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Entretien avec Seaade Besbiss autour de son livre «Je voulais juste être gendarme»

Ancienne gendarme, Seaade Besbiss revient à travers cette interview sur son parcours au sein de la gendarmerie nationale française et sur les épreuves qu’elle y a traversées. Dans son livre «JE VOULAIS JUSTE êTRE GENDARME», elle raconte son rêve d’intégrer une institution qu’elle considérait noble, ainsi que la désillusion face à des situations de harcèlement, de sexisme et de racisme.

Son témoignage met en lumière le décalage entre les valeurs idéales de la gendarmerie et certaines réalités vécues en interne, tout en affirmant sa volonté de dénoncer les abus et de défendre la vérité. Il met également en avant sa fierté pour ses origines marocaines, qu’elle assume pleinement malgré les discriminations subies, et qui font partie intégrante de son identité et de sa force. À travers son récit, elle soulève enfin la question des difficultés rencontrées par les victimes pour faire reconnaître leur parole et obtenir justice dans un cadre institutionnel parfois fermé au changement et peu réceptif aux alertes internes.

On m’a jugée sur mes origines marocaines plutôt que sur mon travail, mais mon identité n’a jamais été une faiblesse, c’est une force que personne ne pourra m’enlever.

Bienvenue. Avant d’entrer dans le vif du sujet concernant de votre expérience et les défis de l’omerta. Permettez-moi vous poser toute une première question: qui est Seaade Besbiss en quelques mots?

Qui suis-je? Une femme simple qui aspire chaque jour à être une meilleure personne que la veille. J’ai toujours été positive et je me remets en question. J’ai surmonté beaucoup d’épreuves, mais cela m’a forgée. Je ne serais pas celle que je suis aujourd’hui sans les expériences de la vie, bonnes ou mauvaises.

Dans votre livre «Je voulais juste être gendarme», vous présentez la gendarmerie dès le prologue comme une institution «Noble». Comment votre rêve s’est-il transformé en une réalité aussi difficile comme vous l’avez décrit ?

J’ai toujours eu un profond respect pour la gendarmerie, la police. Ce sont des métiers nobles qui, de base, prônent la sécurité, la protection de chaque citoyen. C’est pour cette raison que j’ai voulu faire partie de la gendarmerie, afin de faire ma part et être au service des personnes. Le problème n’est pas le métier, mais l’individu. À partir du moment où certaines personnes se permettent d’outrepasser leurs devoirs, rien ne va. Je dissocie le métier de celui qui porte l’uniforme. J’ai subi des comportements délictueux que j’ai dénoncés, je n’ai pas à avoir honte. Peu importe qu’ils portent un uniforme ou non, un délit reste un délit.

Ça a été difficile car je vivais en caserne. Chaque jour, j’avais le droit à des insultes sur mon statut de femme, sur mes origines marocaines. Bien évidemment, je ne me suis jamais laissé faire.

Vous évoquez le sentiment d’être «à votre place». Quand avez-vous compris que l’égalité promise ne s’appliquait pas vraiment à vous ?

Je me sentais à ma place car ce métier prône des valeurs que je partage. Effectivement, lorsque j’ai dénoncé mon harceleur, j’ai tout de suite été jugée : sur mon style vestimentaire, sur mon comportement, sur tout. On m’avait choisie pour représenter la femme féminine et issue de l’immigration, et lorsque j’ai dénoncé mon supérieur, on m’a fait comprendre que c’était ma faute car trop féminine, ce qui était contradictoire. Je dois être jugée sur mon travail uniquement, et non sur ce que je fais dans ma vie privée.

Vous parlez d’un conflit entre votre uniforme en tant que gendarme et vos origines. Comment avez-vous réussi à concilier votre fierté d’origine avec une institution qui vous rabaissait à cause de celles-ci?

Le conflit en réalité n’était pas contre l’institution, mais contre mon supérieur et quelques gendarmes qui effectivement portent l’uniforme de l’institution qu’ils représentent, et ne montrent pas l’exemple en commettant des actes délictueux à mon encontre. Alors qu’ils sont censés réprimer ces délits, ils les commettent. À partir du moment où j’ai refusé les avances de mon supérieur, son comportement a changé. J’ai subi des humiliations, des insultes, des violations de mon domicile, du vol de mon courrier, des insultes sur mes origines, où mon supérieur m’a dit clairement: «Vous avez une BMW cabriolet, j’espère que vous ne vous prostituez pas pour l’avoir eue, car on connaît les Marocaines». J’ai répondu que si je me prostituais, vu que les Marocaines sont des travailleuses, ce n’est pas avec une BMW Série 1 que je viendrais mais minimum la Jaguar F-Type. J’ai tout de suite compris qu’il cherchait à me blesser ou me provoquer, d’où ma réponse auto-dérisoire.

Vous évoquez du sexisme, du harcèlement et du racisme. Comment la hiérarchie de votre institution a-t-elle réagi ? A-t-elle pris cela au sérieux ou l’a-t-elle minimisé ?

J’ai dénoncé en interne afin que l’IGGN s’en occupe. J’ai fait les choses crescendo. L’inspection de la gendarmerie a dédramatisé les faits en expliquant qu’il était maladroit, que si j’étais moins féminine, ceci ne serait pas arrivé. À aucun moment elle ne m’a soutenue. C’est à ce moment-là que j’ai dénoncé publiquement et porté plainte.

Vous évoquez le silence des collègues face à ces comportements déplacés. Pensez-vous qu’il s’agit de cas isolés ou d’un problème lié à une culture dominante ?

Je crois surtout que beaucoup ont peur pour leur carrière. Après discussion avec plusieurs gendarmes, harcelées, toutes m’affirment ne pas avoir de soutien des collègues. Pour ma part, je suis une femme, féminine, d’origine marocaine : ça n’a pas aidé, je pense.

La gendarmerie est censée protéger ses membres. Qu’est-ce qui a permis à vos agresseurs de rester impunis malgré les preuves ?

Je ne saurais vous dire. Pour ma part, j’ai fait mon maximum. L’important, c’est d’aller au bout des choses sans avoir de regret. Tout se paie tôt ou tard.

Pourquoi avoir choisi d’en parler dans un livre plutôt que de vous recourir à la justice ?

Je n’ai jamais pensé à écrire un livre, on me l’a proposé. J’y ai vu là l’opportunité de pouvoir raconter ma vie : pourquoi la gendarmerie, d’où je viens et ce qui m’est arrivée, mais ça ne m’a pas empêché de recourir à la justice. Je n’ai jamais eu de date d’audience, pour eux mes preuves n’étaient pas assez fournies.

Recommanderiez-vous à une jeune femme issue de l’immigration, notamment d’origine maghrébine, de s’engager aujourd’hui dans la gendarmerie ?

Oui, bien sûr, car c’est une belle institution, qui ne doit pas être entachée par les mauvais comportements de certains. C’est eux qui devraient avoir honte et ne méritent pas de porter cet uniforme.

Un dernier mot.

Toujours rester soi-même, bienveillante, ne jamais abandonner et s’écouter. Pour ma part, aujourd’hui, je n’ai aucun regret. J’ai fait ce qui me semblait juste, même si ça m’a coûté ma passion. Je n’aurais pas respecté ce métier si je n’avais pas dénoncé, car l’une des valeurs importantes de la gendarmerie, c’est de dénoncer les délinquants, et c’est ce que j’ai fait en dénonçant mon supérieur. La loi est la même pour tous.

Interview réalisé par : KHAYRDINE EL JAMAI

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