{"id":8549,"date":"2026-10-21T15:01:18","date_gmt":"2026-10-21T14:01:18","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=8549"},"modified":"2026-10-21T15:01:18","modified_gmt":"2026-10-21T14:01:18","slug":"lagouira-est-marocaine-et-le-restera-souverainete-memoire-historique-et-geopolitique-du-sud-marocain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/lagouira-est-marocaine-et-le-restera-souverainete-memoire-historique-et-geopolitique-du-sud-marocain\/","title":{"rendered":"Lagouira est marocaine et le restera : souverainet\u00e9, m\u00e9moire historique et g\u00e9opolitique du Sud marocain"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 405px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743-405x250.jpg?resize=405%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"405\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?resize=405%2C250&amp;ssl=1 405w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 405px) 100vw, 405px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\">Dr. Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Introduction : entre attachement national et r\u00e9alisme g\u00e9opolitique<\/strong><\/p>\n<p>Lagouira, \u00e9galement connue sous les noms de La G\u00fcera et de La Ag\u00fcera dans les sources espagnoles, occupe une place singuli\u00e8re dans l&rsquo;imaginaire territorial marocain. Situ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 m\u00e9ridionale de la p\u00e9ninsule de Ras Nouadhibou, sur la fa\u00e7ade atlantique, cette localit\u00e9 se trouve au voisinage imm\u00e9diat de Nouadhibou, en Mauritanie, et \u00e0 proximit\u00e9 de l&rsquo;espace frontalier qui relie le Maroc \u00e0 l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest. Son importance d\u00e9passe largement ses dimensions urbaines actuelles : elle se situe au croisement de l&rsquo;histoire coloniale, des revendications nationales, des \u00e9quilibres strat\u00e9giques entre Rabat et Nouakchott et des controverses relatives au statut du Sahara occidental. Dans ce contexte, l&rsquo;affirmation selon laquelle \u00ab le Maroc s&rsquo;\u00e9tend de Tanger \u00e0 Lagouira \u00bb exprime une repr\u00e9sentation puissante de l&rsquo;unit\u00e9 territoriale marocaine, mais elle doit \u00e9galement \u00eatre \u00e9tudi\u00e9e comme un objet historique, politique et diplomatique.<\/p>\n<p>Les rumeurs r\u00e9cemment rapport\u00e9es dans certains m\u00e9dias selon lesquelles la Mauritanie chercherait \u00e0 obtenir Lagouira en \u00e9change d&rsquo;une modification de sa position \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du Front Polisario illustrent la sensibilit\u00e9 de cette question. Il convient cependant de distinguer trois niveaux d&rsquo;analyse : les faits diplomatiques officiellement \u00e9tablis, les interpr\u00e9tations avanc\u00e9es par les commentateurs et les hypoth\u00e8ses de marchandage territorial. En l&rsquo;absence d&rsquo;une proposition officielle v\u00e9rifiable, il serait m\u00e9thodologiquement incorrect de pr\u00e9senter l&rsquo;existence d&rsquo;un tel \u00e9change comme un fait acquis. Une analyse acad\u00e9mique doit plut\u00f4t examiner les int\u00e9r\u00eats susceptibles d&rsquo;alimenter cette sp\u00e9culation, les pr\u00e9c\u00e9dents historiques qui structurent les perceptions marocaines et mauritaniennes, ainsi que les contraintes du droit international.<\/p>\n<p>La th\u00e8se d\u00e9fendue ici est double. D&rsquo;une part, l&rsquo;attachement marocain \u00e0 Lagouira s&rsquo;inscrit dans une conception historique de l&rsquo;unit\u00e9 nationale, fa\u00e7onn\u00e9e par la m\u00e9moire de la pr\u00e9sence marocaine dans le Sahara et par l&rsquo;exp\u00e9rience de la fragmentation coloniale. D&rsquo;autre part, la d\u00e9fense d&rsquo;une position nationale durable exige de distinguer la conviction politique de la d\u00e9monstration juridique : ni les slogans patriotiques ni les calculs g\u00e9opolitiques suppos\u00e9s ne peuvent se substituer \u00e0 l&rsquo;examen des titres historiques, des instruments internationaux et de la r\u00e9alit\u00e9 diplomatique. La question de Lagouira r\u00e9v\u00e8le ainsi un dilemme central du Maghreb contemporain : comment concilier m\u00e9moire territoriale, souverainet\u00e9 revendiqu\u00e9e, coop\u00e9ration r\u00e9gionale et r\u00e8glement pacifique des diff\u00e9rends ?<\/p>\n<p><strong>Lagouira dans la g\u00e9ographie historique du Maroc : m\u00e9moire territoriale et h\u00e9ritage colonial<\/strong><\/p>\n<p>Pour comprendre la place de Lagouira dans la conscience nationale marocaine, il faut replacer cette localit\u00e9 dans la longue histoire des relations entre le pouvoir ch\u00e9rifien, les tribus sahariennes et les espaces de circulation transsaharienne. Avant l&rsquo;\u00e9tablissement des fronti\u00e8res contemporaines, le Sahara occidental et les r\u00e9gions correspondant \u00e0 l&rsquo;actuelle Mauritanie formaient un espace de relations commerciales, religieuses, tribales et politiques qui ne se laissait pas ais\u00e9ment enfermer dans les cat\u00e9gories territoriales de l&rsquo;\u00c9tat moderne. Les routes caravani\u00e8res, les r\u00e9seaux de savants musulmans, les affiliations confr\u00e9riques, les liens d&rsquo;all\u00e9geance et les \u00e9changes entre les populations du nord et du sud t\u00e9moignaient d&rsquo;une g\u00e9ographie humaine beaucoup plus fluide que celle qui allait \u00eatre impos\u00e9e par la colonisation europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Le Maroc pr\u00e9colonial \u00e9tait un \u00c9tat ch\u00e9rifien dont l&rsquo;autorit\u00e9 s&rsquo;exer\u00e7ait selon des modalit\u00e9s variables, articulant pouvoir dynastique, all\u00e9geances tribales, autorit\u00e9s religieuses et relations commerciales. Les travaux de Pennell (2000) sur l&rsquo;histoire du Maroc moderne montrent combien les fronti\u00e8res politiques du Maghreb occidental se sont constitu\u00e9es dans l&rsquo;interaction entre les structures \u00e9tatiques locales et les interventions europ\u00e9ennes. Toutefois, il serait historiquement excessif de d\u00e9duire de l&rsquo;existence de r\u00e9seaux religieux ou de relations d&rsquo;all\u00e9geance que l&rsquo;ensemble du territoire de l&rsquo;actuelle Mauritanie appartenait uniform\u00e9ment et continuellement au Maroc. La Mauritanie contemporaine n&rsquo;existait pas encore comme \u00c9tat ind\u00e9pendant, mais l&rsquo;absence d&rsquo;un \u00c9tat moderne ne signifie pas automatiquement que les r\u00e9gions concern\u00e9es relevaient de la souverainet\u00e9 d&rsquo;un autre \u00c9tat. Cette distinction est essentielle pour \u00e9viter que la m\u00e9moire historique ne se transforme en argument territorial simplificateur.<\/p>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab Scramble for Africa \u00bb d\u00e9signe principalement la course acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e au partage colonial de l&rsquo;Afrique au cours des ann\u00e9es 1880 et 1890, notamment apr\u00e8s la conf\u00e9rence de Berlin de 1884-1885. L&rsquo;ann\u00e9e 1860 constitue un rep\u00e8re important dans l&rsquo;histoire marocaine, particuli\u00e8rement en raison de la guerre hispano-marocaine et du trait\u00e9 de Wad-Ras, mais elle ne repr\u00e9sente pas, \u00e0 elle seule, le commencement du partage colonial de l&rsquo;Afrique. Les trajectoires de la Mauritanie et du Sahara occidental doivent \u00eatre comprises \u00e0 travers une succession de p\u00e9n\u00e9trations europ\u00e9ennes, de conventions diplomatiques et de d\u00e9limitations territoriales qui ont progressivement transform\u00e9 les espaces politiques sahariens.<\/p>\n<p>La colonisation espagnole du Sahara occidental et l&rsquo;expansion fran\u00e7aise dans les territoires correspondant \u00e0 la Mauritanie ont contribu\u00e9 \u00e0 s\u00e9parer des populations dont les relations historiques avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 ces fronti\u00e8res. En 1975, la Cour internationale de Justice a reconnu que le Sahara occidental n&rsquo;\u00e9tait pas une terra nullius au moment de sa colonisation et qu&rsquo;il existait des liens juridiques d&rsquo;all\u00e9geance entre le sultan du Maroc et certaines tribus du territoire. Elle a \u00e9galement reconnu l&rsquo;existence de liens juridiques entre le Sahara occidental et l&rsquo;entit\u00e9 mauritanienne. Toutefois, elle a conclu que les \u00e9l\u00e9ments soumis ne d\u00e9montraient pas de lien de souverainet\u00e9 territoriale entre le territoire et le Maroc ou l&rsquo;entit\u00e9 mauritanienne, de nature \u00e0 \u00e9carter le principe d&rsquo;autod\u00e9termination (<a href=\"https:\/\/www.icj-cij.org\/fr\/affaire\/61?utm_source=chatgpt.com\">Cour internationale de Justice, 1975<\/a>).<\/p>\n<p>Cet avis ne cl\u00f4t pas, \u00e0 lui seul, l&rsquo;ensemble des d\u00e9bats politiques contemporains sur le Sahara occidental, mais il demeure une r\u00e9f\u00e9rence juridique incontournable. Il oblige \u00e0 distinguer la profondeur des relations historiques de la d\u00e9monstration d&rsquo;un titre territorial en droit international. Pour le Maroc, Lagouira symbolise la continuit\u00e9 g\u00e9ographique et historique d&rsquo;un espace national dont les limites ont \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment affect\u00e9es par la colonisation. Pour une analyse rigoureuse, cependant, il faut \u00e9tablir s\u00e9par\u00e9ment l&rsquo;histoire de la localit\u00e9, son statut juridique, les arrangements issus de la d\u00e9colonisation et la situation de fait qui pr\u00e9vaut aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p><strong>Lagouira, la p\u00e9ninsule de Ras Nouadhibou et la logique des fronti\u00e8res coloniales<\/strong><\/p>\n<p>La position g\u00e9ographique de Lagouira explique en grande partie la sensibilit\u00e9 politique de son statut. Situ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 occidentale de la p\u00e9ninsule de Ras Nouadhibou, face \u00e0 la ville mauritanienne de Nouadhibou, elle se trouve dans un espace o\u00f9 la g\u00e9ographie physique, les infrastructures portuaires et les fronti\u00e8res politiques sont \u00e9troitement imbriqu\u00e9es. La proximit\u00e9 de Nouadhibou, l&rsquo;un des principaux centres \u00e9conomiques et maritimes de Mauritanie, conf\u00e8re \u00e0 cette p\u00e9ninsule une importance strat\u00e9gique qui d\u00e9passe la taille et la population de Lagouira elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>La localit\u00e9 a connu une histoire coloniale espagnole et s&rsquo;est inscrite dans l&rsquo;organisation territoriale du Sahara espagnol. Les transformations politiques de 1975-1979 ont profond\u00e9ment modifi\u00e9 son environnement. Les accords de Madrid du 14 novembre 1975 organis\u00e8rent le retrait espagnol et instaur\u00e8rent une administration temporaire associant le Maroc et la Mauritanie, sans pour autant constituer un transfert de souverainet\u00e9 reconnu par les Nations unies comme un r\u00e8glement d\u00e9finitif de la question du Sahara occidental. Le texte de la d\u00e9claration de principes est enregistr\u00e9 dans la collection des trait\u00e9s des Nations unies (<a href=\"https:\/\/treaties.un.org\/Pages\/showDetails.aspx?objid=08000002801062d7&amp;utm_source=chatgpt.com\">Nations unies, 1975<\/a>).<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 1979, la Mauritanie signa un accord de paix avec le Front Polisario et renon\u00e7a \u00e0 ses pr\u00e9tentions territoriales sur le Sahara occidental. Cet \u00e9v\u00e9nement constitue un tournant dans l&rsquo;\u00e9quilibre r\u00e9gional : Nouakchott se retira d&rsquo;un conflit qui avait lourdement pes\u00e9 sur ses ressources \u00e9conomiques et ses \u00e9quilibres politiques. Le Maroc consolida ensuite sa pr\u00e9sence dans la partie du territoire qu&rsquo;il administre, tandis que la question du statut d\u00e9finitif du Sahara occidental demeurait inscrite \u00e0 l&rsquo;ordre du jour des Nations unies.<\/p>\n<p>Il faut n\u00e9anmoins distinguer la renonciation mauritanienne aux pr\u00e9tentions territoriales sur le Sahara occidental de la question sp\u00e9cifique de Lagouira et de la situation de fait sur la p\u00e9ninsule. La proximit\u00e9 g\u00e9ographique de la localit\u00e9 avec Nouadhibou, ainsi que les imp\u00e9ratifs de s\u00e9curit\u00e9 et de fonctionnement du port mauritanien, peuvent expliquer l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de Nouakchott pour le maintien du statu quo. Mais l&rsquo;int\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique n&rsquo;est pas, en lui-m\u00eame, un titre de souverainet\u00e9. De m\u00eame, une pr\u00e9sence physique ou s\u00e9curitaire ne suffit pas \u00e0 \u00e9tablir juridiquement une souverainet\u00e9 territoriale.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de Lagouira r\u00e9v\u00e8le ainsi l&rsquo;un des paradoxes les plus persistants de la d\u00e9colonisation africaine : les fronti\u00e8res qui ont permis la formation des \u00c9tats contemporains sont aussi celles qui ont transform\u00e9 des espaces d&rsquo;interaction en zones de s\u00e9paration. Dans le cas de Ras Nouadhibou, la division de la p\u00e9ninsule a produit une configuration dans laquelle les int\u00e9r\u00eats de s\u00e9curit\u00e9 de la Mauritanie, les revendications marocaines et la question plus large du Sahara occidental se trouvent intimement li\u00e9s. Une solution durable ne peut donc se limiter \u00e0 une lecture symbolique de la g\u00e9ographie ; elle doit tenir compte des r\u00e9alit\u00e9s historiques, des engagements internationaux et des besoins l\u00e9gitimes de s\u00e9curit\u00e9 des \u00c9tats voisins.<\/p>\n<p><strong>La rumeur du marchandage : distinguer l&rsquo;information, l&rsquo;interpr\u00e9tation et l&rsquo;hypoth\u00e8se<\/strong><\/p>\n<p>La controverse contemporaine autour de Lagouira a pris une nouvelle dimension \u00e0 la suite d&rsquo;articles publi\u00e9s en octobre 2026. Le 8 octobre, Amar Belani a interpr\u00e9t\u00e9 la demande mauritanienne d&rsquo;une commission destin\u00e9e \u00e0 clarifier les fronti\u00e8res internationales d\u00e9finitives du Sahara occidental comme l&rsquo;expression possible d&rsquo;inqui\u00e9tudes de Nouakchott face aux cons\u00e9quences territoriales d&rsquo;un r\u00e8glement futur. Le 20 octobre, dans un nouvel article publi\u00e9 par TSA, il a formul\u00e9 explicitement l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un marchandage autour de Lagouira, \u00e9voquant notamment la possibilit\u00e9 d&rsquo;une concession de longue dur\u00e9e destin\u00e9e \u00e0 soutenir le d\u00e9veloppement de Nouadhibou, en \u00e9change d&rsquo;une \u00e9volution de la position mauritanienne sur la souverainet\u00e9 marocaine au Sahara occidental (<a href=\"https:\/\/www.tsa-algerie.com\/pourquoi-nouakchott-veut-une-commission-sur-les-frontieres-du-sahara-occidental\/?utm_source=chatgpt.com\">Belani, 2026a<\/a> ; <a href=\"https:\/\/www.tsa-algerie.com\/la-mauritanie-lagouira-et-le-sahara-occidental-marchandage-en-vue\/?utm_source=chatgpt.com\">Belani, 2026b<\/a>).<\/p>\n<p>Ces articles sont pertinents pour comprendre l&rsquo;apparition de la controverse m\u00e9diatique, mais ils ne constituent pas la preuve d&rsquo;une n\u00e9gociation officielle entre Rabat et Nouakchott. Il faut \u00e9galement prendre en compte leur nature : ils pr\u00e9sentent des interpr\u00e9tations et des sc\u00e9narios g\u00e9opolitiques, et non le texte d&rsquo;un accord sign\u00e9, un communiqu\u00e9 gouvernemental \u00e9tablissant l&rsquo;existence d&rsquo;une offre territoriale ou une d\u00e9claration bilat\u00e9rale confirmant un \u00e9change. La distinction n&rsquo;est pas purement formelle. Dans les relations internationales, la r\u00e9p\u00e9tition d&rsquo;une hypoth\u00e8se par plusieurs m\u00e9dias peut produire l&rsquo;impression d&rsquo;une information confirm\u00e9e alors que les articles s&rsquo;appuient parfois sur la m\u00eame sp\u00e9culation initiale.<\/p>\n<p>Trois sc\u00e9narios peuvent \u00eatre distingu\u00e9s analytiquement. Le premier serait un \u00e9change explicite entre une concession territoriale ou une reconnaissance de droits mauritaniens sur Lagouira et une r\u00e9orientation diplomatique concernant le Sahara occidental. Le deuxi\u00e8me serait un arrangement fonctionnel, limit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s portuaire, aux infrastructures ou \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, sans transfert de souverainet\u00e9. Le troisi\u00e8me serait une n\u00e9gociation plus large sur la gestion des fronti\u00e8res, le commerce transfrontalier et la coop\u00e9ration r\u00e9gionale, dans laquelle Lagouira constituerait un \u00e9l\u00e9ment parmi d&rsquo;autres. Ces sc\u00e9narios ne pr\u00e9sentent ni la m\u00eame port\u00e9e juridique ni les m\u00eames cons\u00e9quences politiques.<\/p>\n<p>\u00c0 ce stade, le sc\u00e9nario d&rsquo;un marchandage territorial doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une hypoth\u00e8se non confirm\u00e9e. Il est possible que des acteurs politiques envisagent des arrangements strat\u00e9giques, mais aucune conclusion s\u00e9rieuse ne peut \u00eatre tir\u00e9e sans preuves documentaires. L&rsquo;affirmation selon laquelle la Mauritanie souhaiterait obtenir Lagouira contre son retrait de soutien au Polisario doit donc \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e comme une sp\u00e9culation m\u00e9diatique, non comme une d\u00e9cision officielle de l&rsquo;\u00c9tat mauritanien.<\/p>\n<p>Cette prudence n&rsquo;affaiblit nullement une analyse critique des int\u00e9r\u00eats r\u00e9gionaux. Elle permet au contraire de s\u00e9parer les faits des conjectures et d&rsquo;\u00e9viter qu&rsquo;une rumeur ne devienne elle-m\u00eame un facteur d&rsquo;escalade diplomatique. Une question territoriale aussi sensible exige des sources v\u00e9rifiables, une terminologie juridique pr\u00e9cise et une attention particuli\u00e8re aux int\u00e9r\u00eats des populations concern\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>La Mauritanie et le Maroc : int\u00e9r\u00eats divergents, interd\u00e9pendance strat\u00e9gique<\/strong><\/p>\n<p>La relation entre Rabat et Nouakchott ne peut \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 une opposition territoriale. Les deux pays partagent des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, s\u00e9curitaires et diplomatiques qui rendent la stabilit\u00e9 de leur fronti\u00e8re particuli\u00e8rement importante. La Mauritanie constitue un partenaire essentiel pour les \u00e9changes marocains avec l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, tandis que le Maroc repr\u00e9sente un d\u00e9bouch\u00e9 commercial, un partenaire potentiel d&rsquo;investissement et un acteur diplomatique majeur du Maghreb. Cette interd\u00e9pendance cr\u00e9e des incitations \u00e0 la coop\u00e9ration, m\u00eame lorsque des divergences persistent sur le Sahara occidental.<\/p>\n<p>Le corridor routier de Guerguerat illustre cette r\u00e9alit\u00e9. Il relie le territoire administr\u00e9 par le Maroc \u00e0 la Mauritanie et, au-del\u00e0, aux march\u00e9s ouest-africains. Son importance ne tient pas seulement aux flux de marchandises : il repr\u00e9sente un axe de projection \u00e9conomique et diplomatique pour le Maroc, dont les strat\u00e9gies africaines reposent notamment sur le d\u00e9veloppement des \u00e9changes, des investissements et des infrastructures. Les perturbations de cet axe peuvent entra\u00eener des co\u00fbts \u00e9conomiques consid\u00e9rables et affecter les relations commerciales entre les deux pays. Dans cette perspective, la s\u00e9curit\u00e9 des communications terrestres et la fluidit\u00e9 du commerce constituent des int\u00e9r\u00eats communs qui peuvent encourager des arrangements pragmatiques.<\/p>\n<p>La Mauritanie doit n\u00e9anmoins pr\u00e9server ses propres priorit\u00e9s strat\u00e9giques. Nouadhibou est un centre portuaire et \u00e9conomique majeur, dont le d\u00e9veloppement d\u00e9pend de l&rsquo;organisation des activit\u00e9s maritimes, de la p\u00eache, de la logistique et des connexions r\u00e9gionales. Il est donc raisonnable de supposer que Nouakchott s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 tout changement susceptible d&rsquo;affecter la s\u00e9curit\u00e9 ou les perspectives de d\u00e9veloppement de la p\u00e9ninsule de Ras Nouadhibou. Cette pr\u00e9occupation ne prouve toutefois pas que le gouvernement mauritanien revendique officiellement Lagouira, ni qu&rsquo;il cherche \u00e0 n\u00e9gocier sa souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse g\u00e9opolitique doit \u00e9galement consid\u00e9rer les \u00e9quilibres entre le Maroc, l&rsquo;Alg\u00e9rie et la Mauritanie. Nouakchott a historiquement cherch\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server une marge d&rsquo;autonomie diplomatique dans un environnement r\u00e9gional polaris\u00e9. Une politique d&rsquo;\u00e9quilibre lui permet de d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats sans se retrouver enferm\u00e9e dans l&rsquo;antagonisme maroco-alg\u00e9rien. Une modification radicale de sa position sur le Sahara occidental pourrait avoir des cons\u00e9quences diplomatiques et s\u00e9curitaires qui d\u00e9passeraient largement la question de Lagouira.<\/p>\n<p>Il faut donc distinguer deux formes de n\u00e9gociation. La premi\u00e8re serait une transaction territoriale explicite, politiquement explosive et juridiquement complexe. La seconde porterait sur la coop\u00e9ration fonctionnelle : circulation des marchandises, s\u00e9curit\u00e9 frontali\u00e8re, acc\u00e8s aux infrastructures, gestion des ressources maritimes et investissements. Cette seconde voie offre davantage de possibilit\u00e9s de compromis, car elle permet de r\u00e9pondre aux pr\u00e9occupations concr\u00e8tes des deux pays sans pr\u00e9sumer d&rsquo;un transfert de souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>Pour le Maroc, la meilleure strat\u00e9gie ne consisterait pas \u00e0 transformer une rumeur en crise bilat\u00e9rale, mais \u00e0 d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats par une diplomatie pr\u00e9ventive, une documentation historique rigoureuse et des m\u00e9canismes de concertation. Pour la Mauritanie, une coop\u00e9ration transparente avec Rabat pourrait contribuer \u00e0 pr\u00e9server ses int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et s\u00e9curitaires sans remettre en cause l&rsquo;\u00e9quilibre r\u00e9gional. La relation bilat\u00e9rale gagnerait ainsi \u00e0 \u00eatre envisag\u00e9e comme un espace de n\u00e9gociation entre voisins plut\u00f4t que comme un jeu \u00e0 somme nulle.<\/p>\n<p><strong>Le droit international : pourquoi un territoire ne peut \u00eatre trait\u00e9 comme une monnaie d&rsquo;\u00e9change<\/strong><\/p>\n<p>La souverainet\u00e9 territoriale est l&rsquo;un des principes fondamentaux de l&rsquo;ordre international. Elle ne peut \u00eatre d\u00e9duite de la seule importance strat\u00e9gique d&rsquo;une localit\u00e9, de sa proximit\u00e9 avec un port ou de l&rsquo;existence de liens historiques. Elle repose sur des \u00e9l\u00e9ments juridiques et historiques dont la port\u00e9e doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e au regard des instruments applicables, de la pratique des \u00c9tats et des r\u00e8gles internationales pertinentes.<\/p>\n<p>La Charte des Nations unies consacre notamment le principe de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 souveraine des \u00c9tats et impose le r\u00e8glement pacifique des diff\u00e9rends. Son article 2, paragraphe 4, interdit le recours \u00e0 la menace ou \u00e0 l&#8217;emploi de la force contre l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 territoriale ou l&rsquo;ind\u00e9pendance politique d&rsquo;un \u00c9tat (Nations unies, 1945). Il serait toutefois excessif de consid\u00e9rer que toute modification territoriale n\u00e9goci\u00e9e entre \u00c9tats est interdite : des arrangements territoriaux peuvent \u00eatre conclus dans le respect du droit international, des r\u00e8gles applicables et des droits des populations concern\u00e9es. La question d\u00e9cisive est donc celle du fondement juridique, du consentement valide et de la compatibilit\u00e9 de l&rsquo;accord avec les obligations internationales pertinentes.<\/p>\n<p>Dans le cas de Lagouira, la difficult\u00e9 tient notamment \u00e0 son insertion dans le dossier plus vaste du Sahara occidental. L&rsquo;avis consultatif rendu par la Cour internationale de Justice en 1975 demeure central, car il a distingu\u00e9 les liens historiques et juridiques existant avant la colonisation de la question de la souverainet\u00e9 territoriale et du principe d&rsquo;autod\u00e9termination (<a href=\"https:\/\/www.icj-cij.org\/fr\/affaire\/61?utm_source=chatgpt.com\">Cour internationale de Justice, 1975<\/a>). La Cour n&rsquo;a pas \u00e9tabli que les liens invoqu\u00e9s par le Maroc ou l&rsquo;entit\u00e9 mauritanienne constituaient des titres de souverainet\u00e9 territoriale sur le Sahara occidental. Cette conclusion doit \u00eatre rappel\u00e9e avec pr\u00e9cision, sans lui attribuer une port\u00e9e qu&rsquo;elle ne poss\u00e8de pas.<\/p>\n<p>Le statut de Lagouira ne peut donc \u00eatre r\u00e9gl\u00e9 de mani\u00e8re rigoureuse par la seule invocation du slogan \u00ab de Tanger \u00e0 Lagouira \u00bb. Ce dernier exprime un attachement national et une conception de l&rsquo;unit\u00e9 territoriale ; il ne constitue pas, en lui-m\u00eame, un titre juridique. De la m\u00eame mani\u00e8re, une hypoth\u00e9tique offre mauritanienne ne pourrait produire aucun effet juridique par sa seule circulation dans les m\u00e9dias. Il faudrait conna\u00eetre le contenu pr\u00e9cis de l&rsquo;accord envisag\u00e9, les parties habilit\u00e9es \u00e0 le conclure, le statut juridique du territoire concern\u00e9 et les obligations internationales qui s&rsquo;appliqueraient.<\/p>\n<p>Un autre probl\u00e8me concerne la distinction entre souverainet\u00e9 et droits d&rsquo;usage. Une concession portuaire, un bail de longue dur\u00e9e, un accord de s\u00e9curit\u00e9 ou un droit d&rsquo;acc\u00e8s \u00e9conomique ne sont pas \u00e9quivalents \u00e0 un transfert territorial. Un arrangement permettant \u00e0 la Mauritanie d&rsquo;utiliser certaines infrastructures de Lagouira, s&rsquo;il \u00e9tait juridiquement possible et valablement conclu, ne signifierait pas n\u00e9cessairement qu&rsquo;elle en deviendrait souveraine. Inversement, un transfert de souverainet\u00e9 ne pourrait \u00eatre dissimul\u00e9 derri\u00e8re la terminologie d&rsquo;un simple accord commercial si ses effets r\u00e9els \u00e9taient territoriaux.<\/p>\n<p>La diplomatie marocaine doit donc \u00e9viter deux \u00e9cueils : accepter que des droits territoriaux soient discut\u00e9s sur la base de rumeurs et confondre toute coop\u00e9ration pratique avec une concession de souverainet\u00e9. Une position juridique solide exige une d\u00e9finition pr\u00e9cise des objets de n\u00e9gociation, la v\u00e9rification des textes applicables et la distinction entre les int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques et les titres juridiques.<\/p>\n<p><strong>\u00ab De Tanger \u00e0 Lagouira \u00bb : le slogan national et ses usages politiques<\/strong><\/p>\n<p>La formule \u00ab le Maroc s&rsquo;\u00e9tend de Tanger \u00e0 Lagouira \u00bb poss\u00e8de une forte charge symbolique. Elle associe les extr\u00e9mit\u00e9s septentrionale et m\u00e9ridionale du territoire \u00e0 une repr\u00e9sentation d&rsquo;unit\u00e9, de continuit\u00e9 historique et de souverainet\u00e9 nationale. Dans l&rsquo;imaginaire politique marocain, elle traduit l&rsquo;aspiration \u00e0 surmonter les divisions h\u00e9rit\u00e9es de la p\u00e9riode coloniale et \u00e0 consolider l&rsquo;int\u00e9gration des r\u00e9gions m\u00e9ridionales dans le projet national.<\/p>\n<p>Les slogans territoriaux jouent un r\u00f4le important dans la construction des communaut\u00e9s politiques. Anderson (2006) montre que la nation est une communaut\u00e9 imagin\u00e9e, dont la coh\u00e9sion repose notamment sur des r\u00e9cits historiques, des symboles partag\u00e9s et des repr\u00e9sentations collectives. Cette perspective permet de comprendre pourquoi Lagouira peut occuper une place majeure dans le discours national m\u00eame si sa population actuelle est tr\u00e8s r\u00e9duite et si son importance \u00e9conomique locale est limit\u00e9e. La signification politique d&rsquo;un territoire ne d\u00e9pend pas seulement de sa superficie ou de sa d\u00e9mographie : elle peut r\u00e9sider dans sa valeur m\u00e9morielle et dans ce qu&rsquo;il repr\u00e9sente pour l&rsquo;identit\u00e9 collective.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la mobilisation du slogan comporte \u00e9galement des risques. Lorsqu&rsquo;une formule de coh\u00e9sion nationale est interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur comme une revendication territoriale extensive, elle peut alimenter des inqui\u00e9tudes chez les voisins et compliquer les relations diplomatiques. L&rsquo;article de TSA du 8 octobre 2026 illustre pr\u00e9cis\u00e9ment cette lecture : l&rsquo;affirmation politique \u00ab de Tanger \u00e0 Lagouira \u00bb est interpr\u00e9t\u00e9e par son auteur comme un \u00e9l\u00e9ment susceptible d&rsquo;inqui\u00e9ter Nouakchott quant aux cons\u00e9quences d&rsquo;un futur r\u00e8glement du Sahara occidental (<a href=\"https:\/\/www.tsa-algerie.com\/pourquoi-nouakchott-veut-une-commission-sur-les-frontieres-du-sahara-occidental\/?utm_source=chatgpt.com\">Belani, 2026a<\/a>). Cette interpr\u00e9tation doit \u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 son auteur et ne saurait \u00eatre automatiquement assimil\u00e9e \u00e0 la position officielle de la Mauritanie.<\/p>\n<p>Une diplomatie efficace doit \u00eatre capable de distinguer le langage destin\u00e9 \u00e0 renforcer la coh\u00e9sion int\u00e9rieure de celui qui facilite la n\u00e9gociation ext\u00e9rieure. Le Maroc peut d\u00e9fendre son int\u00e9grit\u00e9 territoriale et sa m\u00e9moire historique tout en clarifiant ses intentions \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la Mauritanie. Il peut \u00e9galement affirmer ses int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques sans entretenir l&rsquo;id\u00e9e que toute pr\u00e9occupation mauritanienne serait n\u00e9cessairement une man\u0153uvre hostile.<\/p>\n<p>L&rsquo;enjeu n&rsquo;est donc pas de renoncer \u00e0 la symbolique nationale, mais de l&rsquo;articuler \u00e0 une politique \u00e9trang\u00e8re qui privil\u00e9gie la stabilit\u00e9, la cr\u00e9dibilit\u00e9 juridique et la coop\u00e9ration. Le patriotisme gagne en force lorsqu&rsquo;il s&rsquo;appuie sur des faits v\u00e9rifiables et sur une strat\u00e9gie diplomatique coh\u00e9rente plut\u00f4t que sur l&rsquo;amplification de rumeurs.<\/p>\n<p><strong>Lagouira et l&rsquo;avenir du Maghreb : de la rivalit\u00e9 territoriale \u00e0 la coop\u00e9ration r\u00e9gionale<\/strong><\/p>\n<p>La question de Lagouira doit enfin \u00eatre replac\u00e9e dans la crise plus g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;int\u00e9gration maghr\u00e9bine. La fermeture des fronti\u00e8res entre le Maroc et l&rsquo;Alg\u00e9rie, l&rsquo;absence d&rsquo;une coop\u00e9ration r\u00e9gionale structur\u00e9e et la persistance du conflit du Sahara occidental limitent les possibilit\u00e9s de d\u00e9veloppement collectif. Les rapports des Nations unies continuent de souligner la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une solution politique durable et mutuellement acceptable au conflit, ainsi que l&rsquo;importance de l&rsquo;engagement des \u00c9tats voisins dans le processus diplomatique (Nations unies, 2025).<\/p>\n<p>Dans ce contexte, un diff\u00e9rend suppl\u00e9mentaire autour de Lagouira risquerait d&rsquo;aggraver les tensions et de d\u00e9tourner les gouvernements de priorit\u00e9s communes : d\u00e9veloppement \u00e9conomique, s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res, lutte contre les trafics, r\u00e9silience climatique et am\u00e9lioration des infrastructures. La coop\u00e9ration entre le Maroc et la Mauritanie pourrait au contraire constituer un exemple de pragmatisme r\u00e9gional, \u00e0 condition qu&rsquo;elle respecte les obligations internationales et \u00e9vite de transformer les populations et les territoires en objets de marchandage.<\/p>\n<p>Une telle approche suppose plusieurs principes. Premi\u00e8rement, toute information concernant une \u00e9ventuelle n\u00e9gociation territoriale doit \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9e aupr\u00e8s de sources officielles avant de faire l&rsquo;objet de conclusions politiques. Deuxi\u00e8mement, les questions de souverainet\u00e9 doivent \u00eatre s\u00e9par\u00e9es des accords techniques concernant les ports, les routes et la s\u00e9curit\u00e9. Troisi\u00e8mement, les deux pays doivent disposer de m\u00e9canismes diplomatiques capables de traiter les pr\u00e9occupations frontali\u00e8res sans recourir \u00e0 la surench\u00e8re m\u00e9diatique. Enfin, les n\u00e9gociations relatives au Sahara occidental doivent tenir compte du cadre des Nations unies et des droits des populations concern\u00e9es.<\/p>\n<p>Pour le Maroc, cette orientation permettrait de concilier la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats nationaux avec une ambition africaine plus large. Pour la Mauritanie, elle offrirait la possibilit\u00e9 de s\u00e9curiser ses int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques autour de Nouadhibou tout en maintenant une politique \u00e9trang\u00e8re autonome. Pour la r\u00e9gion, elle contribuerait \u00e0 r\u00e9duire la tentation de faire des fronti\u00e8res un instrument de pression politique.<\/p>\n<p>La valeur strat\u00e9gique de Lagouira ne r\u00e9side donc pas seulement dans sa position g\u00e9ographique. Elle r\u00e9side aussi dans sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler les contradictions du syst\u00e8me r\u00e9gional : des \u00c9tats qui ont besoin de coop\u00e9rer, mais qui demeurent prisonniers de contentieux historiques, de perceptions concurrentes de la souverainet\u00e9 et d&rsquo;un d\u00e9ficit de confiance. Une politique de bon voisinage ne suppose pas que les divergences disparaissent ; elle exige qu&rsquo;elles soient g\u00e9r\u00e9es selon des r\u00e8gles stables et des proc\u00e9dures transparentes.<\/p>\n<p><strong>Conclusion : d\u00e9fendre Lagouira par la m\u00e9moire, le droit et la diplomatie<\/strong><\/p>\n<p>Lagouira est bien davantage qu&rsquo;une localit\u00e9 situ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de la p\u00e9ninsule de Ras Nouadhibou. Elle repr\u00e9sente un symbole de l&rsquo;unit\u00e9 territoriale dans l&rsquo;imaginaire national marocain, un point sensible de la g\u00e9opolitique du Sahara occidental et un espace o\u00f9 se rencontrent les int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques du Maroc et de la Mauritanie. L&rsquo;attachement marocain \u00e0 cette localit\u00e9 doit \u00eatre compris dans son contexte historique et politique, sans confondre la puissance du sentiment national avec la d\u00e9monstration juridique de la souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>Les sp\u00e9culations publi\u00e9es en octobre 2026 sur un possible marchandage entre Lagouira et un changement de position mauritanienne \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du Front Polisario m\u00e9ritent une attention analytique, mais elles ne permettent pas d&rsquo;affirmer qu&rsquo;un accord existe ou qu&rsquo;une telle transaction a \u00e9t\u00e9 officiellement propos\u00e9e. Les hypoth\u00e8ses de concession de longue dur\u00e9e, d&rsquo;arrangement portuaire ou de r\u00e9orientation diplomatique doivent demeurer distinctes tant que des \u00e9l\u00e9ments v\u00e9rifiables ne permettent pas de les confirmer.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse marocaine \u00e0 cette controverse doit reposer sur trois piliers compl\u00e9mentaires. Le premier est historique : comprendre les transformations coloniales et les relations anciennes qui ont fa\u00e7onn\u00e9 la g\u00e9ographie politique du Sahara. Le deuxi\u00e8me est juridique : distinguer les revendications nationales, les titres territoriaux et les obligations internationales. Le troisi\u00e8me est diplomatique : pr\u00e9server les int\u00e9r\u00eats du Maroc tout en maintenant une relation constructive avec la Mauritanie.<\/p>\n<p>Ainsi, l&rsquo;affirmation \u00ab le Maroc s&rsquo;\u00e9tend de Tanger \u00e0 Lagouira \u00bb peut demeurer une expression forte de la conscience nationale marocaine. Mais sa d\u00e9fense la plus efficace ne r\u00e9side ni dans la rumeur ni dans la confrontation verbale. Elle r\u00e9side dans la rigueur historique, la solidit\u00e9 des arguments juridiques, la vigilance diplomatique et la capacit\u00e9 de construire une stabilit\u00e9 r\u00e9gionale durable.<\/p>\n<p>Lagouira ne devrait jamais devenir l&rsquo;objet d&rsquo;un marchandage opaque. Si des arrangements concernant cette zone devaient \u00eatre envisag\u00e9s, ils devraient \u00eatre examin\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re du droit applicable, de leurs effets r\u00e9els et des droits des populations concern\u00e9es. C&rsquo;est \u00e0 cette condition que la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats marocains pourrait s&rsquo;inscrire dans une politique de souverainet\u00e9 responsable, capable de conjuguer m\u00e9moire nationale, r\u00e9alisme strat\u00e9gique et paix r\u00e9gionale.<\/p>\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Anderson, B. (2006). <a href=\"https:\/\/www.versobooks.com\/products\/1124-imagined-communities?utm_source=chatgpt.com\">Imagined communities: Reflections on the origin and spread of nationalism<\/a> (Rev. ed.). Verso. (Ouvrage original publi\u00e9 en 1983.)<\/li>\n<li>Belani, A. (2026a, 8 octobre). <a href=\"https:\/\/www.tsa-algerie.com\/pourquoi-nouakchott-veut-une-commission-sur-les-frontieres-du-sahara-occidental\/?utm_source=chatgpt.com\">Pourquoi Nouakchott veut une commission sur les fronti\u00e8res du Sahara occidental<\/a>. TSA \u2014 Tout sur l&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/li>\n<li>Belani, A. (2026b, 20 octobre). <a href=\"https:\/\/www.tsa-algerie.com\/la-mauritanie-lagouira-et-le-sahara-occidental-marchandage-en-vue\/?utm_source=chatgpt.com\">La Mauritanie, Lagouira et le Sahara occidental : marchandage en vue ?<\/a>. TSA \u2014 Tout sur l&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/li>\n<li>Cour internationale de Justice. (1975, 16 octobre). <a href=\"https:\/\/www.icj-cij.org\/fr\/affaire\/61?utm_source=chatgpt.com\">Sahara occidental : avis consultatif<\/a>. La Haye : CIJ.<\/li>\n<li>Nations unies. (1945). <a href=\"https:\/\/www.un.org\/fr\/about-us\/un-charter-full-text?utm_source=chatgpt.com\">Charte des Nations unies<\/a>. San Francisco.<\/li>\n<li>Nations unies. (1975). <a href=\"https:\/\/treaties.un.org\/Pages\/showDetails.aspx?objid=08000002801062d7&amp;utm_source=chatgpt.com\">Declaration of principles on Western Sahara, Madrid, 14 November 1975<\/a>. United Nations Treaty Collection, vol. 988, p. 257.<\/li>\n<li>Nations unies, Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral. (2025, 30 septembre). *<a href=\"https:\/\/digitallibrary.un.org\/record\/4090957?utm_source=chatgpt.com\">Situation concerning Western Sahara: Report of the Secretary-General* (S\/2025\/612)<\/a>. Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations unies.<\/li>\n<li>Pennell, C. R. (2000). <a href=\"https:\/\/nyupress.org\/9780814766774\/morocco-since-1830\/?utm_source=chatgpt.com\">Morocco since 1830: A history<\/a>. New York University Press.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction : entre attachement national et r\u00e9alisme g\u00e9opolitique Lagouira, \u00e9galement connue sous les noms de La G\u00fcera et de La Ag\u00fcera dans les sources espagnoles, occupe une place singuli\u00e8re dans l&rsquo;imaginaire territorial marocain. 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