Maroc-USA: une parfaite symbiose

Par: Dr. MOHAMED CHTATOU: Anthropologue et linguiste

 Le 4 juillet 2019, les Etats Unies d’Amérique célèbrera le 243ème anniversaire de son indépendance de la couronne anglaise. Parallèlement le Royaume du Maroc et les USA célèbreront le 243 ème anniversaire d’une amitié séculaire et solide basée sur le respect mutuel et la coopération bénéfique.

Récemment, j’ai eu une discussion avec un groupe de responsables du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Ils semblaient craindre fort le fait que les États-Unis n’a pas encore envoyé d’ambassadeur officiel au Maroc, deux ans après le début du mandat du président Donald Trump. Bien que de telles inquiétudes soient légitimes, parce que la présence d’un ambassadeur signifie souvent, dans la tradition politique moderne, de bonnes relations et son rappel, qu’il s’agisse de consultations ou autres raisons, signifie qu’il existe un problème. Pourtant, dans le cas des relations américano-marocaines rien de tel n’est vrai.

La menace du brigand Raissouni

Le Maroc a reconnu les États-Unis en 1777 et les relations diplomatiques officielles entre les deux pays ont débuté en 1787 lorsque le Sénat des États-Unis a ratifié un traité de paix et d’amitié entre les deux nations qui avait été négocié plus tôt en 1786i et qui n’avait jamais été rompu depuis, malgré que Moulay Ahmed Raissouni (1871-1925)ii avait enlevé, à son domicile, le 14 mai 1904 Ion Perdicaris et son beau-fils Cromwell Varley, et avait exigé une rançon de 70 000 dollars US et l’octroi de fonctions officielles au Makhzen.iii Le président américain en exercice, Theodore Roosevelt, dont la campagne de réélection s’essoufflait à l’époque, avait brandi le slogan «Perdicaris Live ou Raissouli Dead!»iv et avait chargé son secrétaire au département d’État, John Hay, d’agir en conséquence. Ainsi, sept navires de guerre de la flotte américaine de l’Atlantique ont été envoyés à Tanger pour faire pression sur le sultan Moulay Abdelaziz afin de résoudre cette crise diplomatique. En réalité, seule une escouade d’une douzaine de marines avaient atterri à Tanger, avec comme armes de simples pistolets, pour protéger la légation américaine et la résidence de Mme Perdicaris.v

Moulay Ahmed Raissouni (1871-1925)

Comme dans un bon conte de fées, tout finissait bien: Raissouni avait reçu la rançon du sultan et avait été nommé Pacha de Tanger et gouverneur de la région de Jbala, Theodore Roosevelt avait été réélu pour un second mandat, Perdicaris libéré et le Sultan Moulay Abdelaziz avait pacifié temporairement la partie nord de son royaume.

Cette histoire de conte de fées a été transformée en un film hollywoodien, hautement fictif, en 1975 par le réalisateur John Milius, dans lequel le viril acteur Sean Connery jouait magistralement le bourreau des routes, Moulay Ahmed Raissouni, le dernier des Pirates de Barbarie,vi vii mais par contre l’otage barbu Ion Peridicaris était remplacé par sa belle épouse Eden joué par Candice Bergen.viii Pour rendre l’histoire romantique, elle tombe naturellement amoureuse du bandit des grands chemins Raissouni: le film s’intitule «The Wind and the Lion (Le vent et le lion)». Cependant, pour rester fidèle à l’histoire, Ion Perdicaris, lui-même, est tombé en quelque sorte amoureux du gangster et hors-la-loi Raissouni. Il a en effet écrit plus tard:ix

« Je vais jusqu’à dire que je ne regrette pas d’avoir été son prisonnier pendant un certain temps », a ajouté: « Ce n’est pas un bandit, pas un meurtrier, mais un patriote contraint par des actes de brigandage pour sauver sa terre natale et son peuple du joug de la tyrannie « .

La légation américaine de Tangerx (American Legation) est un bâtiment de maçonnerie en stuc de style mauresque chevauchant une rue de la médina. C’est l’ambassade américaine officielle auprès du Maroc impérial qui a officiellement ouvert ses portes en 1821 et qui a joué un rôle majeur dans la préparation du débarquement américain et allié en Normandie le 6 juin 1944, baptisé «Operation Neptune» et communément appelé « D-DAY (Jour J)», pour porter le coup de grâce au Troisième Reich nazi sur le front occidental.

En effet, au dernier étage du consulat, il y a une salle secrète utilisée par les espions alliés de l’opération anglo-américaine «Operation Torch»xi pour intercepter les communications allemandes en Afrique du Nord (le corps militaire allemand d’Erwin Rommel communément connu sus le nom d’Afrika Korps, actif du 1er février 1941 – 13 mai 1943) et l’Europe avant l’opération militaire normande.

Aujourd’hui, la légation est passée des affaires politiques à une formidable plateforme culturelle des excellentes relations maroco-américaines. En effet, il s’agit maintenant d’un musée et d’un centre culturel très actifs.

Coopération militaire

Récemment, le Maroc et les États-Unis ont organisé l’exercice militaire annuel intitulé «African Lion (Lion d’Afrique)», auquel sont souvent invités certains pays de l’OTAN, ainsi que d’autres pays africains ayant à l’esprit des préparatifs militaires pour lutter contre la menace ennemie dans le désert du Sahara et ailleurs et préserver la paix et induire le développement sur le continent africain.

Le Maroc et les États-Unis sont des alliés depuis le XVIIIe siècle, lorsque la marine marocaine a protégé les navires marchands de la jeune république américaine contre les pirates de Barbarie en Méditerranée et leur a gracieusement offert refuge dans les ports marocains ainsi que des approvisionnements, grâce à la diplomatie active du président George Washington et du Sultan Mohammed III:xii

«En 1794, le gouvernement du président George Washington a offert jusqu’à 800 000 dollars aux régents de Barbarie sous forme de rançon et d’argent de protection. Ce n’est pas un hasard si les États-Unis ont également décidé de construire une marine. La diplomatie a amené l’empereur du Maroc à un règlement amical. Mais le Dey d’Alger a demandé 2,5 millions de dollars, soit plus que l’ensemble du budget fédéral. Tunis a alors cherché un règlement similaire et Tripoli a demandé de l’argent, des cadeaux, un navire de guerre et des fournitures. Les Américains ont finalement payé quelque chose aux trois, mais ont accordé une place de choix à Alger et ont exigé que le dey maintienne les autres régences au rang « .

Le Roi Mohammed VI et le Président Barack Obama lors d’une visite de travail en 2013

Cette année, les Américains célèbrent le 243e anniversaire de la création de leur pays, mais aussi 243 ans d’amitié américano-marocaine. Le Maroc est un partenaire fidèle et fiable des États-Unis dans la région, notamment en matière de sécurité. L’exercice militaire «Lion africain» fait partie d’un large éventail d’efforts de coopération entre les deux pays, que ce soit dans les domaines militaire, de l’éducation, de la sécurité, de l’agriculture ou des sciences.

Les activités menées dans le cadre de l’exercice « African Lion 2019 », qui en est à sa 16ème édition, ont pour objectifs d’améliorer l’interopérabilité aux différents niveaux avec l’optimisation des capacités tactiques, techniques et d’approfondir l’échange d’expertise et d’expérience entre les parties concernées.

Sur le plan militaire, ces exercices, quintessence annuelle de la coopération militaire américano-marocaine, s’articulent autour d’exercices aéronautiques avec les US Marines, d’exercices maritimes entre la Royal Navy marocaine et l’US Navy et, enfin et surtout des exercices entre les forces aériennes royales marocaines et leurs homologues américaines, notamment des exercices de ravitaillement en carburant en vol des avions de combat.

Outre les détachements américain et marocain, des militaires de pays partenaires représentant le Canada, l’Espagne, la Grande-Bretagne, le Sénégal et la Tunisie ont pris part aux activités programmées dans le cadre de cet exercice hautement tactique.

L’évaluation de la réactivité de l’armée américaine et des FAR (Forces Armées Royales) pour faire face à une situation de crise susceptible de se produire sur l’ensemble du territoire national et pour tester leur capacité de déploiement aérien ont fait également partie des objectifs de cet exercice de synthèse.

L’exercice militaire «Lion africain» fait partie des principaux exercices organisés conjointement par le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) et les Forces armées royales marocaines (FAR), qui visaient à consolider le niveau de coopération et de formation, ainsi que l’échange d’expérience et de connaissances entre les différentes composantes militaires pour leur permettre d’atteindre leur pleine capacité opérationnelle.

La coopération militaire entre le Maroc et les États-Unis est axée sur la logistique, la formation, l’échange d’expériences et la promotion de liens de partenariat entre les FAR et les forces armées des États-Unis.

Lion d’Afrique 2019: Exercice militaire conjoint américano-marocain

En réalité, malgré les succès remportés contre l’État islamique au Levant (Da’ech), ses groupes affiliés du Maghreb et du Sahel trouvent toujours un refuge dans des zones sous-gouvernées et éloignées, dotées de services de sécurité mal équipés et sous-formés, comme en Libye, Mali et Niger. Les décideurs militaires américains et marocains ont toujours affirmé que la lutte contre la propagation de l’extrémisme violent resterait une priorité pour les deux pays, pour le moment.

Alliance politique

La visite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI aux États-Unis en novembre 2013, au cours de laquelle le Souverain a été reçu à la Maison Blanche par le président des États-Unis de l’époque, Barack Obama, a été l’occasion de réaffirmer la solidité des relations et la coopération accrue entre les deux pays. Il est nécessaire de rappeler, dans ce sens, qu’en 2004, les États-Unis avaient accordé au Maroc le statut d’ « allié principal » non-membre de l’OTAN et que deux ans plus tard, en 2006, un accord de libre-échange avait été signé entre les deux pays, faisant du Royaume l’unique pays africain lié aux États-Unis par un tel accord commercial.

Les États-Unis apprécient la stabilité dont jouit le Maroc dans une région troublée ainsi que son ouverture et sa modération religieuse. Dans ce contexte, le plan d’autonomie pour le Sahara présenté par le Royaume est décrit par Washington comme « sérieux, réaliste et crédible ». Les États-Unis soutiennent également les efforts des Nations Unies pour parvenir à une solution « juste et durable » à cette question dans un « esprit de réalisme ».

Un bon exemple de cette alliance politique est la dernière visite du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, à Washington DC, où il s’est entretenu avec plusieurs responsables américains, notamment au sujet du « soutien et de l’aide » que l’Iran apporte au « Polisario ». Cela a eu pour conséquence directe la présentation par que les membres du Congrès américain d’un projet de loi condamnant la collusion entre l’Iran et les séparatistes du « Polisario ».

Échanges économiques

L’accord de libre-échange entre les États-Unis et le Maroc est entré en vigueur le 1er janvier 2006. Les droits de douane sur plus de 95% des produits ont été immédiatement éliminés. Les droits sur la plupart des autres produits seront éliminés sur une période de neuf ans à compter de la date d’entrée en vigueur de l’accord. Pour un nombre limité de produits, les droits seront éliminés sur une période de 15 ans à compter de la date d’entrée en vigueur de l’accord.

En outre, l’accord prévoit l’accès aux services, la protection de la propriété intellectuelle, et des instruments juridiques de garantie et de sécurité pour les investisseurs américains, des procédures ouvertes et des mesures de transparence, de moralisation et de concurrence dans les marchés publics, ainsi que la protection du travail et de l’environnement. Le Market Access and Compliance Office du Département du commerce des États-Unis supervise la mise en œuvre de l’accord du côté américain.

L’accord de libre-échange signé entre le Maroc et les États-Unis il y a 13 ans n’a toutefois pas profité aux exportateurs marocains en raison de la taille du marché américain et de la complexité des procédures auxquelles les entreprises marocaines ne sont pas encore habituées.

En effet, les exportations ont enregistré un volume de 9,8 milliards de DH en 2017 pour le Maroc contre 29,9 milliards de DH pour les États-Unis, par conséquence, c’est un déficit commercial énorme de 20,1 milliards de DH, pour le Royaume. Parmi les propositions avancées pour renforcer les relations bilatérales, celle du développement d’un programme de soutien et de référencement des exportateurs marocains auprès des grandes entreprises américaines selon un programme d’agrégation.xiii

Annoncé lors de sa signature comme un accord pionnier dans le réseau de libre-échange marocain, l’ALE avec les États-Unis est en quelque sorte une déception pour les acteurs commerciaux marocains. Les échanges commerciaux dépassent à peine les 33 MMDH et restent largement dominés par les exportations américaines (26 MMDH en 2016). Une déclaration d’échec pour l’exportation marocaine vers cette destination. Les exportateurs marocains doivent faire face à des conditions draconiennes en matière de règles sanitaires et phytosanitaires, à l’absence de ligne de navigation directe et aux difficultés en matière de règles d’origine du commerce sont de plus en plus prononcées.

La American Legation à Tanger

Ces questions ont été soulevées lors de la 5ème session du Comité mixte chargé du suivi de l’accord de libre-échange, en octobre 2017 à Washington. Un comité qui ne s’est pas réuni depuis 2015 et n’a pu se réunir que cinq fois en onze ans, alors qu’il est censé tenir des réunions annuelles.xiv

Sur un autre plan, le 2 avril 1957, les États-Unis et le Maroc ont signé un accord dans lequel ils s’engageaient à fournir au Maroc un programme d’assistance technique et économique. Depuis lors, le peuple américain, à travers USAID, a investi dans le développement humain, économique et institutionnel du Maroc. En effet, au cours des 50 dernières années, le gouvernement américain a investi plus de 2 milliards de dollars au Maroc.

USAID s’associe au peuple et au gouvernement marocains pour améliorer les opportunités sociales et économiques offertes à tous les citoyens:xv

«Au début des années 2000, l’USAID a continué de soutenir l’amélioration de la gouvernance économique, de la productivité du travail et de l’efficacité de l’utilisation de l’eau par le biais d’activités conçues pour mobiliser les ressources des secteurs public et privé et stimuler une croissance généralisée. L’USAID s’est concentré sur l’amélioration de la capacité des enseignants et des administrateurs scolaires à offrir de meilleurs environnements d’apprentissage aux élèves. L’USAID a également soutenu les efforts visant à améliorer la participation des citoyens et la réactivité, la transparence et la responsabilité des gouvernements aux niveaux national et local. ”

Peace Corps: un échange interculturel réussi

Depuis 1963, le Maroc a reçu 5165 volontaires du Corps de la Paix venus travailler et vivre dans les régions les plus reculées du Maroc profond et fournir une expertise dans des domaines tels que: l’éducation, la santé, la pêche, l’agriculture, la foresterie, les énergies renouvelables, etc. 271 volontaires sont actuellement en service dans le pays.

L’un des projets phares en cours du Corps de la Paix au Maroc est «La jeunesse dans le développement», un programme introduit dans les termes suivants:xvi

«Les volontaires travaillent pour renforcer le leadership des jeunes, renforcer les réseaux de jeunes, renforcer les capacités des professionnels qui travaillent avec les jeunes et promouvoir l’éducation des filles. Ils travaillent avec des professionnels locaux et des jeunes pour promouvoir le volontariat et le leadership des jeunes par le biais d’activités telles que le sport, l’étude de la géographie du monde, l’utilisation des bibliothèques, des cours d’exercices, des projets environnementaux, une formation à la gestion de projets, et un enseignement thématique en anglais et des activités d’estime de soi chez les filles ».

Mais la contribution la plus importante de ces jeunes est probablement le renforcement des liens entre les deux pays grâce à un dialogue interculturel et interreligieux approfondi.

Le Corps de la paix au Maroc a été et reste une véritable réussite en matière d’échange, de courage et de sacrifice. Ces volontaires passent deux ou trois ans dans des localités isolées de la périphérie marocaine parmi des habitants qui n’ont jamais eu de contact avec des étrangers, à part, bien sur, le pouvoir colonial français, auquel ils ont résisté pendant les premiers stades de la colonisation et qu’il ont méprisé pour son esprit hautain et son arrogance proverbiale.

Les volontaires du Corps de la paix communiquent avec les populations locales dans leur langue, qu’il s’agisse de l’arabe marocain ou de tamazight. Leur connaissance des langues locales et de la langue silencieuse (culture) leur ouvre les portes des cœurs et les place au centre des cultures locales dont ils deviennent des acteurs actifs au lieu d’être de simples spectateurs. Leurs contributions bénévoles au développement local et leurs contributions culturelles à la compréhension et à la fraternité des hommes survivent à leurs expériences et deviennent presque des fables locales.xvii

L’idée du volontariat à l’étranger est une tradition qui remonte au temps du président John F. Kennedy dans les années 60 du siècle dernier. Pourtant, c’est toujours une merveilleuse initiative qui se renouvelle constamment et contribue grandement au nécessaire dialogue des cultures et des croyances. Peace Corps parle de la construction constante de ponts, afin de s’ouvrir à d’autres modes de vie et philosophies, en particulier à une époque où de nombreux pays s’entourent de murs, afin de protéger soi-disant leurs cultures, mais les cultures dépérissent lorsqu’elles sont emprisonnées.

Casablanca: affiche de film épique

Depuis les événements malheureux du 11 septembre 2001, de plus en plus de jeunes américains viennent au Maroc, mais cette fois-ci des lycées et des universités pour faire en études un semestre à l’étranger en se familiarisant avec d’autres cultures et se livrant à des échanges éducatifs.

Ces étudiants apprennent l’arabe classique et marocain, séjournent dans des familles marocaines et étudient des thèmes d’histoire, d’anthropologie, de religion, de culture, de sociologie, d’économie, de politique, etc. afin de mieux comprendre le pays et ses habitants.

Au cours de leur court séjour, ils ont dûment établi des relations durables avec leurs familles d’accueil, leurs enseignants et d’autres connaissances, et beaucoup d’entre eux finissent par revenir faire un travail de doctorat ou du tourisme, ce qui constitue l’attraction secrète cachée du thé à la menthe douce marocaine, selon un guide touristique marocain qui dit en plaisantant: « Buvez du thé sucré marocain pour que la douceur vous enivre et vous fasse revenir encore et encore au Maroc… »

Les programmes de semestre à l’étranger ou d’études à l’étranger sont proposés par des institutions américaines telles que Amideast, situé à Washington DC, et IES, à Chicago.

Amideast (America-Mideast Education and Training Services) est une organisation américaine à but non lucratif qui s’emploie à renforcer la compréhension mutuelle et la coopération entre les Américains et les peuples du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord et à offrir des possibilités d’apprentissage et de formation. Fondée en 1951 et basée à Washington DC, AMIDEAST propose des formations en anglais et des compétences professionnelles, des conseils pédagogiques et des services de test à des centaines de milliers d’étudiants et de professionnels du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Il soutient également de nombreux projets de développement institutionnel dans la région et administre des programmes d’échanges éducatifs. En tant que tel, il présente son programme d’éducation à l’étranger dans le monde arabe dans les termes suivants:xviii

«Les programmes AMIDEAST Education Abroad dans le monde arabe aident à développer la compréhension mutuelle par le biais d’activités permettant aux jeunes de se familiariser avec le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, d’étudier l’arabe et d’interagir avec les peuples et les cultures de la région. Les programmes sont rigoureux sur le plan académique, intellectuellement libres, stimulants sur le plan personnel et axés sur l’apprentissage interculturel. »

Dans son programme de semestre/année académique à Rabat, AMIDEAST offre aux étudiants 12 à 17 crédits par semestre et ils ont le choix entre des cours d’arabe et d’études régionales. Les cours facultatifs d’études régionales enseignés en anglais comprennent une option d’apprentissage à base communautaire, en plus des cours suivants: histoire, sciences politiques, religion, sociologie, études sur le statut des femmes et études amazighes/berbères. Les étudiants vivent dans des familles d’accueil à Rabat et ont la possibilité de faire plusieurs excursions par semestre à Fès, à Marrakech et dans diverses autres localités de l’arrière-pays. Le semestre d’automne commence à la fin d’août et se poursuit jusqu’à la mi-décembre. Le semestre de printemps commence à la mi-janvier et se poursuit jusqu’au début du mois de mai.

L’Institut pour l’éducation internationale des étudiants, ou IES Abroad, est une organisation d’études à l’étranger à but non lucratif qui administre des programmes d’études à l’étranger pour les étudiants américains en âge de fréquenter les universités et hautes écoles. Fondée en 1950 en tant qu’Institut d’études européennes, l’organisation a depuis été renommée pour refléter des offres supplémentaires en Afrique, en Asie, en Océanie et en Amérique latine. IES Abroad met en évidence l’immersion culturelle grâce à l’utilisation de séjours à domicile et de visites sur le terrain afin de promouvoir le développement de leaders compétents sur le plan interculturel.

IES présente son programme d’études à l’étranger au Maroc comme suit:xix

«Vous allez vous plonger davantage dans la culture fascinante de ce pays d’Afrique du Nord en apprenant l’Arabe moderne standard avec des cours de niveaux débutant, intermédiaire et avancé. Vous allez apprendre l’Arabe marocain familier pour communiquer avec les Marocains. Si vous maîtrisez déjà le Français avancé, vous pouvez suivre des cours de Français au Centre IES Abroad ou dans notre établissement partenaire, l’Université Mohammed V. Vous pouvez également ajouter une expérience de travail internationale à votre curriculum vitae tout en gagnant des crédits en participant à un stage et à un séminaire universitaire d’accompagnement.

Rabat sera votre classe. Riche en patrimoine culturel et en diversité, le Maroc a été influencé par de nombreux groupes ethniques et religieux qui se sont installés dans le pays au cours de sa longue histoire. Visitez des trésors historiques tels que le Musée archéologique de Rabat, la Tour Hassan et le Mausolée de Mohammed V pour découvrir des artefacts antiques et en apprendre davantage sur les influences culturelles islamiques. ”

Recherches doctorales et postdoctorales pour une meilleure compréhension mutuelle

Dans les années 60 du siècle dernier, les anthropologues Clifford Geertz, son épouse Hildred et Lawrence Rosen, accompagnés du photographe Paul Hyman, ont débarqué dans la ville de Sefrou pour faire des recherches sur l’économie de marché de cette petite ville.xx On peut toutefois se demander ce qui fait de cette ville un centre d’intérêt intéressant pour les spécialistes des sciences sociales de renommée mondiale. Premièrement, Sefrou est beaucoup plus ancienne que Fès. C’était la porte d’entrée du commerce transsaharien qui a prospéré du 11ème siècle jusqu’à la colonisation du Maroc par les Français en 1912. Pendant tous ces siècles, les caravanes du commerce transsaharien ont pris leur départ à Sefrou et se sont terminées à Tombouctou, Mali.

Sefrou était une ville dans laquelle vivaient en parfaite harmonie Arabes, Amazighs/Berbères et Juifs. Pour beaucoup de Juifs marocains, elle était connue sous le nom de «Petite Jérusalem» en raison de son célèbre mellah ou quartier juif qui comptait la plus forte concentration de Juifs au Maroc. La ville possède, aussi, une grotte appelée Kaf al-Moumen (la grotte du croyant) où un saint est enterré et vénéré par les Juifs et les Musulmans selon un calendrier rigoureux.

Les Amazighs/Berbères de Sefrou pratiquaient l’agriculture et l’élevage du bétail ; les Arabes, le commerce local et les Juifs, la banque et le commerce transsaharien. Pour les citadins, il y avait deux types de Juifs: le Juif assis qui tenait un magasin et pratiquait le prêt financier et le financement du commerce transsaharien et le Juif ambulant, qui était le Juif de confiance qui conduisit la caravane de Séfrou à Tombouctou en 40 jours à travers les territoires de nombreuses tribus amazighes / berbères et a été appelé azettat (terme amazigh pour guide débrouillard).

Et depuis l’indépendance en 1956, de nombreux chercheurs américaines ont afflué au Maroc pour entreprendre des recherches dans divers domaines tels que Geertz et son équipe et l’aventure se poursuit aujourd’hui sans relâche.

Dans le domaine des échanges culturels entre le Maroc et les États-Unis, la Commission maroco-américaine pour les échanges éducatifs et culturels (MACECE) basée à Rabat a pour objectif de promouvoir les échanges universitaires et culturels entre les citoyens américains et marocains. Depuis sa création en 1982 elle a, sans aucun doute, joué un rôle déterminant dans les échanges culturels fructueux entre les deux pays par l’octroi de bourses aux universitaires et aux étudiants marocains pour aller en Amérique et aux américains pour venir au Maroc pour entreprendre des recherches et surtout rapprocher les deux peuples, mission dont ils se sont acquittés avec grand succès.

Cette institution très utile et enrichissante se présente comme suit:xxi

« Depuis plus de trente ans, la Commission maroco-américaine pour les échanges éducatifs et culturels (MACECE) s’emploie à promouvoir l’esprit d’amitié traditionnelle entre les peuples marocain et américain, en facilitant les échanges universitaires et culturels entre citoyens américains et marocains.

La Commission maroco-américaine pour les échanges éducatifs et culturels a été créée en 1982 par un accord entre les deux gouvernements. En tant que principale organisation chargée de cette mission, elle jouit d’une autonomie financière, administrative et de gestion. Elle est gérée par un conseil d’administration binational et reçoit son financement principal des gouvernements du Royaume du Maroc et des États-Unis d’Amérique, ainsi que du secteur privé. La Commission gère un large éventail de subventions de recherche, d’études et d’enseignement, principalement dans le cadre du programme mondial d’échange éducatif : Fulbright. »

Un grand bonjour aux nombreux ambassadeurs américains présents au Maroc aujourd’hui

Si Trump n’a pas nommé d’ambassadeur politique auprès du Royaume du Maroc, ce n’est pas un problème, car la dame responsable de l’ambassade des États-Unis aujourd’hui fait assurément un excellent travail, pour le moins que l’on puisse dire, en plus, bien sûr, de dizaines volontaires, chercheurs, et étudiants américains éparpillés sur tout le territoire du pays et qui sont à l’œuvre vingt quatre heures sur vingt quatre. Ces ambassadeurs parallèles sont actifs dans les villages isolés, dans les médinas, dans les petites villes, etc. Ils sont occupés à travailler avec beaucoup d’amour et de passion à consolider des relations durables entre le Maroc et les États-Unis. Leur travail extra-diplomatique est ce qui fait de l’amitié entre le Maroc et les États-Unis un formidable success story , sans aucun doute.

Affiche du film sur Raissouni

Vous pouvez suivre le professeur Mohamed CHTATOU sur Twitter: @Ayurinu

Notes de fin de texte:

i https://history.state.gov/milestones/1801-1829/barbary-wars

«Contrairement au différend avec Alger, les négociations américaines avec le Maroc se sont bien déroulées. Le sultan marocain Sidi Muhammad avait saisi un navire marchand américain en 1784 après que les États-Unis eurent ignoré ces ouvertures diplomatiques. Cependant, Sidi Muhammad a finalement opté pour une politique de commerce pacifique et les États-Unis ont conclu avec succès un traité avec le Maroc en 1786. Cependant, le Congrès n’était toujours pas en mesure de réunir suffisamment de fonds pour satisfaire le Dey d’Alger. ”

ii Cf. Woolmann, Rebels in the Riff (Stanford: University Press, 1968), 46

iii Cf. Forbes, Rosita. The Sultan of the Mountains: The Life of Story of Raisuli (New York: Henry Holt and Company, 1924), p. 29

iv Cf. « Perdicaris Alive or Raisuli Dead! », American Heritage August 1959; later republished in Tuchman’s compilation book Practicing History: Selected Essays (1981), pp. 104-117

v Porch, Douglas. The Conquest of Morocco (New York: Farrar, Straus and Giroux Company, 2005), p. 107

viii Cf.  ‘Wind and the Lion’–a look behind MGM epic: Comments from its ‘superstars’ and its writer-director Deliberate distortion? False image? By David Sterritt. The Christian Science Monitor (1908-Current file) [Boston, Mass] 28 July 1975: 26

xx Cf. Clifford Geertz, Hildred Geertz, Lawrence Rosen Meaning and order in Moroccan society : three essays in cultural analysis with a photographic essay by Paul Hyman. Cambridge : Cambridge University Press, 1979. 

xxi http://macece.org/about/

Bibliographie sélective :

Forbes, Rosita. The Sultan of the Mountains: The Life of Story of Raisuli (New York: Henry Holt and Company, 1924).

Porch, Douglas. The Conquest of Morocco (New York: Farrar, Straus and Giroux Company, 2005).

Woolmann, Rebels in the Riff (Stanford: University Press, 1968).

« Perdicaris Alive or Raisuli Dead! », American Heritage August 1959; later republished in Tuchman’s compilation book Practicing History: Selected Essays (1981).

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