
Dans le contexte du débat suscité par les accusations absurdes lancées par le soi-disant journaliste Soulaimane Raissouni contre le Mouvement Amazigh, l’accusant d’entretenir des liens avec Israël, m’est revenu à l’esprit l’article ci-dessous que j’avais écrit, dix-ans auparavant, en mai 2016 en réponse aux mêmes inepties propagées à l’époque par le dénommé Ahmed Ouihmane. Il s’agit, en réalité, d’un disque rayé que répètent sans cesse les tenants de l’idéologie panarabiste et islamiste, qui continuent à penser avec les mentalités des années 1970 et à travers des idéologies importées cherchant à imposer une tutelle sur les idées des Marocains et sur leur ouverture au monde.
Des personnes comme Raissouni, Ouihmane et leurs semblables, ont été choquées par les acquis réalisés par le Mouvement Amazigh ainsi que par l’interaction positive de l’État avec ses revendications légitimes. Ne trouvant aucun argument sérieux, ils se contentent alors de recycler des calomnies et des accusations grotesques sans la moindre preuve.
Rachid Raha : réponse aux élucubrations de l’hebdomadaire Al Ayam sur le séparatisme et la division du Maroc
L’hebdomadaire Al Ayam, dans son numéro 714 paru le 16 mai 2016, a publié une interview de M. Ahmed Ouihmane, qui se présente habituellement comme président de l’Observatoire marocain contre la normalisation des relations avec Israel. Le journal a fait la promotion de cet entretien à sa une et lui a consacré quatre pages au cours desquelles il a déversé, comme à son habitude, toutes sortes d’accusations graves visant à diaboliser le Mouvement Amazigh. Il m’a également cité personnellement comme étant « l’un des principaux partisans du séparatisme », selon ses propres termes, en évoquant le don de la bibliothèque du chercheur David Montgomery Hart à ma personne. Cela m’oblige donc à répondre.
Quiconque lira les propos de Ouihmane dans Al Ayam constatera non seulement qu’ils sont dénués de crédibilité et de fondement, mais également qu’ils prêtent au ridicule. Si nous répondons aujourd’hui, c’est pour dénoncer les manœuvres de ceux qui se cachent derrière ce genre de personnage, mais aussi pour nous interroger sur la crédibilité de certains médias à tendance raciste qui ouvrent généreusement leurs colonnes à de telles personnes afin qu’elles puissent proférer des accusations mensongères contre les Amazighs sans fournir la moindre preuve, sans même offrir un droit de réponse équivalent aux personnes visées, pourtant garanti sur les plans éthique, professionnel et juridique.
Le dénommé Ouihmane m’a qualifié de « partisan du séparatisme » sans prendre la peine d’apporter le moindre élément susceptible d’étayer ses accusations. Plus grave encore, lorsqu’il évoque une prétendue volonté amazighe de diviser le Maroc, il parle de camps d’entraînement militaire en Libye sans produire la moindre preuve de ses allégations.
Cette personne se prétend également spécialiste en anthropologie et évoque la théorie de « segmentarité » du chercheur nord-américain David Montgomery Hart [1] en lui attribuant une interprétation grotesque et erronée. Tout laisse penser que le seul mot qu’il retient de cette théorie est « segmentation », sans en comprendre le contenu. Sinon, il saurait que des chercheurs comme John Waterbury, auteur de Commander of the Faithful, ou Ernest Gellner, auteur de Saints of the Atlas, ont eux aussi travaillé sur cette théorie, et pas uniquement David Hart [2]. Contrairement à la théorie marxiste, cette approche constitue un modèle pertinent pour comprendre les sociétés tribales amazighes et islamiques, dans le prolongement de la pensée d’Ibn Khaldoun, considéré comme le fondateur de la sociologie et de l’anthropologie.
Concernant le séparatisme évoqué par Ouihmane, le monde entier sait que ceux qui l’ont nourri et provoqué sont précisément les individus de son courant: les panarabistes radicaux et les organisations islamistes dont les dirigeants sillonnent les capitales du Moyen-Orient pour prêter allégeance aux régimes baâthistes et aux mouvements islamistes.
L’Histoire témoigne que les tenants du nationalisme arabe extrémiste et de l’islamisme politique radical ont été à l’origine des coups d’État militaires menés au nom de la « révolution socialiste arabe », en Syrie, en Irak, en Égypte, en Libye et même au Maroc durant les années 1970. Ils ont également pratiqué le terrorisme dans leur quête du pouvoir, sous couvert de « nation arabe » ou d’« État islamique ».
Les islamistes et les nationalistes arabes ont provoqué, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, des centaines de milliers de morts, bien davantage que la colonisation elle-même. En Algérie, durant les années 1990, plus de trois cent mille citoyens furent assassinés, parmi lesquels de nombreux Amazighs, notamment le chanteur et militant Matoub Lounès.
Le dirigeant panarabiste Saddam Hussein a utilisé des armes chimiques contre son propre peuple et contre les Kurdes. Aujourd’hui encore, le monde est témoin des crimes du parti Baâs syrien contre son peuple, tout comme des atrocités commises par Daech en Syrie, en Irak et en Libye.
Même dans l’Azawad, cité par l’interviewé de Al Ayam, les groupes affiliés à ces courants ont commis des crimes innommables ayant conduit à une intervention militaire française. Quant à la question du Sahara, tout le monde sait que les régimes panarabistes de Mouammar Kadhafi et des généraux algériens ont joué un rôle majeur dans l’alimentation des tendances séparatistes.
Celui qui lit les élucubrations de Ouihmane comprend rapidement qu’il instrumentalise systématiquement la question israélienne afin d’accuser faussement les Amazighs de collusion avec « l’ennemi sioniste ». Ceux qui l’inspirent utilisent cette rhétorique comme un écran de fumée pour masquer leurs véritables complots contre les peuples d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
Nous, Amazighs, n’avons rien à cacher. Nous agissons dans la légalité, ouvertement, sans pratiquer la dissimulation ni attendre l’occasion de nous retourner contre les États. Nous n’avons jamais appelé à la séparation d’aucune région en Afrique du Nord. Ce en quoi je crois est clairement exprimé dans le «Manifeste de Tamazgha pour une confédération démocratique et sociale transfrontalière fondée sur le droit à l’autonomie régionale » [1], adoptée par l’Assemblée Mondiale Amazighe en 2011.
Nous soutenons une véritable régionalisation au Maroc et dans Tamazgha, et nous nous opposons à une régionalisation purement administrative et sécuritaire, incapable de répondre aux aspirations populaires en matière de démocratie, de développement et de justice sociale.
Enfin, il faut souligner que les absurdités propagées par cette personne reflètent les déclarations de Lahcen Daoudi, notamment lorsqu’ils évoquent tous deux l’assassinat politique du martyr Omar Khalek. À l’évidence, les groupes liés aux idéologies venues d’Orient ont été profondément troublés par la capacité de mobilisation du Mouvement Amazigh et par son enracinement croissant dans la société.
Les Amazighs, qui ont contribué à la résistance contre la colonisation dans toute l’Afrique du Nord, continueront à défendre la liberté, la dignité, la démocratie et les droits humains face à tous les ennemis de ces valeurs, qu’ils soient islamistes extrémistes ou nationalistes panarabistes.
Notes :
[1]- https://rachidraha.com/la-sociedad-bereber-del-rif-marroqui/
[2]- https://amadalamazigh.press.ma/fr/rencontres-avec-des-anthropologues-americains-au-maroc-i/
[3]- https://amamazigh.org/wp-content/uploads/2018/10/AMA_MANIFESTE-DE-TAMAZGHA_5-langues.pdf
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