Les jeunes sont les principaux gardiens de la diversité linguistique du monde. Ils héritent de près de 7 000 langues parlées ou signées – et avec elles, la responsabilité de les faire vivre et de les transmettre.
Mais encore faut-il éveiller cette jeunesse à la diversité linguistique – cela commence dès le plus jeune âge, par l’éducation. C’est pourquoi l’UNESCO célèbre cette année la Journée internationale de la langue maternelle, initiée par le Bangladesh, autour du thème « Les voix de la jeunesse sur l’éducation multilingue ».
La recherche est claire à ce sujet. Comme le rappelle notre récent rapport Les langues comptent : orientations mondiales pour l’éducation multilingue, apprendre dans sa langue maternelle favorise la réussite scolaire, développe la confiance en soi et renforce les prédispositions à assimiler de nouvelles langues. Pourtant, 40 % des enfants dans le monde n’apprennent pas dans la langue qu’ils parlent à la maison.
Fort de ce constat, l’UNESCO se félicite de sa collaboration avec le Cameroun concernant l’intégration de plus de 200 langues locales dans les programmes scolaires et d’alphabétisation, en même temps que les langues internationales sont graduellement introduites. De même, dans le cadre de notre collaboration avec le Mozambique, une école sur quatre propose désormais un enseignement multilingue, grâce à la formation des enseignants.
Au-delà des bénéfices cognitifs avérés, la diversité linguistique est également un enjeu culturel et écologique, tant chaque langue porte en elle une manière de penser, de transmettre et d’être au monde. Notre Liste du patrimoine culturel immatériel assure ainsi la préservation de nombreuses formes d’expression orale, sur tous les continents, du pasillo équatorien au Tuuli mongol en passant par le xeer ciise en Éthiopie, à Djibouti et en Somalie. C’est également pourquoi, en tant qu’agence cheffe de file de la Décennie internationale des langues autochtones (2022-2032), l’UNESCO soutient plus de 30 pays en la matière – de la préservation des langues mayas en Amérique latine à celle des langues des Hadzabe en Tanzanie ou des Ju/’hoansi-San en Namibie.
La préservation de la diversité linguistique est enfin un enjeu numérique. Alors que l’essentiel des contenus en ligne sont produits dans une dizaine de langues, l’exclusion linguistique devient ainsi une forme d’exclusion numérique. Mais le numérique peut aussi devenir un outil de transmission. L’UNESCO agit en ce sens : avec la Malaisie, nous avons accompagné des jeunes pour enrichir le Wiktionnaire avec près de 3 000 mots issus de 25 langues autochtones menacées et nous avons lancé le Dictionnaire d’intelligence artificielle anglais-kiswahili, pour rendre l’intelligence artificielle plus accessible en proposant des définitions claires en kiswahili des principaux termes liés à l’IA. Enfin, notre Atlas mondial des langues de l’UNESCO permet de mieux connaître toutes les langues en dangers.
En cette Journée internationale de la langue maternelle, l’UNESCO appelle à investir dans la transmission des langues, en plaçant les jeunes au cœur des solutions. Car la diversité linguistique est un pilier de la paix, de la dignité et de l’inclusion. Et aucune voix ne doit manquer dans le récit de notre humanité.
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