Les élections législatives du 23 septembre 2026 au Maroc : pour un gouvernement compétent, efficace et territorialement juste

Introduction : au-delà de l’alternance électorale, la question de l’efficacité territoriale
Les élections législatives marocaines du 23 septembre 2026 s’annoncent comme un moment important dans l’évolution politique et institutionnelle du Royaume. Elles ne devraient cependant pas être appréhendées uniquement sous l’angle classique de la compétition entre partis, des alliances parlementaires ou de la formation de la prochaine majorité. Leur véritable enjeu réside dans la capacité du système politique à produire un gouvernement compétent, cohérent, efficace et capable de réduire les fractures territoriales qui continuent de structurer la société marocaine. À l’heure où le pays dispose d’infrastructures modernes, d’une économie plus diversifiée, d’une diplomatie internationale affirmée et d’une ambition continentale croissante, la persistance des inégalités spatiales entre les grands pôles métropolitains et les périphéries rurales, montagneuses et frontalières constitue l’une des principales contradictions du modèle marocain de développement.

Cette problématique n’est nullement marginale. La documentation officielle récente reconnaît elle-même que la réduction des disparités sociales et spatiales demeure une priorité nationale. Le projet de loi de finances 2026 inscrit ainsi la « requalification globale des territoires » et la réduction des disparités sociales et spatiales au cœur de l’action publique, en privilégiant une nouvelle génération de programmes de développement territorial fondés sur les spécificités locales, la régionalisation avancée et la solidarité entre territoires (Royaume du Maroc, 2025). (Maroc) Le Haut-Commissariat au Plan (HCP), pour sa part, souligne que la pauvreté multidimensionnelle a reculé, notamment dans le monde rural, mais que d’importantes disparités régionales, provinciales et communales subsistent (HCP, 2025). (HCP Maroc)
La question est donc moins de savoir si le Maroc a progressé — il a incontestablement progressé — que de déterminer qui bénéficie de cette progression, où elle se produit, à quel rythme et dans quelles conditions. La croissance économique, les autoroutes, les ports, les zones industrielles, les lignes ferroviaires et les grands investissements peuvent transformer profondément un pays sans nécessairement produire une justice territoriale. Le risque est alors celui d’un Maroc à plusieurs vitesses : un Maroc métropolitain, connecté aux chaînes mondiales de valeur, et un Maroc périphérique dont certaines communautés restent confrontées à l’éloignement des services publics, à la faiblesse des opportunités économiques, à la vulnérabilité climatique et à une mobilité sociale limitée.
Cette contradiction est particulièrement visible dans les espaces où le monde amazigh prend historiquement racine : Rif, Moyen Atlas, Haut Atlas, Anti-Atlas, Souss, Drâa, Oriental et nombreuses zones rurales du Sud-Est. Il serait toutefois erroné de réduire la question amazighe à une question ethnique ou identitaire. Elle est aussi, et peut-être surtout, une question territoriale, sociale, économique, linguistique, culturelle et démocratique. Une politique publique véritablement territoriale doit reconnaître que l’espace amazigh n’est pas une périphérie résiduelle du Maroc mais l’une des matrices historiques de la civilisation marocaine.
Comme je l’ai soutenu ailleurs, l’Amazighité constitue une composante constitutive plutôt que périphérique de la marocanité, et la culture amazighe ne peut être comprise indépendamment de l’histoire globale du Maroc (Chtatou, 2019, 2026a). (Eurasia Review) Dans cette perspective, la justice territoriale ne signifie pas seulement transférer davantage de crédits aux régions défavorisées. Elle signifie reconnaître les savoirs, les langues, les institutions sociales, les économies locales et les formes historiques de solidarité qui donnent leur cohérence aux territoires.
La thèse de cet essai est simple : le scrutin du 23 septembre 2026 devrait être l’occasion de choisir non seulement une majorité parlementaire, mais un projet de gouvernement capable de passer d’une logique de redistribution compensatoire à une véritable stratégie de transformation territoriale. Celle-ci devrait articuler régionalisation avancée, déconcentration administrative, investissement productif, égalité d’accès aux services publics, valorisation du monde rural, promotion de Tamazight, soutien aux économies locales et responsabilisation des collectivités territoriales.
- Un Maroc plus riche, mais encore spatialement inégal
Le Maroc contemporain ne peut être décrit comme un pays immobile ou incapable de se transformer. Les deux dernières décennies ont été marquées par une modernisation considérable des infrastructures, une diversification industrielle, une amélioration du climat de l’investissement et l’émergence de nouveaux pôles économiques. La Banque mondiale souligne notamment la progression de l’industrie manufacturière, des services, du tourisme, des phosphates, de l’automobile et de l’aéronautique, tout en relevant que l’urbanisation concentre une grande partie de la croissance et que les écarts urbain-rural et les disparités spatiales demeurent importants (World Bank, 2026). (Banque mondiale)
Cette transformation a cependant produit un paradoxe : plus le Maroc s’intègre à l’économie mondiale, plus la question de la distribution territoriale des opportunités devient cruciale. Les investissements directs étrangers, par exemple, demeurent fortement concentrés dans certaines zones côtières et métropolitaines. L’OCDE constate que la distribution territoriale des IDE reflète les fortes disparités sociales et économiques existant entre les territoires marocains et que leur concentration dans les zones côtières et métropolitaines peut entraver une croissance régionale équilibrée (OCDE, 2024). (OECD)
Cette concentration n’est pas uniquement économique. Elle est également institutionnelle. Les grandes métropoles concentrent les universités les plus importantes, les hôpitaux de référence, les sièges administratifs, les entreprises à forte valeur ajoutée, les centres culturels, les réseaux de transport et les opportunités professionnelles. La périphérie, en revanche, peut connaître une accumulation de handicaps : distance géographique, faible densité de services, déficit de transports collectifs, accès insuffisant aux soins spécialisés, décrochage scolaire, manque d’emplois qualifiés et vulnérabilité aux sécheresses et à la raréfaction de l’eau.
Le problème n’est donc pas simplement celui de la pauvreté. Il est celui de la géographie des chances. Deux citoyens marocains peuvent bénéficier des mêmes droits constitutionnels tout en disposant de possibilités radicalement différentes d’exercer ces droits selon leur lieu de naissance et de résidence. L’égalité juridique ne devient véritable égalité substantielle que lorsque l’État est capable de réduire les coûts territoriaux de l’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi, à la mobilité et à la participation politique.
Le HCP a précisément contribué à déplacer le débat d’une conception purement monétaire de la pauvreté vers celle de la pauvreté multidimensionnelle, intégrant l’éducation, la santé, le logement et l’accès aux services sociaux de base (HCP, 2025). (HCP Maroc) Cette évolution méthodologique est fondamentale : elle permet de comprendre que la pauvreté territoriale n’est pas seulement l’insuffisance du revenu, mais l’accumulation de privations.
- La périphérie amazighe : une question territoriale avant d’être une question identitaire
L’une des erreurs fréquentes du débat public consiste à considérer la question amazighe exclusivement sous l’angle linguistique ou culturel. Or l’Amazighité marocaine est également profondément territoriale. Les espaces amazighophones historiques correspondent en grande partie à des régions montagneuses, rurales ou semi-rurales qui ont longtemps été situées à distance des principaux centres politiques et économiques.
Dans mon analyse de la culture amazighe, j’ai proposé de penser celle-ci à partir d’une « trinité culturelle » articulant langue (awal), terre (tammurt) et solidarité (tamunt/ddam) (Chtatou, 2026a). (Eurasia Review) Cette formulation offre une clé particulièrement pertinente pour penser la politique territoriale marocaine. La langue n’est pas simplement un instrument de communication ; la terre n’est pas uniquement un espace économique ; la solidarité n’est pas seulement une survivance communautaire. Ensemble, elles forment une conception du territoire comme espace de mémoire, d’appartenance, de responsabilité et de coopération.
Cette conception rejoint, à certains égards, la logique constitutionnelle de la régionalisation avancée. La Constitution de 2011 a consacré l’organisation territoriale décentralisée fondée sur la régionalisation avancée et a donné aux régions une responsabilité accrue en matière de développement. L’OCDE souligne que cette réforme vise précisément à rapprocher les politiques publiques des réalités territoriales, même si sa mise en œuvre demeure incomplète et confrontée à des contraintes financières et institutionnelles (OCDE, 2024). (OECD)
Le problème fondamental est donc de transformer la régionalisation avancée d’un cadre institutionnel en une réalité vécue.
Dans plusieurs espaces amazighs, cela implique de rompre avec une conception verticale du développement. Une route construite depuis Rabat peut être nécessaire ; mais une politique territoriale intelligente doit aussi demander quelles routes sont prioritaires pour les populations locales. Une école peut être construite ; mais la question est aussi de savoir si elle permet aux enfants de rester dans leur territoire sans renoncer à leur langue et à leur culture. Un centre de santé peut être inauguré ; mais son efficacité dépendra de la disponibilité des médecins, des infirmiers, des équipements et des moyens de transport.
Le développement territorial doit donc devenir endogène sans être autarcique : partir des ressources locales tout en les connectant aux marchés nationaux et internationaux.
III. De la régionalisation institutionnelle à la régionalisation effective
Le Maroc possède déjà une architecture institutionnelle qui pourrait permettre une transformation substantielle. Le problème n’est donc pas l’absence de concepts mais leur mise en œuvre. La régionalisation avancée a été conçue pour faire des régions des acteurs majeurs du développement. Pourtant, l’OCDE observe que les pouvoirs élargis des conseils régionaux ne sont pas toujours accompagnés de ressources suffisantes et que la clarification des compétences et des moyens demeure indispensable (OCDE, 2024). (OECD)
Cette situation crée une contradiction classique de la décentralisation : transférer des responsabilités sans transférer suffisamment de capacités.
Une véritable politique de régionalisation devrait donc reposer sur quatre piliers.
Premièrement, les régions doivent disposer de ressources financières prévisibles et suffisamment importantes pour programmer leurs investissements à moyen et long terme. Deuxièmement, les administrations déconcentrées doivent être mieux coordonnées avec les collectivités élues. Troisièmement, les compétences techniques des régions doivent être considérablement renforcées. Quatrièmement, l’évaluation des politiques régionales doit être fondée sur des indicateurs publics, comparables et territorialisés.
La régionalisation ne doit pas être confondue avec la simple multiplication des administrations. Elle doit produire davantage de proximité, de responsabilité et d’efficacité.
L’OCDE insiste justement sur la nécessité d’améliorer la coordination entre les différents niveaux de gouvernement, de clarifier leurs compétences et ressources et de renforcer les capacités nationales, régionales et locales (OCDE, 2025). (OECD)
Le prochain gouvernement devrait donc considérer la régionalisation avancée comme une réforme de l’État et non comme une simple réforme administrative. Elle devrait devenir l’un des principaux instruments de réduction des inégalités.
- Un gouvernement compétent plutôt qu’un gouvernement simplement partisan
C’est ici que se situe probablement l’enjeu politique central des élections du 23 septembre. Le Maroc n’a pas seulement besoin d’un gouvernement politiquement légitime ; il a besoin d’un gouvernement administrativement compétent.
La compétence gouvernementale devrait être évaluée à partir de critères précis : capacité à concevoir des politiques publiques cohérentes, coordination interministérielle, maîtrise de l’exécution budgétaire, évaluation des résultats, capacité à attirer l’investissement, réforme administrative, lutte contre les rentes, digitalisation et surtout aptitude à transformer les programmes en résultats mesurables.
Le gouvernement qui émergera des urnes devra résister à une vieille tentation de la politique marocaine comme de nombreuses autres démocraties : multiplier les annonces sans construire les capacités institutionnelles nécessaires à leur réalisation. Le véritable critère de réussite devrait être moins le nombre de programmes annoncés que le nombre de problèmes effectivement résolus.
Comme le rappelle une analyse récente des élections de 2026, le scrutin du 23 septembre intervient dans une période où le Maroc doit affronter simultanément les disparités sociales et territoriales, le stress hydrique, les mutations technologiques, les tensions sur le pouvoir d’achat et les transformations de l’économie mondiale. (Médias24)
Le prochain gouvernement devrait ainsi fonctionner autour d’une logique de résultats territorialisés. Chaque ministère devrait être capable de répondre à une question élémentaire : qu’est-ce que notre politique change concrètement dans le Rif, le Moyen Atlas, le Haut Atlas, le Souss, l’Oriental ou les zones rurales du Sud-Est ?
Cette question pourrait devenir un principe de responsabilité gouvernementale.
- L’éducation : le premier instrument de justice territoriale
Aucune stratégie de réduction des inégalités spatiales ne peut réussir sans une révolution éducative. Les disparités territoriales sont largement reproduites par l’école lorsque la qualité de l’enseignement, l’accès au préscolaire, les infrastructures numériques, l’encadrement pédagogique et l’offre universitaire varient fortement selon le lieu de résidence.
Le monde rural amazigh devrait être au cœur d’une nouvelle politique éducative territoriale. Cela implique de renforcer les internats et les transports scolaires, de développer les établissements de proximité, d’investir dans le numérique et de créer des filières professionnelles correspondant aux économies régionales.
Mais l’enjeu est aussi linguistique. La constitutionnalisation de Tamazight en 2011 a constitué une avancée historique ; cependant, la reconnaissance juridique ne devient pleinement effective que lorsqu’elle se traduit par des ressources pédagogiques, des enseignants formés, une présence administrative et une véritable capacité d’usage.
La politique linguistique devrait donc être pensée non comme une concession identitaire mais comme un investissement dans le capital humain.
Dans mon analyse de la culture amazighe, j’ai souligné que la langue, la terre et la solidarité (trinité amazighe) forment des dimensions interdépendantes de l’identité amazighe (Chtatou, 2026a). (Eurasia Review) Une politique éducative qui ignore cette réalité risque de produire une rupture entre l’école et le territoire. À l’inverse, une école qui valorise la langue et la culture locales peut devenir un puissant instrument de développement.
- Le monde rural amazigh comme espace d’investissement, non comme espace d’assistance
Le développement des territoires amazighs ne peut reposer sur une logique d’assistance permanente. Il faut passer d’une conception compensatoire à une conception productive du développement.
Cela signifie investir dans les chaînes de valeur locales : agriculture à haute valeur ajoutée, produits du terroir, artisanat, tourisme culturel et écologique, énergies renouvelables, économie numérique, transformation agroalimentaire et petites industries adaptées aux ressources locales.
Le potentiel est considérable. Les territoires montagneux disposent de ressources naturelles, culturelles et paysagères importantes. Ils possèdent également des diasporas susceptibles de contribuer au financement et à l’entrepreneuriat local. L’objectif devrait être de transformer les transferts financiers de la diaspora en investissements structurants plutôt qu’en simple soutien à la consommation.
Le tourisme constitue un autre secteur stratégique. Mais il ne devrait pas reproduire une logique d’exploitation extérieure des paysages et de la culture. Le tourisme amazigh devrait être fondé sur la participation des communautés locales, la protection des ressources naturelles et la valorisation du patrimoine matériel et immatériel.
Dans cette perspective, le patrimoine culturel devient une ressource économique sans être réduit à une marchandise.
VII. L’azref et la réhabilitation des savoirs territoriaux
La justice territoriale implique également de reconnaître les savoirs institutionnels et juridiques locaux. Mes travaux sur l’azref, le droit coutumier amazigh, montrent que les sociétés rurales marocaines ont historiquement développé des mécanismes de médiation, d’arbitrage, de solidarité et de résolution des conflits qui méritent d’être étudiés non comme des curiosités folkloriques mais comme des ressources de gouvernance (Chtatou, 2024). (Eurasia Review)
L’azref ne peut évidemment pas être transposé mécaniquement dans l’État de droit contemporain. Mais certains de ses principes — médiation, dialogue, responsabilité collective, prévention du conflit et recherche du compromis — peuvent nourrir une réflexion moderne sur la gouvernance locale.
Cette perspective rejoint l’idée d’une démocratie territoriale plus participative. L’article 139 de la Constitution prévoit des mécanismes participatifs de dialogue et de consultation au niveau des collectivités territoriales, afin d’associer citoyens et associations à l’élaboration et au suivi des programmes de développement (OCDE, 2019). (OECD)
Le défi est de faire de ces mécanismes autre chose qu’une procédure administrative.
Dans les territoires amazighs, la participation pourrait s’appuyer sur les associations locales, les coopératives, les organisations professionnelles, les universitaires, les jeunes, les femmes et les structures communautaires. Il s’agirait de construire une gouvernance territoriale hybride, combinant institutions modernes et savoirs locaux, sous réserve du respect plein et entier de la Constitution, des droits individuels et de l’État de droit.
VIII. Femmes et jeunes : le véritable test de la transformation territoriale
Une politique territoriale efficace doit placer les femmes et les jeunes au centre de ses priorités. Les territoires périphériques connaissent souvent une double exclusion : l’éloignement géographique et l’accès plus limité aux opportunités économiques.
Le problème de l’emploi féminin est particulièrement préoccupant. La Banque mondiale souligne que la participation des femmes marocaines au marché du travail reste très faible, autour de 19 %, tandis que le chômage des jeunes demeure élevé (World Bank, 2026). (Banque mondiale)
Dans les territoires amazighs, les coopératives féminines peuvent devenir des instruments puissants d’autonomisation économique, à condition d’être intégrées dans des chaînes de valeur réelles : financement, formation, certification, marketing numérique, accès aux marchés et exportation.
Pour les jeunes, la priorité devrait être l’entrepreneuriat productif plutôt que la simple multiplication des dispositifs de formation. Il faut créer des écosystèmes territoriaux où formation, financement, incubation, recherche appliquée et marchés sont reliés.
Le défi est de faire en sorte que la jeunesse n’ait plus à quitter son territoire pour trouver un avenir.
- Eau, climat et montagne : le nouveau front de la justice territoriale
Le changement climatique rend cette question encore plus urgente. Les territoires ruraux et montagneux sont particulièrement exposés à la sécheresse, au stress hydrique, à l’érosion et à la dégradation des écosystèmes.
Le Maroc ne peut donc plus concevoir le développement territorial indépendamment de la politique climatique. Les territoires amazighs, dont l’économie traditionnelle dépend largement de l’agriculture, de l’élevage et des ressources naturelles, sont en première ligne.
Le prochain gouvernement devrait mettre en place un véritable pacte national pour les territoires de montagne, associant infrastructures hydrauliques, restauration des écosystèmes, agriculture résiliente, gestion communautaire de l’eau, énergies renouvelables et nouvelles activités économiques.
La question de l’eau illustre parfaitement le passage nécessaire d’une politique sectorielle à une politique territoriale intégrée. Une politique nationale de l’eau ne peut être efficace si elle ignore les réalités géographiques des bassins versants et les pratiques locales de gestion des ressources.
- Pour un nouveau contrat territorial marocain
Le véritable enjeu des élections du 23 septembre 2026 est donc celui d’un nouveau contrat territorial.
Ce contrat devrait reposer sur une idée fondamentale : aucun territoire marocain ne doit être condamné à rester périphérique.
Il ne s’agit pas d’abolir les différences entre les régions. La justice territoriale ne signifie pas uniformité. Au contraire, elle suppose de reconnaître la diversité des territoires et de leur permettre de valoriser leurs avantages spécifiques. Le modèle pertinent est celui d’une égalité différenciée : mêmes droits fondamentaux, mais politiques adaptées aux caractéristiques locales.
Dans cette perspective, le Rif ne doit pas être traité comme le Haut Atlas ; le Souss ne doit pas être administré selon les mêmes paramètres que l’Oriental ; les oasis du Sud-Est ne peuvent être pensées comme les plaines atlantiques. L’État doit garantir l’égalité des citoyens tout en acceptant la diversité des stratégies territoriales.
La nouvelle génération de politiques publiques annoncée par le gouvernement pour réduire les disparités sociales et spatiales va dans cette direction (Royaume du Maroc, 2025). (Maroc) Mais le véritable défi sera l’exécution.
Conclusion : du Maroc des centres au Maroc des territoires
Les élections législatives du 23 septembre 2026 devraient être l’occasion d’un débat national beaucoup plus ambitieux que celui des promesses électorales traditionnelles. Le Maroc doit désormais réfléchir à la qualité de son État, à l’efficacité de son gouvernement et à la capacité de ses institutions à produire une justice territoriale réelle.
Le prochain gouvernement devra être jugé non seulement sur sa capacité à gérer les équilibres politiques, mais sur son aptitude à réduire les distances entre le centre et la périphérie, entre la métropole et la montagne, entre la ville et le monde rural, entre les territoires fortement connectés et ceux qui le sont moins.
La régionalisation avancée offre le cadre institutionnel nécessaire. Le Nouveau Modèle de Développement offre une orientation stratégique. Les données du HCP permettent désormais de mieux identifier les territoires vulnérables. Les analyses de l’OCDE montrent les déficits persistants de coordination, de financement et de capacités. (HCP Maroc) Ce qui manque surtout est une volonté politique suffisamment forte pour transformer ces instruments en une véritable politique de convergence territoriale.
C’est ici que la question amazighe prend toute sa profondeur. Elle ne devrait pas être enfermée dans une opposition stérile entre Arabité et Amazighité. L’Amazighité est l’une des composantes historiques de la marocanité et l’un des fondements culturels de nombreux territoires du Royaume. Comme je l’ai écrit, « Amazigh culture is not a residual element of the social fabric but a central component » [« La culture amazighe n’est pas un élément résiduel du tissu social, mais une composante centrale de celui-ci »] (Chtatou, 2026e, 7 août) de la civilisation marocaine (Chtatou, 2026a). (Eurasia Review)
Reconnaître cette réalité ne fragilise donc pas l’unité nationale ; au contraire, cela peut contribuer à la consolider en donnant à chaque composante de la société le sentiment que son histoire, sa langue, son territoire et sa contribution à la civilisation nationale sont pleinement reconnus.
Le Maroc a désormais besoin d’une conception nouvelle du développement : un développement qui ne mesure pas seulement la croissance du PIB, mais la capacité de chaque territoire à offrir dignité, mobilité sociale, éducation, santé, emploi, connectivité et participation citoyenne.
Le gouvernement issu des élections du 23 septembre aura ainsi une responsabilité historique. Il devra transformer la régionalisation avancée en réalité, rapprocher l’administration du citoyen, renforcer les collectivités territoriales, investir dans les périphéries, valoriser le monde amazigh, développer les économies locales et placer les jeunes et les femmes au centre de la transformation. Le prochain gouvernement ne devrait pas être conçu comme le simple gouvernement du Mondial 2030, mais comme un gouvernement capable de répondre durablement aux défis sociaux, économiques et territoriaux du Maroc.
La véritable réussite de ces élections ne sera donc pas simplement la formation d’une majorité parlementaire stable. Elle sera la capacité de cette majorité à construire un État plus efficace et un Maroc plus équilibré.
Le Maroc de demain ne pourra être durablement prospère si sa prospérité demeure concentrée dans quelques centres. Il ne pourra être véritablement inclusif si ses périphéries restent des territoires de départ. Et il ne pourra pleinement réaliser la promesse de la régionalisation avancée que lorsque le citoyen de la montagne, du Rif, du Souss, de l’Atlas, de l’Oriental ou de l’oasis aura le sentiment que le développement national est aussi son propre développement.
La question fondamentale des élections du 23 septembre pourrait ainsi se résumer en une formule : non pas seulement quel gouvernement pour le Maroc, mais quel Maroc pour tous ses territoires ?
Bibliographie
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