Mali-Azawad: Nouvelles menaces sur la paix

Abdoulah ATTAYOUB
Abdoulah ATTAYOUB

Les derniers développements de la crise malienne sont en passe de ruiner les quelques lueurs d’espoir qui demeurent aux plus pessimistes. Les propos d’un des piliers de la junte au pouvoir au Mali, Ismaël Wagué, Ministre en charge de la réconciliation nationale de surcroît, constituent un pas de plus vers la caducité des accords d’Alger et donc un recul au point zéro de la paix et de la stabilité.

Ce Ministre aurait clairement fustigé la création du Cadre stratégique permanent (CSP) et déclaré que « celui qui soutient le CSP est pour la division du Mali ». Il aurait aussi reproché à la MINUSMA, donc à la Communauté internationale, d’avoir contribué à l’organisation de la dernière réunion du CSP à Kidal, à laquelle il a pourtant lui-même participé à la tête d’une forte délégation gouvernementale. Que s’est-il passé entre-temps ? Les autorités maliennes mesurent-elles bien les enjeux et sont-elles conscientes des risques qu’elles font courir au pays et à la sous-région en persistant dans une voie qui pourrait mener à une reprise des hostilités avec les Mouvements de l’Azawad ? Quelles assurances ont-elles reçues et auprès de qui pour s’estimer en mesure d’adopter cette nouvelle et extrême posture?.

Le jeune Colonel Wagué a peut-être été victime de son manque d’expérience et d’une insuffisance de discernement quant aux réalités politiques de son pays. Il faut juste espérer que sa semonce relève uniquement d’un calibrage politique approximatif en raison de sa difficulté à endosser les responsabilités qui vont de pair avec les fonctions et missions qui lui ont été assignées dans cette Transition. La déclaration de ce ministre vient obscurcir davantage l’horizon en confirmant l’absence de réelle volonté de l’Etat malien d’appliquer les accords ; épousant en cela la position des populistes Bamakois et autres radicaux extrémistes qui s’arrogent le droit et pensent avoir les moyens de perpétuer la domination d’une partie du pays sur l’autre.

Il est désormais clair que l’extrémisme populiste est au pouvoir à Bamako et que le risque de nouvelles tensions militaires n’est plus à exclure. Il est parfois hasardeux et dangereux de courir après ce qu’on prétend être l’opinion du peuple et qui n’est en réalité souvent que la rhétorique démagogique de quelques exaltés de la capitale ou de certains milieux mus par la passion et la haine de l’autre. Haine dévastatrice au regard de l’intérêt du pays car pouvant hypothéquer définitivement toute chance de sa refondation. En choisissant d’épouser les positions jusqu’au-boutistes, défendues jusque-là par les populistes les plus naïfs et irresponsables, la junte au pouvoir fait preuve d’amateurisme et prend le risque de précipiter le pays dans une anarchie irréversible pouvant conduire à sa dislocation définitive.

Pour donner toutes ses chances à la Transition, la junte au pouvoir à Bamako devrait œuvrer davantage à l’unité et à la préservation des quelques bribes d’espoir qui restent encore aux Maliens et à la Communauté internationale. Il revient à celle-ci de repréciser les termes de son engagement auprès des populations de la sous-région et de la réponse qu’elle entend apporter face à cette nouvelle posture des autorités de la Transition au Mali.

Une mise en garde de la part de la Médiation internationale s’impose avant qu’il ne soit trop tard. Une escalade militaire prendrait en effet une dimension jamais égalée et conduirait inéluctablement à une nouvelle redistribution des cartes. La partition du pays deviendrait alors la seule solution susceptible de mettre un terme à ce conflit.

Les manœuvres observées ces derniers temps de la part du Pouvoir et de certains leaders communautaires, consistant à tenter de contourner les Mouvements de l’Azawad en allant quérir appuis et faire-valoir dans une instrumentalisation éhontée des communautés, pourraient s’avérer contre- productives pour le pays et pour ceux qui s’y prêtent. Ces derniers, en briguant d’autres légitimités que celles des Mouvements qui leur ont pourtant permis d’émerger, affaiblissent leur camp et dénaturent leur engagement politique. Ceux parmi les Azawadiens qui se prêtent à ces manœuvres de division au sein de leurs Mouvements deviennent de fait des obstacles à l’application des accords de paix.

Abdoulahi ATTAYOUB
Consultant

Lyon 18 octobre 2021

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