Maroc un nouvel élan pour l’institutionnalisation de Tamazight

Les premiers signes envoyés par le nouveau gouvernement marocain confirment la volonté du Royaume de poursuivre la réconciliation des citoyens avec l’ensemble des constantes de leur identité nationale.
Une dimension fondatrice de l’Afrique du Nord
L’amazighité n’est pas un élément périphérique de l’Afrique du Nord : elle en constitue le substrat historique, linguistique et culturel le plus ancien. De l’Atlantique à l’oasis de Siwa, des rives de la Méditerranée jusqu’au Sahel, les peuples amazighs ont façonné des civilisations, des routes commerciales, des systèmes juridiques coutumiers et une tradition de gouvernance fondée sur la médiation et l’équilibre des communautés. Reconnaître cette profondeur, c’est restituer aux sociétés nord-africaines la cohérence de leur histoire et se doter d’un socle commun, propice à la cohésion sociale comme au développement.
Le Maroc, pionnier de la réappropriation
Le Maroc est devenu un précurseur dans la réappropriation de cette dimension en Afrique du Nord. La clairvoyance du Roi Mohammed VI a posé les bases d’une réconciliation des Marocains avec les racines les plus profondes de leur identité : discours d’Agadir et création de l’IRCAM en 2001, enseignement de Tamazight, médiatisation, puis reconnaissance constitutionnelle comme langue officielle en 2011 et officialisation du Nouvel An amazigh comme jour férié. Cette trajectoire, menée dans le cadre de l’unité nationale et de la stabilité institutionnelle, offre à la région un modèle de démarche pacifique, graduelle et inclusive.
Les militants, assoiffés de justice et de reconnaissance, et qui ont souffert de l’exclusion, peuvent légitimement juger ces avancées encore lentes et timides au regard du retard accumulé et des blocages administratifs persistants. Cette exigence est précieuse : elle rappelle que l’institutionnalisation doit se traduire par des moyens budgétaires, des ressources humaines formées et une généralisation effective de l’enseignement et de l’usage de Tamazight dans l’administration et la justice.
Il convient toutefois de reconnaître au Royaume sa volonté de contenir les poussées idéologiques qui tendent à effacer l’amazighité et à imposer des référents exogènes, exclusifs et porteurs d’un totalitarisme culturel qui entrave le développement du pays. En choisissant le pluralisme assumé, le Maroc protège sa cohésion et sa capacité d’innovation.
Un acteur de premier plan en Méditerranée et au Sahel
Pays émergent, le Maroc voit son rayonnement culturel, économique et diplomatique s’étendre au Sahel et à l’Afrique de l’Ouest. Entre ses ambitions portuaires et logistiques atlantiques, sa politique de coopération Sud-Sud, ses investissements, son rôle dans les équilibres migratoires et sécuritaires euro-méditerranéens et son initiative en faveur de l’accès des pays sahéliens à l’Atlantique, il s’affirme comme un pôle structurant de la place de l’Afrique dans les nouvelles dynamiques mondiales.
Dans ce contexte, la dimension amazighe constitue un atout stratégique. Elle réaffirme le rôle millénaire de l’espace amazigh dans la géopolitique du bassin méditerranéen et dans sa connexion avec le reste du continent. Elle offre au Maroc un langage commun avec les populations amazighes du Sahel et du Sahara, un capital de légitimité historique et un vecteur de diplomatie culturelle, au moment où se redessinent les équilibres sahélo-sahariens. En assumant pleinement cet héritage, le Maroc conforte son ancrage africain et sa vocation de pont entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne.
Abdoulahi ATTAYOUB – Consultant
Président de l’Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe (ODTE)



