Mali-Azawad : la raison finira-t-elle par prévaloir ?

Le tournant amorcé par la reprise de Kidal, le 25 avril 2026, par le Front de libération de l’Azawad (FLA), et confirmé par les combats autour d’Anafif début juillet, achève de convaincre que la seule dimension militaire ne saurait résoudre durablement ce conflit. La bataille de Tinzawatène, en juillet 2024, avait déjà surpris certains acteurs et observateurs par la réalité des capacités militaires déployées sur le terrain par les mouvements de l’Azawad. Les Russes avaient alors compris qu’il leur faudrait un tout autre type d’engagement pour espérer venir à bout des « hommes du désert ». Cet échec avait mis en lumière les limites de l’armée malienne et, par ricochet, l’ampleur du service que l’on attendait de Wagner, puis de l’Africa Corps qui lui a succédé.
De fait, la guerre a objectivement changé de nature : elle s’est transformée en un affrontement de plus en plus direct entre les mouvements de l’Azawad et les mercenaires russes. Cette lecture doit néanmoins être nuancée : à Kidal comme ailleurs, le FLA a combattu aux côtés du Jnim (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), dans une sorte d’alliance de circonstance. L’armée malienne et ses supplétifs locaux apparaissent de plus en plus comme une couverture de légitimation, dont Moscou juge parfois plus efficace de limiter l’emprise sur le commandement opérationnel réel du terrain.
Ayant engagé les moyens qu’ils estimaient suffisants pour honorer leur contrat, sans obtenir de résultats tangibles, les Russes semblent avoir compris qu’ils devront désormais composer avec les réalités du terrain et l’environnement géopolitique régional. Tout indique qu’ils s’orientent vers un appui sur l’expérience et le poids de partenaires comme l’Algérie, et plus largement sur les pays de la CEDEAO. C’est à cette lumière qu’il convient de lire le récent infléchissement du Mali dans ses relations avec Alger : moins un choix diplomatique spontané qu’une prise d’acte des limites de l’option strictement militaire.
Les trois pays du Sahel central (Mali, Burkina Faso, Niger) auraient tout à gagner à renouer avec la realpolitik que dictent la géographie et l’histoire, seule voie vers une stabilité et un développement durable. Les tenants du souverainisme, qui cherchent protection auprès de puissances lointaines, finiront par mesurer que les relations internationales obéissent à des logiques d’intérêt, fondées sur des doctrines anciennes et éprouvées, bien éloignées des envolées populistes qui prospèrent sur les réseaux sociaux.
Dans ce dossier de l’Azawad et de l’Alliance des États du Sahel, la Russie a clairement signifié qu’elle n’avait aucun intérêt à engager des moyens démesurés dans ce que l’aventure guerrière de certains dirigeants du Sahel central risque de transformer en gouffre financier et militaire sans fond. Cet avertissement, assorti d’une invitation à se tourner davantage vers l’environnement immédiat, l’Algérie et les pays de la CEDEAO, vaut appel pressant à un retour rapide à ce réalisme politique dont ces pays n’auraient jamais dû s’écarter.




