OPINIONS

Le «gouvernement du Mondial 2030» au Maroc

gouvernance, développement, cohésion sociale et projection internationale

Dr. Mohamed Chtatou

Introduction

La Coupe du monde de la FIFA 2030 constitue pour le Maroc bien davantage qu’un événement sportif de dimension planétaire. La désignation officielle de l’Espagne, du Maroc et du Portugal comme pays hôtes, décidée par le Congrès extraordinaire de la FIFA le 11 décembre 2024, confère au Royaume une responsabilité internationale exceptionnelle et ouvre simultanément une fenêtre stratégique pour accélérer la transformation économique, infrastructurelle, territoriale et institutionnelle du pays (FIFA, 2024). Le tournoi comprendra 101 rencontres réparties entre les trois pays hôtes, tandis que trois matchs du centenaire seront organisés en Argentine, au Paraguay et en Uruguay (FIFA, 2026). Le Maroc se trouve ainsi placé devant un double impératif : réussir l’organisation matérielle d’un événement mondial et transformer cette échéance en levier durable de développement national.

C’est dans ce contexte qu’émerge l’expression politique et médiatique de « gouvernement du Mondial ». Il ne s’agit nullement d’une catégorie constitutionnelle, mais d’une manière de désigner l’exécutif qui, après les élections législatives du 23 septembre 2026, devra conduire la phase décisive de préparation du Maroc à l’échéance 2030. La date du scrutin a officiellement été fixée au 23 septembre 2026 par le gouvernement marocain (Maroc.ma, 2026). Au 11 août 2026, il serait donc prématuré d’identifier le futur chef du gouvernement, la future coalition ou la configuration exacte de la majorité parlementaire. Cette incertitude politique renforce précisément l’importance de la réflexion prospective : quel que soit le résultat électoral, l’exécutif issu du scrutin devra concilier continuité stratégique, responsabilité démocratique et impératif d’exécution.

La thèse défendue ici est que la réussite marocaine en 2030 ne pourra être évaluée uniquement à l’aune des stades construits, des infrastructures modernisées ou de la qualité de l’organisation. Le véritable succès consistera à convertir le Mondial en projet national de transformation, articulant infrastructures, emploi, capital humain, cohésion territoriale, transition écologique, gouvernance publique, inclusion sociale et rayonnement diplomatique. Le risque inverse serait celui d’un « effet vitrine », caractérisé par des investissements spectaculaires mais insuffisamment connectés aux besoins quotidiens de la population. Le document de travail souligne justement que la question centrale doit être celle de l’utilité des investissements après 2030 : « ces investissements resteront-ils utiles au Maroc après 2030 ? » Cette interrogation doit devenir le principe directeur du prochain cycle gouvernemental.

Du grand événement au projet national de développement

L’organisation d’une Coupe du monde exerce traditionnellement une forte pression sur les infrastructures nationales. Les exigences de la FIFA concernent notamment les stades, les centres d’entraînement, l’hébergement, les transports, la sécurité, les télécommunications, les services publics et diverses garanties gouvernementales (FIFA, 2024). Le Maroc doit donc poursuivre et accélérer la modernisation de ses infrastructures, mais il doit simultanément éviter de concevoir le Mondial comme une parenthèse de quatre années.

La logique pertinente est celle de l’héritage. Une ligne ferroviaire, un aéroport, un réseau urbain, un hôpital, une infrastructure numérique ou un équipement sportif ne devraient être considérés comme utiles que s’ils continuent à produire de la valeur économique et sociale après 2030. Cette conception rejoint les préoccupations exprimées dans le document de travail : les infrastructures prioritaires doivent améliorer la mobilité quotidienne, réduire les disparités territoriales, renforcer l’économie productive, bénéficier aux PME marocaines et disposer d’un modèle crédible d’exploitation et de maintenance après la compétition.

Cette question est particulièrement importante parce que le Maroc connaît actuellement une phase d’investissement public intense. La Banque mondiale estime que la croissance réelle du PIB marocain a atteint environ 4,9 % en 2025, notamment sous l’effet de l’investissement public lié aux préparatifs du Mondial 2030, tout en soulignant que le sous-emploi demeure considérable et atteindrait 22,5 % selon les indicateurs élargis du marché du travail (World Bank, 2026). Le défi consiste donc à convertir une dynamique d’investissement en gains de productivité et en emplois durables.

Le « gouvernement du Mondial » devra par conséquent adopter une règle simple : aucun investissement majeur ne devrait être justifié uniquement par 2030. Les projets doivent être évalués en fonction de leur utilité nationale à long terme. Le Mondial doit être l’accélérateur d’une transformation déjà souhaitable, et non la raison artificielle de projets dont la rentabilité sociale serait incertaine.

Cette approche rejoint l’analyse du Maroc dans l’interaction permanente entre politique, société, économie et culture (Chtatou, 2023). Le développement marocain ne peut être réduit à la croissance des agrégats économiques : il dépend également de la capacité des institutions à intégrer les dimensions sociales, territoriales et culturelles du changement. Dans cette perspective, 2030 devrait être conçu comme une échéance autour de laquelle se réorganisent des politiques publiques existantes plutôt que comme une politique publique autonome.

La gouvernance : le véritable test du gouvernement du Mondial

La difficulté principale ne sera peut-être pas de construire, mais de coordonner. Un Mondial implique simultanément l’Intérieur, les Finances, le Transport, le Tourisme, l’Énergie, l’Eau, la Santé, l’Éducation, la Justice, les Affaires étrangères, les collectivités territoriales, les entreprises publiques et la Fédération Royale Marocaine de Football. La FIFA elle-même exige des garanties gouvernementales touchant à des domaines qui dépassent largement le sport : sécurité, visas, fiscalité, permis de travail, télécommunications et services publics (FIFA, 2024).

Le document de travail identifie avec justesse les principaux risques institutionnels : concurrence entre ministères et agences, chevauchement des compétences, multiplication des comités sans responsabilité identifiable, opacité de la commande publique et concentration excessive des décisions. Ces risques sont particulièrement importants dans un contexte où la rapidité d’exécution peut entrer en tension avec la transparence administrative.

Le futur gouvernement devra donc mettre en place une architecture de gouvernance intégrée, reposant sur quatre principes : responsabilité clairement attribuée, calendrier public, indicateurs de performance et contrôle indépendant. Il ne suffit pas de créer des structures de coordination ; il faut également déterminer qui décide, qui exécute, qui contrôle et qui rend compte.

La question est d’autant plus importante que le processus politique marocain est caractérisé par une dynamique de réforme graduelle et institutionnelle. L’importance de la monarchie, des réformes successives et de la démocratisation incrémentale dans la trajectoire politique contemporaine du Maroc a été soulignée (Chtatou, 2026a). Le Mondial peut devenir un laboratoire de cette gouvernance évolutive : l’efficacité de l’État devra être accompagnée d’une responsabilisation accrue des institutions.

Il faudra également éviter que la centralisation décisionnelle ne réduise les collectivités territoriales à un rôle d’exécution. Les villes hôtes doivent être de véritables partenaires de la préparation. La gouvernance du Mondial devrait donc associer État, régions, communes, entreprises, universités, organisations professionnelles et société civile. Le principe devrait être celui d’une gouvernance multiniveau, dans laquelle la stratégie nationale et l’expertise locale se complètent.

Financer le Mondial sans sacrifier le contrat social

Le troisième défi est budgétaire. Le Maroc devra simultanément financer les infrastructures nécessaires, maintenir la soutenabilité des finances publiques et répondre aux attentes sociales relatives au pouvoir d’achat, à la santé, à l’éducation et à l’emploi. Le document de travail pose la question fondamentale : « qui paiera, qui bénéficiera et qui assumera les coûts après 2030 ? »

Cette interrogation devrait être placée au centre du débat public. L’investissement public peut soutenir la croissance — ce que confirme la Banque mondiale — mais sa qualité importe autant que son volume (World Bank, 2026). Le prochain gouvernement devra donc distinguer les infrastructures directement nécessaires à la compétition, les projets déjà justifiés par les besoins nationaux, les investissements à faible rentabilité sociale et les dépenses temporaires qui risquent de devenir des charges permanentes.

Cette distinction est essentielle pour éviter un paradoxe politique : une Coupe du monde présentée comme un instrument de modernisation pourrait devenir socialement contestée si les citoyens ont le sentiment que les dépenses publiques bénéficient davantage aux visiteurs, aux grands investisseurs et aux métropoles qu’aux populations ordinaires.

La transparence budgétaire devra donc accompagner l’investissement. Les grands contrats devraient être soumis à des mécanismes de contrôle, les critères d’attribution rendus publics et les résultats régulièrement évalués. La commande publique liée au Mondial doit également devenir un instrument de développement du tissu productif marocain.

Cette dernière dimension est capitale. Le Mondial doit permettre aux PME marocaines de monter en gamme, d’acquérir des certifications, de participer aux chaînes de valeur internationales et d’accéder à de nouveaux marchés. La question n’est pas simplement combien de milliards seront dépensés, mais quelle proportion de cette dépense renforcera durablement les capacités productives nationales.

L’emploi et le capital humain : mesurer le succès autrement

L’emploi devrait constituer l’un des principaux indicateurs de réussite du « gouvernement du Mondial ». La Banque mondiale relève le paradoxe d’une croissance relativement robuste accompagnée d’une sous-utilisation importante du potentiel de travail (World Bank, 2026). Le défi consiste donc à faire du Mondial un accélérateur de l’emploi productif.

Les secteurs concernés sont nombreux : BTP, transport, tourisme, hôtellerie, restauration, sécurité, santé, ingénierie, services numériques, cybersécurité, communication et événementiel. Mais les emplois temporaires créés durant la phase de construction ne suffiront pas. Le véritable objectif doit être de transformer les besoins du Mondial en politique nationale de compétences.

Le document insiste à juste titre sur la nécessité d’éviter les emplois temporaires, précaires, concentrés dans quelques grandes villes ou dépendants de compétences importées. Le gouvernement devrait donc établir un programme national « Compétences 2030 », reliant formation professionnelle, universités, entreprises et besoins des secteurs stratégiques.

Cette politique devrait comprendre des formations dans l’hospitalité, la gestion des événements internationaux, les langues étrangères, la cybersécurité, la maintenance des infrastructures, la logistique, les métiers du numérique, la médecine d’urgence et la gestion des foules. Les universités marocaines pourraient également développer des programmes interdisciplinaires consacrés à la diplomatie sportive, au tourisme culturel, au management événementiel et aux relations euro-africaines.

Le véritable héritage du Mondial ne sera donc pas uniquement matériel. Il sera également humain et cognitif. Un pays qui construit des stades mais ne construit pas suffisamment de compétences n’aura exploité qu’une partie de l’opportunité historique.

Le défi hydrique et environnemental

La contrainte hydrique représente probablement l’un des risques structurels les plus sérieux du projet marocain. Elle concerne simultanément l’agriculture, les villes, le tourisme, l’industrie, l’énergie et les finances publiques. Le document de travail souligne que l’organisation du Mondial entraînera temporairement une augmentation de la population dans les villes hôtes, ainsi qu’une pression supplémentaire sur les pelouses sportives, les hôtels, la restauration, le nettoyage et les réseaux urbains.

Le futur gouvernement devra donc faire du Mondial un laboratoire de sobriété hydrique. La réutilisation des eaux usées, le dessalement, la réduction des pertes dans les réseaux et la conception d’installations sportives moins consommatrices d’eau doivent être intégrés dès maintenant aux politiques de préparation.

Cette approche devrait être associée à la transition énergétique. Les investissements récents du Maroc dans les énergies renouvelables et le stockage montrent que le pays dispose déjà d’une stratégie de diversification énergétique. En juillet 2026, la Banque mondiale a approuvé un financement de 265 millions de dollars pour un projet de stockage hydroélectrique par pompage dans le nord du Maroc, destiné à renforcer la flexibilité et la résilience du système électrique national (World Bank, 2026b).

Le Mondial pourrait donc devenir une vitrine d’un Maroc sobre en carbone et résilient face au changement climatique, plutôt qu’une simple démonstration de puissance infrastructurelle. Cette orientation renforcerait également la diplomatie climatique du Royaume.

Cohésion territoriale et inclusion

Le Mondial risque toutefois d’accentuer les disparités si ses bénéfices se concentrent dans les métropoles déjà les mieux dotées. Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech ou Agadir disposent de capacités économiques et infrastructurelles importantes ; mais l’enjeu national consiste précisément à faire en sorte que l’investissement de 2030 produise des effets au-delà des seules villes hôtes.

Cette problématique rejoint certaines analyses consacrées aux dynamiques territoriales et identitaires marocaines. La reconnaissance de la pluralité culturelle et territoriale du pays doit être accompagnée d’une politique de développement qui ne transforme pas la diversité en simple élément folklorique. Dans ses travaux récents sur la culture amazighe, l’importance de la langue, de la terre et de la solidarité comme éléments constitutifs de l’identité et de la cohésion marocaines a été mise en évidence (Chtatou, 2026b).

Le Mondial devrait donc être pensé comme un instrument de cohésion territoriale. Les investissements dans les transports, le numérique, le tourisme, les infrastructures sportives et les services publics doivent produire des connexions durables entre les grands pôles et les territoires périphériques.

Une telle approche renforcerait également l’intégration de la jeunesse. L’événement peut fournir un récit national mobilisateur, mais cette mobilisation doit être accompagnée de possibilités réelles d’insertion économique, de participation civique et de mobilité sociale.

Le Mondial comme instrument de confiance politique

Le succès sportif et organisationnel ne suffira pas à résoudre les problèmes de confiance envers les institutions. Les travaux consacrés au clientélisme et au néo-tribalisme dans le système politique marocain montrent l’importance persistante des mécanismes de médiation sociale et politique dans la relation entre citoyens et institutions (Chtatou, 2025).

Le Mondial pourrait constituer une formidable occasion de renouveler cette relation, à condition que la population ne soit pas considérée comme simple spectatrice. La transparence, la participation et l’évaluation publique doivent devenir des composantes de la gouvernance de l’événement.

Le futur gouvernement devra notamment expliquer les coûts des projets, publier les critères de sélection des prestataires, prévenir les conflits d’intérêts, garantir une répartition territoriale équitable et associer les acteurs locaux. Le document de travail souligne à juste titre que la Coupe du monde peut renforcer la mobilisation collective mais aussi accentuer le sentiment d’une politique conduite « d’en haut » si les citoyens ne constatent pas d’amélioration de leur quotidien.

Le problème est donc celui du contrat social. Le Mondial doit être présenté non comme un privilège accordé à l’événement sportif, mais comme un accélérateur de politiques publiques dont les citoyens seront les premiers bénéficiaires. La réussite politique de 2030 dépendra autant de la perception des Marocains que de l’évaluation des visiteurs étrangers.

Projection internationale et diplomatie sportive

Le Mondial représente enfin une opportunité diplomatique majeure. Pour le Maroc, l’événement permet de consolider une image de pays africain, méditerranéen, arabe et euro-africain capable de travailler avec deux partenaires européens dans le cadre d’un projet mondial.

Cette dimension rejoint les transformations de la diplomatie marocaine et la place internationale du Royaume (Chtatou, 2017). La préparation de 2030 s’inscrit dans une stratégie plus large de projection internationale, dans laquelle le Maroc cherche à combiner ancrage africain, partenariat européen, relations transatlantiques et ouverture méditerranéenne.

Le Mondial constitue également un instrument de soft power. Il permettra au Maroc de mettre en scène son patrimoine, son hospitalité, sa diversité culturelle, ses capacités logistiques et son potentiel touristique. Mais cette diplomatie événementielle comporte des exigences élevées : droits des travailleurs, accessibilité, sécurité, liberté d’information, protection contre les discriminations et cybersécurité.

Le document de travail insiste justement sur ces dossiers sensibles et rappelle que les garanties gouvernementales demandées par la FIFA dépassent le strict domaine sportif. La crédibilité internationale du Maroc dépendra donc de la capacité à conjuguer efficacité et responsabilité.

Cette approche est cohérente avec l’évolution du Maroc comme acteur international cherchant à articuler souveraineté et coopération. Dans l’analyse de la gouvernance migratoire marocaine, l’équilibre entre souveraineté nationale, exigences sécuritaires et responsabilités internationales apparaît comme une question centrale (Chtatou, 2026c). Le même principe devrait guider le Mondial : défendre les intérêts nationaux tout en respectant les standards internationaux auxquels le pays s’est engagé.

Trois scénarios politiques après les élections de 2026

Le scrutin du 23 septembre 2026 introduira une variable politique déterminante. Trois configurations peuvent être envisagées sans préjuger du résultat.

Une majorité relativement stable pourrait favoriser la continuité et accélérer les décisions, mais comporterait le risque d’une concentration excessive du pouvoir. Une coalition renouvelée pourrait élargir la légitimité politique du projet, au prix d’arbitrages parfois plus lents. Enfin, un Parlement fragmenté pourrait renforcer le débat pluraliste sur les priorités et les dépenses du Mondial, mais créer des risques de retard institutionnel.

Quelle que soit la configuration, le temps disponible sera limité. Le futur exécutif devra rapidement clarifier les responsabilités, stabiliser les arbitrages budgétaires et maintenir la continuité des engagements déjà pris. Le document de travail souligne à juste titre ce calendrier resserré et la nécessité de préserver la continuité de la préparation après les élections.

Le « gouvernement du Mondial » sera donc jugé sur sa capacité à résoudre une équation particulièrement complexe : continuité stratégique sans immobilisme, accélération administrative sans opacité, centralisation stratégique sans marginalisation territoriale et efficacité exécutive sans affaiblissement du contrôle démocratique.

Conclusion : de la Coupe du monde à l’héritage national

Le véritable défi du futur « gouvernement du Mondial 2030 » ne sera finalement pas d’organiser une Coupe du monde réussie. Le Maroc possède déjà une expérience croissante des grands événements internationaux et dispose de plusieurs atouts institutionnels, infrastructurels et diplomatiques. Le défi fondamental sera de transformer l’échéance 2030 en héritage national durable.

Cet héritage devra comporter des infrastructures utiles, une économie productive renforcée, des PME mieux intégrées aux chaînes de valeur, un capital humain plus qualifié, des transports plus efficaces, une gestion plus rationnelle de l’eau, une transition énergétique accélérée et une cohésion territoriale renforcée. Il devra également comporter un héritage institutionnel : une administration mieux coordonnée, une commande publique plus transparente, des mécanismes d’évaluation plus solides et une culture de la responsabilité publique plus affirmée.

Le succès devra enfin être social. Une Coupe du monde ne saurait constituer un substitut à la santé, à l’éducation, à l’emploi ou au pouvoir d’achat. Elle doit au contraire contribuer à renforcer ces secteurs. Dans cette perspective, la question essentielle n’est pas seulement de savoir si le Maroc sera capable d’accueillir le monde en 2030, mais quel Maroc accueillera le monde en 2030 et quel Maroc restera après son départ.

La réponse dépendra de la capacité du futur gouvernement à dépasser la logique de l’événement pour entrer dans celle de la transformation. Le Mondial ne doit pas être une fin en soi ; il doit être un accélérateur. Il ne doit pas produire uniquement des infrastructures visibles, mais des capacités invisibles : compétences, confiance, institutions, innovation, solidarité et cohésion. Il ne doit pas seulement améliorer l’image internationale du Maroc ; il doit également améliorer l’expérience quotidienne de ses citoyens.

Ainsi comprise, la Coupe du monde 2030 peut devenir un moment fondateur de la prochaine étape du développement marocain. Elle peut rapprocher le Royaume de l’Europe et de l’Afrique, renforcer son rôle méditerranéen et accroître son soft power, tout en consolidant son contrat social interne. Mais cette opportunité ne sera saisie que si le gouvernement issu des élections de septembre 2026 parvient à articuler ambition internationale et justice sociale, modernisation et inclusion, efficacité et transparence, croissance et durabilité.

Le véritable héritage de 2030 ne sera donc pas le nombre de stades livrés ni la splendeur des cérémonies. Il sera mesuré par la capacité du Maroc à faire du Mondial un catalyseur d’un État plus efficace, d’une économie plus productive, d’une société plus inclusive et d’un territoire mieux intégré. C’est à cette condition seulement que le « gouvernement du Mondial » pourra transformer un événement sportif mondial en véritable projet national.

Références

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