Des archéologues marocains en collaboration avec des chercheurs anglais et italiens, mettent au jour au Maroc, les plus anciens ouvrages défensifs de grande envergure d’époque préhistorique, connus en Afrique en dehors de la vallée du Nil
De nouvelles fouilles archéologiques à Oued Beht (Province de Khémisset), révèlent un système de fossé et de rempart construit il y a 3 500 à 4 000 ans, renforcé plus tard par un mur de pierre à l’époque médiévale — une découverte qui redessine l’histoire ancienne du Maghreb
Rabat / Rome / Cambridge — Une équipe internationale d’archéologues, dirigée par l’archéologue marocain Youssef Bokbot, travaillant sur le site préhistorique d’Oued Beht (Province de Khémisst), dans le nord-ouest du Maroc, a mis au jour les plus anciens ouvrages défensifs de grande envergure jamais découverts en Afrique du Nord, et au Sahara – Sahel, en dehors de la vallée du Nil, construits il y a plus de 3 500 ans. La découverte est annoncée conjointement par l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine (INSAP – Maroc), l’Université de Cambridge (Royaume Uni) et le Consiglio Nazionale delle Ricerche (CNR) d’Italie, ajoutant un nouveau chapitre spectaculaire à l’histoire d’un site déjà reconnu comme l’un des établissements préhistoriques les plus importants de Méditerranée occidentale.
Ces résultats, issus de la troisième campagne de fouilles (2023) de l’Oued Beht Archaeological Project (OBAP), sont publiés dans la revue Libyan Studies, éditée par Cambridge University Press.
Situé sur une crête dominant un cours d’eau pérenne dans la province de Khémisset, le site d’Oued Beht avait déjà suscité l’attention internationale en 2022, lorsque l’OBAP avait mis au jour un vaste foyer d’occupation couvrant neuf à dix hectares, daté du milieu-fin du quatrième millénaire et du tout début du troisième millénaire avant notre ère. Cette communauté du Néolithique final cultivait l’orge, le blé et les légumineuses, élevait du bétail et produisait des haches en pierre polie ainsi qu’une céramique finement décorée, à une échelle sans équivalent ailleurs dans la région à cette époque. Selon les chercheurs, ce dynamisme témoigne d’une société connectée, par-delà la mer, aux communautés contemporaines du sud de la péninsule Ibérique.
La campagne de 2023 avait pour objectif de résoudre une énigme vieille de près d’un siècle. Depuis les années 1930, lorsque l’archéologue français Armand Ruhlmann explora pour la première fois la crête, d’imposants murs de pierre situés à son extrémité sud avaient été provisoirement identifiés comme un éperon barré — un promontoire isolé et défendu par un rempart artificiel — mais leur datation et leur nature véritable n’avaient jamais été établies. Le Professur Youssef Bokbot avait initiallement étudié les haches polies en pierre extraite de ce site, dans le cadre de sa thèse de Doctorat (1986-1991), avait sugéré d’attribuer cette fortification préhistorique aux âges des métaux, sans toutefois trancher avec cerititude s’il s’agisse d’âge du cuivre ou de bronze. Dix-sept nouvelles datations au radiocarbone, combinées à une fouille détaillée d’une partie de l’imposante structure que l’équipe désigne sous le nom de « Mur B1 », ont désormais permis de clarifier la séquence et la chronologie de sa construction, à travers ses différentes phases.
Sous la maçonnerie visible, les fouilleurs ont mis au jour les vestiges d’une phase de construction antérieure, édifiée en partie en terre et en torchis, datée par radiocarbone du début du deuxième millénaire avant notre ère. Un fossé de dimensions importantes lui est associé, de même que les premières phases d’un rempart de terre, creusés et édifiés durant le début et le milieu du deuxième millénaire avant notre ère — il y a environ 3 500 à 4 000 ans — ce qui en fait la plus ancienne phase confirmée de construction d’ouvrages déffensifs en terre à grande échelle jamais identifiée en Afrique en dehors de la vallée du Nil, en Égypte. L’imposant mur de pierre qui se dresse encore aujourd’hui sur la crête a été édifié par-dessus cet ouvrage de terre plus ancien à l’époque médiévale, lorsque l’ensemble du complexe fut largement reconstruit et renforcé entre le XIe et le XIIIe siècle de notre ère. Ensemble, le fossé, le rempart et le mur ferment l’extrémité sud, aisément défendable, de la crête, entre la rivière et un ravin latéral.
« Pendant près d’un siècle, cette crête a gardé son secret à la vue de tous, mais cela change la donne », « Les datations au radiocarbone ne laissent planer aucun doute : les communautés du nord-ouest du Maghreb organisaient de grands projets collectifs de construction de fotifications en terre, à une échelle que nous n’avions tout simplement jamais pu documenter jusqu’à présent. Il ne s’agit pas d’une note de bas de page dans la préhistoire récente méditerranéenne, mais bien d’un chapitre dont nous soupçonnions depuis toujours l’existence, et que nous commençons seulement à découvrir. », ont déclaré les directeurs marocains, anglais et italiens du projet Oued Beht. Le Professur Youssef Bokbot, Directeur du projet, et son initiateur depuis 2005, savait pertinnament l’importance exceptionnelle de ce village préhistorique: “Pour moi, c’était juste une question de temps, Oued Beht allait révélé ses secrêts tôt ou tard. Il ne fait aucun doute, que ce site n’a pas dégal en Afrique”, a-t’il déclaré.
L’ampleur de cet ouvrage — un fossé creusé à travers la crête et un rempart de terre élevé le long de son flanc sud — suppose à elle seule une planification organisée et un travail collectif soutenu, caractéristiques d’une société de plus en plus complexe. Que sa fonction première ait été défensive, liée au contrôle des déplacements ou à l’affirmation d’une autorité, les chercheurs estiment qu’il marque un tournant décisif dans la stratégie d’occupation du site : durant le Néolithique précédent, l’activité à Oued Beht était concentrée sur la partie nord, ouverte, de la crête ; au deuxième millénaire avant notre ère, elle s’était déplacée vers l’éperon sud, plus étroit et plus facilement défendable.
Cette chronologie est éloquente. De l’autre côté de la mer, dans le sud de la péninsule Ibérique, c’est l’époque de la culture d’El Argar, connue pour ses habitats fortifiés, sa métallurgie et l’émergence de hiérarchies sociales.
« Les données de l’Oued Beht nous montrent que le Maghreb n’a jamais été une région isolée, coupée du reste du monde méditerranéen », « Les communautés d’ici étaient prises dans les mêmes courants de contact, de compétition et de changement qui transformaient les sociétés de l’autre côté de la mer, de la péninsule Ibérique à la Méditerranée centrale, durant l’âge du Bronze. », ont déclaré les auteurs principaux de l’article.
Les fouilles ont également révélé que la crête avait suscité un regain d’intérêt plusieurs siècles plus tard, lorsque l’ouvrage de terre antérieur fut renforcé par le mur de pierre décrit ci-dessus, tandis qu’un hameau ou une exploitation agricole s’installait sur une élévation voisine, avec un cimetière jusqu’alors inconnu situé entre les deux zones. Des sondages réalisés à la lisière nord du site — à la suite du signalement par la population locale, de restes humains découverts lors de récents travaux de construction — ont confirmé la présence de sépultures, dont l’une a été datée par radiocarbone du XIIIe siècle de notre ère. Ces découvertes offrent une fenêtre archéologique rare sur les communautés rurales du Maghreb médiéval, pour lesquelles les vestiges matériels demeurent peu nombreux, et des travaux complémentaires seront toutefois nécessaires pour déterminer l’étendue complète du cimetière.
Ailleurs sur le site, un nouveau sondage ouvert dans des couches datées de la fin du IVe millénaire avant notre ère, comparables à celles fouillées en 2022, a livré des haches en pierre polie dans des dépôts préhistoriques non perturbés — les premières découvertes de ce type issues d’une fouille contrôlée et non d’une collecte de surface — ainsi que plus de 1 900 tessons de céramique sur une surface de seulement 25 mètres carrés.
Pris dans leur ensemble, les découvertes de 2023 montrent qu’Oued Beht n’est pas un site à occupation unique, mais un paysage auquel on est revenu sans cesse pendant cinq millénaires — des premiers agriculteurs aux bâtisseurs de l’âge du Bronze, jusqu’aux villageois médiévaux.
« Chaque campagne à Oued Beht ajoute une nouvelle strate à cette histoire ». « Nous commençons seulement à comprendre à quel point ce petit tronçon de crête marocaine a été central dans l’histoire profonde du Maghreb et de ses liens avec le monde méditerranéen. »
Les travaux de terrain à Oued Beht sont menés par l’Oued Beht Archaeological Project sous l’égide de l’INSAP, en partenariat avec le CNR et l’Université de Cambridge, avec le soutien d’institutions et de collègues internationaux, en étroite coopération avec le ministère marocain de la Culture et de la Jeunesse et les communautés locales.
Pour plus d’information à ce sujet, prière de contacter le Professeur Youssef Bokbot, Tél / Whattsup : 0663810058, Email : bokbotyoussef@yahoo.fr
L’étude est publiée dans la revue Libyan Studies : [DOI: https://doi.or/10.1017/lis.2026.10037].
Article publié le 07 septembre 2026, au sein de la revue anglaise “Libyan Studies”, éditée par British Institute For Libyan & Northern African Studies (BILNAS) et Cambridge Unuiversity Press.
Article intitulé: “Expanding Oued Beht: Final Neolithic, Bronze Age, medieval and later discoveries from excavatiion and survey in 2023”, publié par Giulio Lucarini, Youssef Bokbot, Toby Wilkinson et All




