u00e9tique d\u2019abord\u00a0: une majorit\u00e9 de 207 si\u00e8ges o\u00f9 chacun des deux petits partenaires est pivot conduit \u00e0 une surcompensation en postes visibles, que fournissent les subdivisions de grands d\u00e9partements (emploi, formation, inclusion \u00e9conomique) et les tandems transpartisans, instruments de contr\u00f4le r\u00e9ciproque. L\u2019ing\u00e9nierie ensuite\u00a0: des intitul\u00e9s qui nomment des priorit\u00e9s et pr\u00e9tendent \u00e0 la coh\u00e9rence des politiques publiques. La souverainet\u00e9 enfin\u00a0: un noyau reconduit, qui rend supportable la n\u00e9gociation de tout le reste.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 savoir s\u2019il s\u2019agit de satisfaire les tendances politiques, la r\u00e9ponse est oui, mais de mani\u00e8re s\u00e9lective\u00a0: ni le RNI, ni le PJD, ni l\u2019ensemble de la droite lib\u00e9rale ou de l\u2019islam politique ne sont de la partie. Ce que le gouvernement satisfait, c\u2019est la combinaison du PAM et de la Koutla, et il le fait en surcompensant les petits partenaires. L\u2019intelligence artificielle, la souverainet\u00e9 alimentaire ou le pr\u00e9scolaire sont le discours par lequel cette arithm\u00e9tique se donne une justification de politique publique. Les deux dimensions ne s\u2019excluent pas, elles se renforcent\u00a0: un intitul\u00e9 nouveau peut \u00eatre, \u00e0 la fois, une priorit\u00e9 et la mani\u00e8re la plus \u00e9conomique de cr\u00e9er un poste.<\/p>\n<p>Ces hypoth\u00e8ses sont testables \u00e0 court terme. Quatre indicateurs permettront de trancher\u00a0: le programme pr\u00e9sent\u00e9 le 19 octobre et la place qu\u2019y tiennent les chantiers nomm\u00e9s par les intitul\u00e9s\u00a0; la loi de finances 2027, qui dira si performance publique et souverainet\u00e9 alimentaire se traduisent en lignes budg\u00e9taires\u00a0; les d\u00e9crets d\u2019attributions des minist\u00e8res d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s\u00a0; enfin, le pourvoi du poste vacant de la Formation professionnelle. Si, dans douze mois, les minist\u00e8res d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s demeurent sans directions ni budgets propres, l\u2019hypoth\u00e8se de la monnaie d\u2019\u00e9change l\u2019emportera\u00a0; s\u2019ils ont re\u00e7u structures et objectifs mesurables, celle de l\u2019ing\u00e9nierie aura raison.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de ces tests, l\u2019enjeu est celui de la confiance. L\u2019arithm\u00e9tique construit une majorit\u00e9\u00a0; seule l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019action publique construit la confiance, comme le r\u00e9sume Lahrichi (2026). Dans un pays o\u00f9 six inscrits sur dix ne se sont pas d\u00e9plac\u00e9s, un gouvernement ne vaut pas par la taille de son organigramme mais par sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire la distance entre citoyens et institutions (Chtatou, 2026b)\u00a0: c\u2019est \u00e0 cette aune que l\u2019\u00e9quipe El Mansouri sera jug\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Afrik.com. (2019, octobre). Mohammed VI et son r\u00e9gime\u2026 minceur\u00a0! <em>Afrik.com<\/em>. https:\/\/www.afrik.com\/maroc-mohammed-vi-et-son-regime-minceur<\/li>\n<li>Article19.ma. (2026a, octobre). \u00c9clairage | Maroc\u00a0: apr\u00e8s l\u2019ouverture du Parlement, les tractations se poursuivent autour du gouvernement El Mansouri. <em>Article19.ma<\/em>. https:\/\/article19.ma\/accueil\/archives\/199522<\/li>\n<li>Article19.ma. (2026b, 18 octobre). Politique | Maroc\u00a0: Madiha Khayr limog\u00e9e 48 heures apr\u00e8s sa nomination, le gouvernement \u00e9voque \u00ab\u00a0des informations judiciaires et m\u00e9dicales\u00a0\u00bb. <em>Article19.ma<\/em>. https:\/\/article19.ma\/accueil\/archives\/199836<\/li>\n<li>Bladi.net. (2026, octobre). Ils gouvernaient ensemble, mais El Mansouri forme sa nouvelle majorit\u00e9 sans Akhannouch. <em>Bladi.net<\/em>. https:\/\/www.bladi.net\/gouvernaient-ensemble-el-mansouri-forme-nouvelle-majorite-akhannouch,124336.html<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2021, 17 septembre). The return of liberals to power in the Moroccan general elections. <em>Fikra Forum, The Washington Institute for Near East Policy<\/em>. https:\/\/www.washingtoninstitute.org\/policy-analysis\/return-liberals-power-moroccan-general-elections<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2025, 7 octobre). Aspects of clientelism due to neo-tribalism in Moroccan political system: Preeminence of this state of affairs and current protests by GENZ212 group. <em>Eurasia Review<\/em>.<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026a, 13 septembre). The co-optation of notables by political parties in Moroccan elections: From traditional notability to the territorial fabrication of electoral power. <em>Eurasia Review<\/em>. https:\/\/www.eurasiareview.com\/13092026-the-co-optation-of-notables-by-political-parties-in-moroccan-elections-analysis\/<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026b, 11 octobre). Fatima Ezzahra El Mansouri and the changing architecture of political power in Morocco: Gender, establishment, political capital and the limits of executive transformation. <em>Eurasia Review<\/em>. https:\/\/www.eurasiareview.com\/11102026-fatima-ezzahra-el-mansouri-and-the-changing-architecture-of-political-power-in-morocco-gender-establishment-political-capital-and-the-limits-of-executive-transformation-analysis\/<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026c, ao\u00fbt). Fouzi Lekjaa and the \u201cWorld Cup 2030 government\u201d: From pitch to premiership. <em>Morocco World News<\/em>. https:\/\/www.moroccoworldnews.com\/2026\/08\/333806\/fouzi-lekjaa-and-the-world-cup-2030-government-from-pitch-to-premiership\/<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026d, 3 septembre). The great rendezvous with abstention? The Moroccan legislative elections of September 23, 2026 and the crisis of political representation. <em>Eurasia Review<\/em>. https:\/\/www.eurasiareview.com\/03092026-the-great-rendezvous-with-abstention-the-moroccan-legislative-elections-of-september-23-2026-and-the-crisis-of-political-representation-analysis\/<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026e, 19 ao\u00fbt). Morocco\u2019s September legislative elections: The need for a competent, effective, and territorially just government. <em>Eurasia Review<\/em>. https:\/\/www.eurasiareview.com\/19082026-moroccos-september-legislative-elections-the-need-for-a-competent-effective-and-territorially-just-government-analysis\/<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026f, 27 mai). The political process in Morocco: Monarchy, reform, and incremental democracy. <em>Eurasia Review<\/em>.<\/li>\n<li>El Mouden, W. (2026, octobre). Gouvernement El Mansouri\u00a0: le PAM \u00e9carte le RNI et se tourne vers la Koutla. <em>Le360<\/em>. https:\/\/fr.le360.ma\/politique\/gouvernement-el-mansouri-le-pam-ecarte-le-rni-et-se-tourne-vers-la-koutla_YF6QWVFZCFFNZPB3K7XSVECTQA\/<\/li>\n<li>Finances News Hebdo. (2019, 18 octobre). Nouveau gouvernement\u00a0: pas de d\u00e9lai gr\u00e2ce. <em>Finances News Hebdo<\/em>. https:\/\/fnh.ma\/articles\/nouveau-gouvernement-pas-de-delai-grace<\/li>\n<li>Finances News Hebdo. (2026, 16 octobre). Gouvernement El Mansouri\u00a0: les grands changements du nouvel ex\u00e9cutif. <em>Finances News Hebdo<\/em>. https:\/\/fnh.ma\/articles\/gouvernement-el-mansouri-les-grands-changements-du-nouvel-executif<\/li>\n<li>Gamson, W. A. (1961). A theory of coalition formation. <em>American Sociological Review, 26<\/em>(3), 373\u2013382.<\/li>\n<li>H24info. (s. d.). Vid\u00e9os. R\u00e9tro 2017\u00a0: retour sur une ann\u00e9e tr\u00e8s politique. <em>H24info<\/em>. https:\/\/h24info.ma\/maroc\/videos-retro-2017-retour-annee-tres-politique\/<\/li>\n<li>Hespress English. (2026, 18 octobre). Morocco government breaks silence on Madiha Khayr\u2019s dismissal. <em>Hespress English<\/em>. https:\/\/en.hespress.com\/147581-morocco-government-breaks-silence-on-madiha-khayrs-dismissal.html<\/li>\n<li>Hespress FR. (2019, 12 octobre). Remaniement minist\u00e9riel\u00a0: prendre conscience du d\u00e9ficit au niveau des \u00e9lites politiques. <em>Hespress FR<\/em>. https:\/\/fr.hespress.com\/100886-100886.html<\/li>\n<li>Hespress FR. (2026a, octobre). Cabinet El Mansouri\u00a0: l\u2019art de la transition ma\u00eetris\u00e9e. <em>Hespress FR<\/em>. https:\/\/fr.hespress.com\/492812-cabinet-el-mansouri-lart-de-la-transition-maitrisee.html<\/li>\n<li>Hespress FR. (2026b, 30 septembre). Le RNI ouvre le cycle des consultations d\u2019El Mansouri pour former la majorit\u00e9. <em>Hespress FR<\/em>. https:\/\/fr.hespress.com\/490588-le-rni-ouvre-le-cycle-des-consultations-del-mansouri-pour-former-la-majorite.html<\/li>\n<li>Kingdom of Morocco. (2011). <em>Constitution du Royaume du Maroc<\/em>. Bulletin officiel du Royaume du Maroc.<\/li>\n<li>Lahrichi, A. (2026, 16 octobre). Gouvernement El Mansouri\u00a0: entre arithm\u00e9tique de la majorit\u00e9 et sociologie du pouvoir. <em>EcoActu.ma<\/em>. https:\/\/ecoactu.ma\/gouvernement-arithmetique-majorite-sociologie-pouvoir\/<\/li>\n<li>Laver, M., &amp; Shepsle, K. A. (1996). <em>Making and breaking governments: Cabinets and legislatures in parliamentary democracies<\/em>. Cambridge University Press.<\/li>\n<li>Le1. (2026, 16 octobre). Composition compl\u00e8te du gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri. <em>Le1.ma<\/em>. https:\/\/le1.ma\/composition-nouveau-gouvernement-maroc-2026\/<\/li>\n<li>Le360. (2026, octobre). Une \u00e9quipe \u00e9largie, politique, rajeunie et renouvel\u00e9e\u00a0: ce qu\u2019il faut retenir du nouveau gouvernement. <em>Le360<\/em>. https:\/\/fr.le360.ma\/politique\/une-equipe-elargie-politique-rajeunie-et-renouvelee-ce-quil-faut-retenir-du-nouveau-gouvernement_K7UG2766HFE2VISIZLQD5T5LDE\/<\/li>\n<li>Le Canard lib\u00e9r\u00e9. (2026, 16 octobre). Politique\u00a0: le nouveau gouvernement enfin nomm\u00e9. <em>Le Canard lib\u00e9r\u00e9<\/em>. https:\/\/lecanardlibere.ma\/a-la-une\/politique-le-nouveau-gouvernement-enfin-nomme\/<\/li>\n<li>Le Desk. (2026a, 18 octobre). Gouvernement El Mansouri\u00a0: la ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e Madiha Khayr d\u00e9mise de ses fonctions. <em>Le Desk<\/em>. https:\/\/ledesk.ma\/2026\/10\/18\/gouvernement-el-mansouri-la-ministre-delegue-madiha-khayr-demise-de-ses-fonctions\/<\/li>\n<li>Le Desk. (2026b, 16 octobre). Le roi Mohammed VI nomme le gouvernement El Mansouri (liste). <em>Le Desk<\/em>. http:\/\/ledesk.ma\/2026\/10\/16\/le-roi-mohammed-vi-nomme-le-gouvernement-el-mansouri-liste\/<\/li>\n<li>M\u00e9dias24. (2022, 4 ao\u00fbt). Sekkouri change deux secr\u00e9taires g\u00e9n\u00e9raux et 24 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s r\u00e9gionaux de l\u2019emploi et de la formation. <em>M\u00e9dias24<\/em>. https:\/\/medias24.com\/2022\/08\/04\/sekkouri-change-deux-secretaires-generaux-et-24-delegues-regionaux-de-lemploi-et-de-la-formation\/<\/li>\n<li>M\u00e9dias24. (2026, 16 octobre). Officiel. Voici la composition du gouvernement El Mansouri. <em>M\u00e9dias24<\/em>. https:\/\/medias24.com\/2026\/10\/16\/officiel-voici-la-composition-du-gouvernement-el-mansouri-1780607\/<\/li>\n<li>Oukerzaz, H. (2026, 18 octobre). Gouvernement El Mansouri\u00a0: une \u00e9quipe \u00e9largie, un cap \u00e0 tenir. <em>Hespress FR<\/em>. https:\/\/fr.hespress.com\/492927-gouvernement-el-mansouri-une-equipe-elargie-un-cap-a-tenir.html<\/li>\n<li>TelQuel. (2026a, 24 septembre). L\u00e9gislatives 2026\u00a0: le PAM en t\u00eate, le RNI d\u00e9croche, le PJD revient. <em>TelQuel<\/em>. https:\/\/telquel.ma\/instant-t\/2026\/09\/24\/legislatives-2026-le-pam-en-tete-le-rni-decroche-le-pjd-revient_2009540\/<\/li>\n<li>TelQuel. (2026b, 16 octobre). Madiha Khayr, une istiqlalienne \u00e0 la Formation professionnelle. <em>TelQuel<\/em>. https:\/\/telquel.ma\/instant-t\/2026\/10\/16\/madiha-khayr-une-istiqlalienne-a-la-formation-professionnelle_2013594\/<\/li>\n<li>Thies, M. F. (2001). Keeping tabs on partners: The logic of delegation in coalition governments. <em>American Journal of Political Science, 45<\/em>(3), 580\u2013598.<\/li>\n<li>Tozy, M. (1999). <em>Monarchie et islam politique au Maroc<\/em>. Presses de Sciences Po.<\/li>\n<li>Warwick, P. V., &amp; Druckman, J. N. (2001). Portfolio salience and the proportionality of payoffs in coalition governments. <em>British Journal of Political Science, 31<\/em>(4), 627\u2013649.<\/li>\n<li>Waterbury, J. (1970). <em>The Commander of the Faithful: The Moroccan political elite\u2014A study in segmented politics<\/em>. Columbia University Press.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Le 16 octobre 2026, le roi Mohammed VI a nomm\u00e9, au Palais royal de Rabat, les membres du premier gouvernement de l\u2019histoire du Royaume dirig\u00e9 par une femme, Fatima Ezzahra El Mansouri. L\u2019\u00e9quipe compte trente-deux membres\u00a0: la cheffe du gouvernement, dix-neuf ministres, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du gouvernement et onze ministres d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s (Le1, 2026\u00a0; Le &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4424,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-8547","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-opinions"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-2dR","jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?fit=450%2C278&ssl=1","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8547","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8547"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8547\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8548,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8547\/revisions\/8548"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4424"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8547"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8547"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8547"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}