Rachid Raha répond à la Banque Mondiale et insiste sur le rôle de la langue maternelle pour sauver la petite enfance au Maroc

Ci-après la réponse de président de l’Assemblée Mondiale Amazighe au courrier de la Banque Mondiale et qui insiste sur le rôle de la langue maternelle (Tamazight et Darija) pour sauver et développer la petite enfance au Maroc.

Bonne lecture et merci beaucoup pour sa diffusion.

Madame Ibtissam ALAOUI,

MNAEC-External Communications

Du Bureau de Rabat de la Banque Mondiale (BM)

Objet: comment sauver la petite enfance au Maroc ?

Madame,

Je vous remercie de la réponse que vous m’avez adressée le 26 novembre dernier, en vous permettant de répondre au nom de M. Jesko HENTSSCHEL, directeur Département Maghreb et du Maroc de la BM.

Dans votre courrier vous affirmez que : « ce programme, – éducatif de la BM en vue d’améliorer la performance préscolaire au Royaume du Maroc-, qui ambitionne d’agir sur des leviers de changement, a pour objet d’apporter une réponse ciblée à des problématiques complexes pour améliorer la qualité des services éducatifs et la prise en charge des enfants dès l’âge de 4 ans pour renforcer l’apprentissage cognitif et socio-émotionnel.

Pour rappel, le programme soutient trois domaines de résultats :

  • améliorer la qualité du préscolaire à travers la mise en place d’un cadre réglementaire et organisationnel pour réguler la prise en charge pré-scolaire et établir des normes d’enseignement;
  • appuyer le renforcement de la profession enseignante, pour améliorer l’encadrement, la formation, la motivation et les conditions de travail des enseignants ;
  • renforcer les capacités de gestion à tous les niveaux conformément aux principes de décentralisation des fonctions de façon à attribuer plus de prérogatives aux académies régionales et aux directions locales».

Et, par la suite, vous précisez que cet ambitieux programme, qui compte avec un budget de 500 millions de dirhams, ne couvre pas les considérations linguistiques ! Alors que ces dernières sont essentielles dans l’enseignement, et plus particulièrement pour la petite enfance.

Si ni la BM, ni le ministère de l’éducation nationale ne les prennent en considération, la BM doit être sûre que les objectifs précités ne seront pas atteints et que le budget précité sera condamné tout simplement au gaspillage et cela reviendrait à versez de l’eau dans du sable.

En sus de mes propres arguments que je vous ai déjà exposé dans mon antérieur correspondance, le linguiste Alain BENTOLILA, affirme, dans sa présentation inaugurale du 15 novembre passé à Paris à la Conférence des ministres des Etats et gouvernements de la Francophonie, -dont fait parfaitement partie le Maroc-, que les systèmes éducatifs de certains pays, aussi coûteux qu’ils soient, sont devenus des machines à fabriquer de l’analphabétisme et de l’échec scolaire parce qu’ils n’ont jamais su (ou voulu) résoudre la question qui les détruit : celle du choix de la langue d’enseignement. Ils conduisent des élèves à des échecs cruels parce que l’école les a accueillis dans une langue que leurs mères ne leur ont pas apprise et c’est pour un enfant une violence intolérable. M. Bentolila ajoute que : « c’est sur la base solide de leur langue maternelle qu’on leur donnera une chance d’accéder à la lecture et à l’écriture et que l’on pourra ensuite construire un apprentissage ambitieux des langues officielles. ».

(www.leconomiste.com/article/1053276-si-l-ecole-ne-parle-pas-la-langue-de-ses-eleves).

Du fait de l’importance de ladite conférence, je vous invite à la relire, sachant que le linguiste Alain BENTOLILA fût l’un des conseillers les plus importants de l’expérience exemplaire des écoles Merdersat.Com de la Fondation BMCE BANK.

Vos propres données sont fort éloquentes lorsqu’il est dit que 64% des enfants ont un rendement inférieur au minimum requis et 66% en fin du cycle primaire ne savent pas lire, c’est-à-dire que sept enfants sur dix n’arrivent pas à maîtriser les capacités de la lecture. Aussi, si l’on veut contribuer à inverser le cap et obtenir des résultats vraiment positifs et concrets, il faudrait que la BM conditionne le versement du budget ci-dessus et recommande au gouvernement marocain, et plus particulièrement à son ministre de l’éducation nationale de s’inspirer de l’exemple extraordinaire du préscolaire des Medersat.com, que celui-ci connaît parfaitement, et par conséquent de le généraliser dans toutes les écoles publiques.

Notre principal souci devrait être qu’on arrête une fois pour toute de jouer avec le sort et l’avenir des petits, et qu’ils ne soient utilisés d’aucune manière pour détourner de l’argent à des fins personnelles, comme ce fut le cas avec le « programme d’urgence 2009-2012 » sous la responsabilité de l’ex-ministre Ahmed AKHCHICHENE.

Vu que vous nous invitez à prendre attache avec le ministre compétent, il est mis en copie de la présente

Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes salutations distinguées.

M. Rachid RAHA

Président de l’AMA

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