À l’occasion de la Journée mondiale du Tifinagh
Le Maroc s’impose aujourd’hui comme un modèle dans le monde amazigh grâce à une décision souveraine, assumée et structurante : l’adoption officielle du Tifinagh comme écriture de la langue amazighe.
Ce choix, porté par la vision éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a permis de réconcilier la nation avec l’une de ses composantes identitaires les plus anciennes.
Un tournant historique : le Discours d’Ajdir et la création de l’IRCAM
Le Discours d’Ajdir du 17 octobre 2001 a marqué une rupture décisive.
Sa Majesté y affirmait que l’amazighe constitue un patrimoine commun à tous les Marocains, et annonçait la création de l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM).
Depuis, l’IRCAM est devenu :
– le référent scientifique de l’aménagement linguistique,
– le garant de la normalisation du Tifinagh,
– l’acteur central de l’intégration de Tamazight dans l’école, les médias et la vie publique.
Le choix du Tifinagh : une décision souveraine et identitaire
En 2003, le Maroc adopte officiellement le Tifinagh comme graphie de la langue amazighe.
Ce choix a permis :
– l’enseignement de Tamazight en Tifinagh dans les écoles,
– la production de manuels et de ressources pédagogiques,
– la diffusion de l’écriture amazighe dans les administrations,
– la création de la chaîne de télévision amazighe en 2009,
– l’intégration du Tifinagh dans l’espace public et numérique.
Ce choix n’est pas seulement technique :
c’est un acte de souveraineté culturelle, un geste de fidélité à l’histoire profonde du Maroc.
Les pionniers : l’Académie Berbère de Paris et la Direction du Nord de l’Academie Berbère à Roubaix
Bien avant l’institutionnalisation, la renaissance amazighe a été portée par des structures militantes visionnaires.
L’Académie Berbère de Paris (1967–1980)
Cofondée et présidée par Mohand Saïd Hanouz, l’Académie Berbère a joué un rôle déterminant dans :
– la redécouverte du Tifinagh,
– la diffusion de la conscience amazighe moderne,
– la production de revues, documents et symboles identitaires,
– la structuration du mouvement amazigh en diaspora.
La Direction du Nord de l’Academie Berbère à Roubaix (1971–1980)
En 1971, Mohand Ouramdane KHACER crée et diriges la Direction du Nord de l’Académie Berbère à Roubaix, qui devient un pôle majeur de :
– diffusion culturelle,
– formation militante,
– production graphique et éditoriale,
– consolidation du Tifinagh moderne.
Cette direction joue un rôle essentiel dans l’essor de l’amazighité en Europe du Nord.
Afus Deg Wfus : la continuité et l’innovation (1985–aujourd’hui)
En octobre 1985, Mohand Ouramdane KHACER crée l’association Afus Deg Wfus, qui prend le relais de la Direction du Nord de l’Académie Berbère et poursuit le travail de manière structurée et durable.
Sous sa présidence, Afus Deg Wfus réalise un travail pionnier :
– 1989 et 1993 : aménagement et standardisation du Tifinagh et conception du premier clavier AZERTY – Tifinagh,
– stabilisation des valeurs phonétiques,
– adaptation aux besoins modernes de l’édition,
– préparation à l’informatisation.
Ce standard sert ensuite de base :
– à la traduction du Coran en amazigh Tifinagh par Remdhan At Mensur (Alger, 2006),
– aux travaux de normalisation ultérieurs,
– et c’est l’IRCAM, en tant qu’institution officielle du Royaume, qui introduit le Tifinagh dans l’Unicode, assurant ainsi sa reconnaissance internationale et son intégration dans les systèmes numériques modernes.
Le Maroc, en adoptant le Tifinagh, prolonge et consolide ainsi un travail militant, scientifique et culturel entamé dès les années 1960.
Les avancées en Algérie : une reconnaissance importante, dans un cadre institutionnel différent
Dans le reste du Maghreb, l’amazigh connaît également des avancées significatives.

En Algérie, la langue amazighe est consacrée en 2016 comme langue nationale et officielle, une étape importante dans la reconnaissance de l’identité amazighe du pays.
Cependant, le cadre juridique algérien distingue :
– la langue officielle,
– et la langue de l’État, utilisée dans l’administration, la justice et les institutions centrales.
Dans ce système, seule la langue arabe est définie comme langue de l’État, ce qui signifie que Tamazight, bien qu’« officielle » dans la Constitution, ne bénéficie pas encore de l’ensemble des mécanismes institutionnels permettant son déploiement administratif et étatique.
Cette situation n’enlève rien :
– à la richesse du travail universitaire mené en Algérie,
– à la vitalité des productions culturelles en amazigh,
– ni à l’attachement profond des populations amazighophones à leur langue.
Au contraire, la société algérienne connaît une dynamique réelle :
– développement des départements universitaires de langue amazighe,
– présence accrue du Tifinagh dans les médias et les initiatives locales,
– multiplication des projets culturels et éducatifs.
Ainsi, l’Algérie avance dans la reconnaissance de Tamazight, mais selon un modèle institutionnel différent de celui du Maroc, où l’officialité de la langue amazighe est pleinement assumée, organisée et portée par l’État dans toutes ses dimensions.
Un mouvement amazigh global
Aujourd’hui :
– le Maroc a officialisé le Tifinagh,
– la Libye l’utilise dans les municipalités amazighes,
– l’Algérie avance vers sa généralisation,
– la diaspora en fait un symbole de renaissance.
Le réveil amazigh est irréversible.
Conclusion : un avenir écrit en Tifinagh
Le Tifinagh n’est pas un simple alphabet.
C’est un acte de souveraineté, un choix identitaire, un outil de modernité.
Grâce :
– au travail des pionniers depuis les années 1960,
– à l’engagement des associations comme Afus Deg Wfus,
– à la vision royale au Maroc,
– aux avancées institutionnelles en Algérie,
– et à la mobilisation du peuple amazigh,
le Tifinagh s’impose aujourd’hui comme l’un des piliers de notre renaissance amazighe.
——————-
Med Ouramdane KHACER
Président de l’association Afus Deg Wfus
Fondateur et ancien Dirigeant de la Direction du Nord de l’Académie Berbère (1971–1980)
Le Monde Amazigh La Voix Des Hommes Libres