
Introduction
La guerre du Rif (1921-1926) fut un moment charnière, quoique peu connu, de l’histoire de la guerre moderne et de la violence coloniale. Ce conflit, mené par l’Espagne et la France contre le soulèvement amazigh de Mohamed Ben Abdelkrim al-Khattabi dans la région du Rif, au nord du Maroc, marqua la première utilisation d’armes chimiques (Messari, 2014) par les puissances coloniales européennes après la Première Guerre mondiale. Dans cet essai, nous abordons certains des aspects moraux profonds de cette histoire, en explorant les manquements éthiques de l’Espagne, de la France et de l’Allemagne dans l’emploi d’armes chimiques contre des populations civiles et leur exportation. S’appuyant sur des sources originales et des travaux de recherche contemporains, ce travail analyse la déshumanisation des peuples autochtones qui a rendu possibles de telles atrocités et met en lumière les ambiguïtés juridiques auxquelles l’intérêt colonial pour des matières premières a dû faire appel pour se justifier.
La seconde moitié du XXe siècle a vu se succéder plus d’une douzaine de crises humanitaires, conséquences à long terme des politiques coloniales ; elle reflète également la lutte des successeurs pour une reconnaissance historique et une justice transitionnelle, notions perçues très différemment par les peuples autochtones et les anciennes puissances coloniales européennes. L’article démontre comment la guerre du Rif illustre la convergence du racisme colonial, de la guerre technologique et du vide moral qui a caractérisé l’impérialisme européen au XXe siècle.
La région montagneuse du Rif, au nord du Maroc, fut le théâtre de l’un des événements les plus répugnants moralement de l’histoire coloniale contemporaine, lorsqu’elle devint un champ de bataille entre 1921 et 1926. La guerre du Rif, qui opposa les puissances coloniales espagnoles et françaises à l’indépendance amazighe menée par Mohammed Ben Abdelkrim al-Khattabi, fut notamment caractérisée par l’utilisation massive d’armes chimiques (Messari, 2014) contre des cibles militaires et civiles (Balfour, 2002 ; Kunz & Müller, 1990). Tombée dans l’oubli en Europe, cette guerre constitua un tournant dans l’évolution militaire du milieu du XXe siècle et instaura des schémas inquiétants pour la guerre utilisant des armes de masse contre les peuples soumis.
La portée éthique de la guerre du Rif dépasse largement son contexte temporel immédiat. L’Espagne, la France et l’Allemagne, cette dernière en violation du traité de Versailles qui leur interdisait de produire de telles armes (Balfour, 2002 : 132), a fourni des armes chimiques à l’Espagne pour en faire usage contre la population marocaine, dans le cadre de ce que Sebastian Balfour a décrit comme une « histoire secrète de la guerre chimique ». L’armée espagnole a commencé à utiliser sans discernement du chlore, du diphosgène, de la chloropicrine et du gaz moutarde contre les populations civiles, les marchés et les sources d’eau potable dès 1921. Des opérations à grande échelle ont débuté en 1924 (Madariaga & Lázaro Ávila, 2003). Les Français, d’abord réticents, ont également utilisé des gaz à partir de 1925, notamment des composés chimiques piégés tels que des obus à la chloropicrine et des charges explosives, et ce depuis 1918 (Courcelle-Labrousse et Marmié, 2008).
Cet essai analyse l’éthique de la guerre chimique pendant la guerre du Rif à travers diverses approches analytiques. Ce texte examine le contexte de la guerre du Rif, notamment les principes de déshumanisation et de manipulation coloniales visant à justifier de tels crimes ; les zones d’ombre du droit international ; les implications humanitaires immédiates et à long terme ; ainsi que les considérations contemporaines relatives à la justice transitionnelle et à la reconnaissance de l’histoire. L’analyse de cette « guerre oubliée » nous amène à aborder des questions essentielles concernant l’éthique de la violence coloniale, la culpabilité des États pour les crimes historiques et l’héritage persistant de la guerre chimique dans les communautés qui en ont été victimes.
La lutte pour la décolonisation de Mohamed AbdelKrim al-Khattabi
Pour apprécier la portée morale de l’utilisation d’armes chimiques (Messari, 2014) durant la guerre du Rif, il est nécessaire de comprendre d’abord (a) les aspirations légitimes du mouvement de décolonisation amazighe et (b) le remarquable succès d’Abdelkrim dans la construction de l’État. Mohamed Ben Abdelkrim al-Khattabi (1882-1963) est devenu l’une des figures les plus marquantes de la lutte anticoloniale. Les chefs du XXe siècle, unifiant les tribus rifaines divisées dans leur opposition à l’impérialisme espagnol et français (Pennell, 1986 & Woolman, 1968), ont démontré leurs talents militaires lors de la bataille d’Anoual (Chtatou, 2024, 21 et 23 juillet), qui eut lieu le 22 juillet 1921. Les combattants rifains infligèrent une lourde défaite aux soldats espagnols du général Manuel Fernández Silvestre, tuant entre 8 000 et 10 000 hommes et s’emparant d’une quantité considérable d’armement moderne (Madariaga, 2009).
Après ce succès, Abdelkrim proclama l’indépendance de la République du Rif le 18 septembre 1921, l’une des premières républiques populaires modernes et autochtones du monde colonisé. Cette république confédérale disposait également d’un État moderne, avec un cabinet, des ministères et un engagement fort en faveur de l’éducation et des infrastructures (Pennell, 1986). L’expérience d’Abdelkrim en matière de construction étatique attira l’attention du monde entier et inspira les mouvements anticoloniaux en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Ses tactiques de guérilla inspireront plus tard des leaders révolutionnaires tels que Hô Chi Minh, Mao Zedong et Che Guevara (Sasse, 2006).
La République du Rif représentait bien plus qu’une simple menace militaire pour les puissances coloniales européennes ; elle incarnait une vision d’avenir qui remettait en question l’existence même de l’ordre colonial en Afrique du Nord. Abdelkrim exigeait non seulement l’autonomie dans un contexte colonial, mais aussi la pleine indépendance et la levée du protectorat franco-espagnol (Madariaga 2009). Cette menace existentielle pour le pouvoir colonial explique en partie la répression extrême menée par les puissances coloniales pour écraser le mouvement rifain.
La déshumanisation comme justification morale : racisme colonial et guerre chimique
L’utilisation d’armes chimiques contre la population rifaine était justifiée (Messari, 2014) par une campagne de déshumanisation des Berbères marocains, campagne qui s’inscrivait dans le discours colonial espagnol et français Une lettre secrète d’un général espagnol au roi Alphonse XIII décrivait les Rifains comme « totalement impénitents et incivilisés… Ils considèrent comme un blasphème le recours à toute forme d’aide à la survie, qu’ils décrépitent », les qualifiant de « cent mille sauvages » qui « méprisent tous les bienfaits de la civilisation. Ils sont insensibles à la bonté et ne craignent que la vengeance » (cité dans Balfour 2002 : 99). Le roi d’Espagne lui-même aurait qualifié les Rifains de « bêtes féroces » (Balfour, 2002).
Dans son télégramme du 12 août 1921 au ministre espagnol de la Guerre, le Haut-Commissaire Dámaso Berenguer illustre avec une concision saisissante la dépravation morale sur laquelle reposent les armes chimiques : « J’ai obstinément résisté à l’emploi de gaz asphyxiants contre ces peuples indigènes, mais après leurs actes, leur conduite perfide et trompeuse, je me dois de les utiliser avec une joie véritable » (cité dans Balfour 2002 : 87). Ce sentiment extraordinaire témoigne de la faillite morale absolue que le racisme colonial a permise. L’emploi de l’expression « joie véritable » est particulièrement glaçant : il ne s’agit pas simplement d’un calcul stratégique, mais d’un plaisir sadique apparent à faire souffrir des millions de personnes.
La déshumanisation exprimée dans ces propos reflète des rapports plus généraux du discours colonial qui réduisait les colonisés à des êtres ontologiquement inférieurs, exclus de la communauté morale des personnes dotées de capacités éthiques dignes. Comme l’a documenté María Rosa de Madariaga, la propagande coloniale espagnole a diabolisé les Rifains, les présentant comme primitifs, perfides et incapables de se gouverner (Madariaga, 2005). Derrière cette idéologie raciste se cachait plusieurs motivations : elle justifiait la domination coloniale comme une « mission civilisatrice » et alimentait la répression violente de la résistance. Cette vision déshumanisante a créé une distance psychologique qui a permis l’usage d’armes brutales, bafouant les normes internationales émergentes (Balfour, 2002).
Les conséquences éthiques de cette déshumanisation ne se limitent pas au contexte particulier de la guerre du Rif. Le fait que les autorités espagnoles et françaises aient été prêtes à utiliser des gaz lacrymogènes contre des civils marocains, alors que cela constituait une ligne rouge même dans les conflits européens de faible intensité, met en lumière un fondamental deux poids, deux mesures dans l’application des normes morales. Les armes chimiques avaient été « justement condamnées par l’opinion générale du monde civilisé » après les horreurs de la Première Guerre mondiale (Protocole de Genève, 1925). Pourtant, cette condamnation ne semblait s’appliquer qu’aux populations « civilisées », c’est-à-dire aux Européens blancs. Cette dissociation raciste des interdits moraux constitue ainsi l’une des plus profondes perversions éthiques de l’impérialisme européen.
Le lien allemand : Hugo Stoltzenberg et le trafic d’armes
L’implication de l’Allemagne dans la campagne d’armes chimiques espagnole a ajouté une nouvelle dimension aux questions morales soulevées. Si l’Allemagne était interdite de produire des armes chimiques depuis longtemps par le traité de Versailles (1919), le chimiste Hugo Stoltzenberg en fit le principal fournisseur de l’Espagne (Kunz & Müller, 1990). Le 20 août 1921, à peine plus d’une semaine après le télégramme de Bérenger exprimant son souhait de disposer de gaz « en très petite quantité », l’Espagne adressa à l’Allemagne une demande officielle, accompagnée d’une demande de gaz moutarde, par l’intermédiaire de la société de Stoltzenberg (Balfour, 2002).
Collaborateur proche du « père de la guerre chimique », Fritz Haber, Hugo Stoltzenberg (1883-1967) avait participé au programme allemand de gaz pendant la Première Guerre mondiale (Müller, 1987). Après la capitulation allemande, Stoltzenberg fut officiellement chargé de la destruction des stocks d’armes chimiques allemands entreposés à Munster-Breloh. Cependant, avec sa société Kampfstoffverwertung, il s’efforça également de maintenir ces stocks et de mettre en place une usine clandestine de production d’armes chimiques à Dornhagen (Kunz & Müller, 1990). Les Allemands envoyèrent leurs premières armes chimiques en Espagne en 1923, et ces livraisons se poursuivirent tout au long de la guerre du Rif (Balfour, 2002).
L’implication de Stoltzenberg ne se limitait pas à la fourniture d’armes. En 1923, il joua un rôle clé en tant que conseiller technique dans la création, près de Madrid, de la Fábrica Nacional de Productos Químicos, qui devint le principal site de production d’armes chimiques utilisées au Maroc (Sasse, 2006). Stoltzenberg fut par la suite récompensé par la nationalité espagnole pour son rôle d’agent de l’oppression coloniale, tout en conservant son statut d’homme d’affaires allemand (Balfour, 2002 : 132). Ce système permit à l’Allemagne de contourner les contraintes du traité de Versailles et de tirer profit du commerce colonial des gaz toxiques.
La complicité allemande mérite une attention particulière sur le plan moral. L’Allemagne elle-même, forte de sa propre expérience tragique de la guerre chimique sur le front occidental et soumise à une interdiction formelle d’acquérir de telles armes, facilita pourtant la croisade chimique menée par l’Espagne contre les civils marocains. Il s’agissait clairement d’un rejet du régime de désarmement d’après-guerre et d’un choix de subordonner les considérations morales aux incitations économiques et aux calculs géopolitiques. L’Allemagne souhaitait conserver son savoir-faire technique et son influence économique (et nouer des alliances avec de potentiels alliés, quel qu’en soit le prix, y compris des pertes marocaines) (Kunz & Müller, 1990).
La France fut également entraînée dans le soutien aux efforts de l’Espagne en matière de guerre chimique. Elle apporta son soutien aux services de renseignement espagnols en leur fournissant du gaz lacrymogène et d’autres agents chimiques avant son intervention militaire en 1925 (Balfour, 2002). Cette collaboration illustre la solidarité des puissances coloniales européennes, malgré une concurrence ponctuelle, lorsqu’il s’agissait d’écraser les mouvements de résistance indigènes par tous les moyens.
Nature et ampleur de l’utilisation des armes chimiques
L’attaque chimique contre la population du Rif fut aveugle, méthodique et délibérément dirigée contre des cibles civiles. Les forces espagnoles utilisèrent une combinaison d’agents chimiques, notamment le phosgène, le diphosgène, la chloropicrine et le gaz moutarde (ypérite) (Madariaga & Lázaro Ávila, 2003). Bien que les armes chimiques aient été utilisées pour la première fois en novembre 1921, avec des attaques au phosgène aux abords de Tanger, l’offensive s’intensifia considérablement en 1924 avec le début des bombardements aériens au gaz moutarde (Balfour, 2002).
Selon le général de l’aviation Ignacio Hidalgo de Cisneros, dans son autobiographie Cambio de Rumbo, il fut le premier à utiliser une bombe de 100 kilogrammes de gaz moutarde lors d’un bombardement aérien, dès l’été 1924 (cité dans Balfour, 2002). Ce n’était là qu’un des premiers usages de l’arme chimique aérienne, un sombre prélude aux guerres à venir. Le service aérien a permis des opérations espagnoles en profondeur en territoire rifain et a offert la possibilité d’attaquer des populations qui auraient pu être à l’abri des attaques terrestres.
Les tactiques de l’armée espagnole ont ordonné le génocide des civils et la destruction des infrastructures. Les marchés, les agglomérations, les champs cultivés et les points d’eau étaient des cibles privilégiées (Balfour, 2002). La pollution des rivières et des cours d’eau poursuivait un double objectif : tuer le plus grand nombre de civils possible à court terme, puis compromettre durablement la production alimentaire et les ressources en eau potable. Il s’agissait moins de vaincre les armées rifaines que de rendre le pays inhabitable et d’anéantir toute résistance.
L’utilisation d’armes chimiques par les Français (Messari, 2014), bien que plus limitée, s’apparentait au modèle britannique. Des journalistes américains ont révélé l’emploi par les Français de chloropicrine pour stopper une percée rifaine au nord de Fès en avril-mai 1925 (Courcelle-Labrousse & Marmié, 2008). Le Haut-Commissaire français Lyautey demanda à sept reprises, entre mai et juin 1925, des obus au gaz moutarde et des bombes aériennes, mais certaines de ces demandes furent finalement retirées par Paris (Courcelle-Labrousse & Marmié, 2008 : 177). Cependant, des documents attestent que la France utilisa des armes chimiques provenant de stocks installés au Maroc dès la fin de 1918 (Daudin, 2023).
Les forces franco-espagnoles conjointes se déployèrent et lancèrent une attaque massive, aboutissant au débarquement à Alhoceima le 8 septembre 1925. Le convoi arriva à Cadix le 21 juillet, lors de ce qui est considéré comme le premier débarquement amphibie avec chars et avions, appuyé par quelque 18 000 soldats espagnols et un nombre équivalent de soldats français ; les effectifs totaux atteindront finalement plus de 120 000 hommes, auxquels s’ajouteront des formations auxiliaires totalisant un demi-million d’hommes (Daudin, 2023). Elle fut approuvée par le dictateur espagnol Miguel Primo de Rivera et le maréchal français Philippe Pétain, ceux-là mêmes qui permirent plus tard à l’Allemagne nazie d’opérer en France de Vichy (Schiaon, 2016).
Opacité du cadre juridique et exploitation du droit international
La guerre chimique au Maroc se déroula à un moment crucial de l’évolution du droit international humanitaire. La Déclaration de La Haye de 1899 interdisait l’emploi de projectiles transportant des gaz toxiques, et le traité de Versailles (1919) interdisait explicitement à l’Allemagne de conserver les armes chimiques qu’elle possédait déjà (Spiers, 1986). Cependant, une interdiction internationale totale de l’utilisation des armes chimiques (Messari, 2014) n’a vu le jour qu’avec la signature du Protocole de Genève le 17 juin 1925.
Le Protocole de Genève pour l’interdiction de l’emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou autres, et de méthodes bactériologiques de guerre constituait la réponse unie de l’humanité aux atrocités commises pendant la Première Guerre mondiale par les belligérants, notamment l’utilisation d’armes chimiques. L’emploi à la guerre de « gaz asphyxiants, toxiques ou autres, et de tous liquides, matières ou dispositifs analogues » était interdit par le protocole (Protocole de Genève, 1925). L’Espagne a signé le protocole en août 1926 et la France en mai 1921, quelques semaines seulement avant la capitulation d’Abdelkrim (Daudin, 2023). Néanmoins, les puissances coloniales ont exploité une lacune cruciale du droit international : le Protocole de Genève ne s’appliquait qu’aux conflits armés internationaux entre États et non aux conflits entre États et acteurs non étatiques, ni aux conflits coloniaux internes survenant sur le territoire reconnu d’un État (Blake et Mahmud, 2016). L’Espagne et la France ont toutes deux soutenu que leur statut de protectorat au Maroc, conjugué à la non-reconnaissance de la République du Rif par les autres pays, les amenait à mener des guerres internes, hors du champ d’application des conventions internationales d’assistance. Cette manipulation juridique a permis l’utilisation d’armes chimiques contre les populations colonisées, alors même que leur usage était interdit dans les conflits entre nations « civilisées ».
La portée éthique de cette manœuvre juridique est considérable (Soto, 2004). Le droit international a été conçu pour protéger les populations européennes et maintenir les peuples colonisés exposés aux formes de violence les plus extrêmes. Comme le souligne Jean Pascal Zanders, les négociations ayant abouti au Protocole de Genève ont illustré comment le droit international humanitaire a été construit en grande partie dans une perspective de guerre européenne et n’offrait pas ces protections aux populations sous domination coloniale (Zanders 2021). Cette application sélective des interdictions juridiques reflétait une hiérarchie de l’humanité qui divisait déjà les êtres humains entre ceux qui méritaient protection et ceux qui pouvaient être tués sans restriction.
De plus, l’utilisation d’armes chimiques (Messari, 2014), tant avant qu’après la signature du Protocole de Genève, démontre que les vides juridiques ont été exploités de manière cynique. L’Espagne a initié l’utilisation organisée de la guerre chimique en 1924, un an avant la signature du Protocole, et l’a employée jusqu’en 1927. Ceci montre que le respect formel des traités internationaux avait peu de valeur dès lors que des intérêts coloniaux étaient en jeu. L’absence de mention des conflits coloniaux dans le Protocole a créé une faille juridique exploitée, non seulement par la France au Maroc, mais aussi lors de futures guerres coloniales, comme l’utilisation de gaz moutarde par l’Italie en Abyssinie (1935-1936) et l’emploi d’obus chimiques par le Japon en Chine (1937-1945) (Schmidt, 2015). Conséquences humanitaires immédiates et à long terme
Conséquences humanitaires immédiates et à long terme
Le coût humain direct des armes chimiques pendant la guerre du Rif a été dévastateur (Soto, 2004), et il reste difficile d’établir des chiffres précis en raison de la désinformation officielle intentionnelle. Le gaz moutarde provoque de violentes ampoules sur la peau, les yeux et le système respiratoire, pouvant entraîner la cécité, des lésions permanentes des organes respiratoires et une mort lente et douloureuse (SIPRI, 1971). Contrairement aux armes conventionnelles, les agents chimiques ne font pas de distinction entre soldats et civils, et l’impact collectif sur les populations piégées dans les marchés et les villages est d’une horreur insoutenable.
Les témoignages de pilotes militaires ayant vécu ces raids permettent de mieux comprendre la terreur qui régnait sur le terrain. Certains de ces gazages sont décrits dans l’autobiographie de Pedro Tonda Bueno, La vida y yo (La vie et moi) (1974), qui relate également les empoisonnements causés par des produits chimiques spéciaux largués par avion sur les terres agricoles du Rif (Balfour, 2002). Des crises de longue durée, telles que des problèmes de santé et de sécurité alimentaire, ont également été engendrées par la contamination des sols et des ressources en eau liée au conflit.
La conséquence la plus alarmante de la guerre du Rif est sans doute la crise sanitaire endémique qui sévit dans cette région. La moitié des cas de cancer au Maroc se trouvent dans le Rif, une région qualifiée de zone à forte incidence (Charqi, 2014). Le président de l’Association des Victimes des Gaz Toxiques (ATGV) du Rif a déclaré : « Des études montrent de fortes indications que les cancers sont dus aux gaz utilisés contre la résistance dans le nord » (cité dans Balfour, 2002). Bien qu’aucun lien direct entre l’utilisation d’armes chimiques (Messari, 2014) et les taux élevés de cancer n’ait été prouvé par des études scientifiques indépendantes, les inégalités de santé criantes qui persistent dans le Rif exigent des enquêtes sur l’impact intergénérationnel de la guerre chimique. Il est difficile de surestimer le poids moral de ces effets à long terme sur la santé. Si cela s’avère exact, les taux élevés de cancer ne seraient qu’une forme de violence persistante – un héritage de la guerre chimique coloniale qui continue de tuer et de nuire aux populations rifaines un siècle après la guerre. Ce traumatisme intergénérationnel constitue ce que Rob Nixon appelle la « violence lente », une violence qui se déroule graduellement et, pour la plupart, à l’abri des regards, rendant difficile l’identification des responsables, mais non moins nécessaire pour autant (Nixon, 2011). Le fait que les survivants et les descendants de ceux qui ont vécu ces premières attaques chimiques puissent aujourd’hui mourir de cancers liés à cette exposition cumulée ne fait qu’aggraver le préjudice moral, qui doit être reconnu et réparé.
La pollution est un autre aspect des coûts à long terme. Le MG est un agent chimique persistant qui reste toxique pendant longtemps, notamment dans les sols et les eaux souterraines. La pollution pharmacologique des terres agricoles et des sources d’eau a probablement engendré un déficit environnemental durable qui continue de nuire à la santé et au bien-être de la population rifaine. Cet aspect environnemental de la guerre chimique introduit l’écocide dans le chapitre des violations éthiques qui ont caractérisé la guerre du Rif.
Mémoire, histoire et tyrannie du passé
La guerre du Rif est encore aujourd’hui ce que Daudin (2023) a judicieusement qualifié de « guerre oubliée », à la croisée du discours historique européen et, dans une certaine mesure, des récits nationaux marocains. Cette amnésie du passé n’est pas le fruit du hasard ; elle résulte d’un ensemble bien défini d’histoires que nous choisissons de retenir et d’oublier. La campagne d’armes chimiques a été classée secret d’État en Espagne pendant des décennies. Rudibert Kunz et Rolf-Dieter Müller ont été les premiers à établir une histoire complète du programme d’armes chimiques, à partir d’archives du XIXe siècle (Kunz & Müller, 1990).
Des campagnes pour la reconnaissance historique et la justice ont été lancées par des mouvements de la société civile au Maroc et en Espagne. Des manifestations ont été organisées par la « Plataforma contra el Complejo Militar de la Marañosa » pour exiger la fermeture du complexe militaire de La Marañosa (qui demeure opérationnel en tant qu’établissement de recherche militaire) et la reconnaissance des crimes historiques commis par le programme d’armes chimiques espagnol (Raha, 2023). Au Maroc, l’Assemblée mondiale amazighe (AMA) a demandé à l’Espagne, en février 2018, des excuses officielles concernant les armes chimiques et le versement de réparations (Daudin, 2023). L’Espagne n’a présenté aucune excuse et n’a versé aucune réparation (Raha R., 2026).
En 2018, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Josep Borrell, a évoqué l’idée de mesures visant à « panser les plaies » de la guerre du Rif et de la bataille d’Anoual (Chtatou, 2024, 21 et 23 juillet & Morocco World News, 2018). Cependant, une déclaration de M. Borrell s’est concentrée sur les souffrances espagnoles durant le conflit, notamment lors de la bataille d’Anoual, où des milliers de soldats espagnols ont trouvé la mort. Les stéréotypes véhiculés – la victimisation espagnole et la négation des souffrances marocaines causées par les attaques aux armes chimiques – illustrent les nombreux obstacles à une véritable reconnaissance de la vérité historique. Une transition réfléchie vers la justice implique non seulement de reconnaître que des atrocités ont été commises, mais aussi d’assumer la responsabilité morale de ces actes et de leurs conséquences.
Les demandes de réparation ont pris plusieurs orientations concrètes, comme la construction d’hôpitaux spécialisés en oncologie dans la région afin de tenir compte des taux d’incidence du cancer plus élevés. La création d’équipes hispano-marocaines chargées d’enquêter sur le lien entre ces agents chimiques et les maladies actuelles ; la reconnaissance morale de la responsabilité historique de l’Espagne, de la France et de l’Allemagne ; le recensement et l’indemnisation des victimes ; et des actions en justice devant les tribunaux espagnol et français contre les responsables de la vente illégale de ces produits (Charqi, cité dans Raha, 2023).
L’importance de la guerre du Rif (Chtatou, 2024, 21 et 23 juillet) dépasse le simple exercice de responsabilité historique et alimente les débats actuels sur les armes de destruction massive, l’héritage colonial et le droit international humanitaire. Cette guerre a créé des précédents dangereux, reproduits dans d’autres contextes coloniaux au fil des ans. L’utilisation du gaz moutarde par l’Italie en Éthiopie (1935-1936), le recours par le Japon à des agents de guerre chimiques et biologiques pendant la guerre sino-japonaise (1937-1945) – ainsi que l’utilisation ultérieure d’armes chimiques dans des conflits asymétriques – ont tous suivi l’exemple du Rif (Schmidt, 2015). La propension des pays dits « civilisés » à utiliser des armes interdites contre les peuples colonisés a mis en lumière l’application sélective et contingente des normes humanitaires et la persistance des hiérarchies raciales qui sous-tendent le droit international.
Par ailleurs, la guerre du Rif (Chtatou, 2024, 21 et 23 juillet) éclaire les débats actuels sur la pertinence du droit international humanitaire pour les conflits armés non internationaux et les guerres asymétriques. On constate que la distinction juridique entre conflits internationaux et internes – sur laquelle se fondaient les puissances coloniales pour recourir à la guerre chimique en violation de l’accord – se perpétue dans le droit international contemporain et, de ce fait, offre une porte dérobée potentielle pour la violence d’État contre les forces rebelles ou d’autres groupes marginalisés. Cette évolution vers l’universalisation des normes humanitaires est loin d’être aboutie, et bien qu’il puisse exister des raisons juridiques justifiant de clore ce chapitre, la guerre du Rif nous enseigne comment les ambiguïtés juridiques peuvent favoriser les atrocités.
Analyse comparative : La guerre du Rif, un défi à la guerre chimique coloniale
La guerre du Rif (Chtatou, 2024, 21 et 23 juillet) doit être replacée dans le contexte plus large de la guerre chimique coloniale des années 1920 et 1930. Bien que le Protocole de Genève interdise officiellement l’emploi d’armes chimiques, les puissances coloniales ont interprété cette interdiction comme ne s’appliquant qu’aux guerres contre d’autres États « civilisés ». Ce double standard moral et juridique a ainsi instauré une situation qui permet encore aujourd’hui l’utilisation d’armes chimiques contre les populations colonisées sur plusieurs continents.
Les Britanniques ont eu recours à la guerre chimique en Irak au début des années 1920 et Winston Churchill aurait même préconisé l’emploi de gaz contre les « tribus non civilisées » (Schmidt, 2015). L’Italie a largement utilisé le gaz moutarde lors de son invasion de l’Éthiopie (1935-1936), larguant des bombes chimiques sur des cibles militaires, civiles et peut-être même des hôpitaux (SIPRI, 1971). Le Japon a mené des recherches à grande échelle sur les armes chimiques et biologiques des années 1930 à la Seconde Guerre mondiale, ce qui a conduit à leur utilisation en Chine, causant la mort de centaines de milliers de civils (Harris, 2002). Ces derniers cas présentent des similitudes frappantes avec ce qui s’est passé lors de la guerre du Rif (Chtatou, 2024, 21 et 23 juillet): la déshumanisation des peuples colonisés, l’exploitation des zones grises juridiques, les attaques contre les civils et l’effacement de la mémoire.
Ce qui distingue la guerre du Rif, c’est sa date – premier usage organisé d’armes chimiques après la Première Guerre mondiale – et la rapidité et l’efficacité avec lesquelles de nombreuses puissances européennes ont collaboré pour mener une attaque chimique. Technologie et expertise allemandes, fourniture d’agents chimiques et de renseignements par la France, et pilotage des bombardements aériens par l’Espagne : une telle complicité dans la violence coloniale à travers l’Europe est une preuve suffisante. Il s’agissait d’une collaboration internationale, par-delà les frontières nationales, démontrant que, malgré la concurrence européenne, les puissances coloniales étaient finalement unies idéologiquement lorsqu’il s’agissait d’anéantir les populations autochtones du monde entier par tous les moyens nécessaires.
Cadres moraux pour juger l’utilisation des armes chimiques
La guerre chimique du Rif est condamnée par un cadre éthique multiple et novateur. D’un point de vue déontologique, l’emploi d’armes causant des souffrances inutiles ne satisfait pas aux obligations morales fondamentales. Les armes chimiques infligent des souffrances particulièrement atroces – cécité, suffocation, brûlures cutanées, mort atroce – qui dépassent largement ce qui peut être considéré comme militairement nécessaire. L’interdiction pure et simple des armes chimiques qui a suivi la Première Guerre mondiale reconnaissait que certaines méthodes de guerre sont si répugnantes qu’elles sont inacceptables, indépendamment de tout argument stratégique.
Une analyse tant punitive qu’utilitariste condamnerait la campagne d’armes chimiques du Rif. La caractéristique de classe fondamentale des armes chimiques, à savoir qu’elles ne font aucune distinction entre belligérants et non-belligérants, a rendu leur emploi « indiscriminé » et a automatiquement entraîné des pertes humaines et des souffrances considérables chez les civils. Les conséquences sanitaires et environnementales durables, bien qu’encore inconnues – y compris la possibilité de dommages intergénérationnels sous forme d’augmentation des taux de cancer – renforcent encore davantage le recours aux armes chimiques, selon une approche utilitariste. Même si l’on admettait que la répression de la résistance rifaine puisse se justifier par des considérations utilitaristes (une prémisse qui, de toute façon, ne saurait être retenue), les moyens de répression eux-mêmes étaient disproportionnés et engendraient des externalités bien supérieures aux bénéfices escomptés.
L’éthique de la vertu s’intéresse au caractère et à la nature des individus et des communautés que nous formons, tels qu’ils se reflètent dans nos actions. La guerre du Rif (Chtatou, 2024, 21 et 23 juillet) révèle une profonde décadence morale au sein des institutions coloniales. Chaque fois que des individus comme Bérenger expriment une « joie véritable » à l’idée de pouvoir utiliser davantage de gaz contre les populations autochtones, quelque chose meurt, et pas seulement son âme : c’est une forme de moralisation par le colonialisme. Commandants militaires, alliés scientifiques comme Stoltzenberg, dirigeants politiques et simples soldats ont tous participé à des actions qui auraient été qualifiées de monstrueuses si elles avaient été perpétrées contre des populations occidentales. Cette compartimentation morale – la capacité de ressentir et de maintenir une conception civilisée de soi-même tout en commettant des actes odieux contre d’autres personnes marquées comme racialisées – est une sorte de schizophrénie morale que le colonialisme a à la fois exigée et produite.
Du point de vue de la guerre juste, la campagne de guerre chimique a violé plusieurs principes. Le principe de distinction, fondé sur l’identification des combattants et des non-combattants, a été délibérément bafoué par le ciblage des marchés, des populations civiles et des infrastructures agricoles. Le principe de proportionnalité, selon lequel les opérations militaires ne doivent pas causer de dommages excessifs au regard des objectifs militaires légitimes, a été gravement ignoré. Le principe de nécessité, selon lequel une action ne doit pas excéder ce qui est nécessaire à la réalisation d’un but légitime, a été remplacé par la doctrine de la violence maximale, de la brutalité et de la terreur.
Conclusion : Vers une justice historique et une prise de conscience morale
La guerre du Rif (Chtatou, 2024, 21 et 23 juillet) constitue l’un des épisodes les plus importants sur le plan moral, mais aussi les moins étudiés, de l’histoire coloniale du XXe siècle. Les politiques racistes menées d’abord par l’Espagne, puis par la France, contre le peuple amazigh ont inclus l’utilisation systématique d’armes chimiques avec le soutien de l’Allemagne. Ce crime contre l’humanité, déjà largement répandu, exige une reconnaissance formelle. Pour répondre à cette nouvelle dimension, il n’y a d’autre réponse que la vérité : la réparation. Cet essai a exploré plusieurs aspects de cette catastrophe morale : la déshumanisation des sujets colonisés capables de supporter de telles atrocités ; l’exploitation des failles du droit international ; les conséquences humanitaires dévastatrices à court et à long terme ; et la lutte constante pour la justice historique.
L’utilisation d’armes chimiques au Maroc s’est écartée radicalement de certains principes moraux fondamentaux partagés par différentes traditions éthiques. Il s’agissait d’infliger délibérément des souffrances inutiles aux populations civiles ; elle incarnait la perversité morale engendrée par le racisme colonial et qui perdure dans la région du Rif, au Maroc, avec des taux de cancer élevés et une dégradation environnementale. La crise sanitaire persistante au Rif – si elle s’avère être due à une exposition aux armes chimiques – est une violence qui se prolonge et continue de tuer des gens un siècle après la guerre.
Un véritable examen de conscience historique va au-delà de la simple reconnaissance académique des fautes passées. Il exige des mesures concrètes : des excuses officielles de l’Espagne, de la France et de l’Allemagne ; Des réparations aux communautés affectées, telles que des infrastructures médicales ou un programme de recherche ; la dépollution des zones contaminées ; des actions éducatives pour que cette histoire ne tombe pas dans l’oubli ; et même, éventuellement, des poursuites judiciaires contre les entreprises et entités ayant profité de la production et de l’utilisation d’armes chimiques (Messari, 2014).
La pertinence de cette question s’étend aux controverses plus contemporaines concernant les armes de destruction massive, l’héritage du colonialisme et le cadre juridique international du droit humanitaire. La guerre du Rif illustre comment un ordre juridique peut être établi de manière à protéger un groupe tout en exposant un autre à une violence inouïe. L’imposition sélective d’interdits moraux fondés sur des classifications raciales constitue une atteinte à l’humanité qui continue de se manifester de multiples façons. Il est indispensable de se pencher sur cette histoire et sur les hiérarchies raciales ancrées dans le droit international pour parvenir à une protection humanitaire universelle.
La résistance rifaine à l’indépendance sous Abdelkrim était une lutte légitime contre l’imposition de pouvoirs et un combat pour l’autonomie des peuples autochtones. La République du Rif, éphémère, a offert un modèle politique alternatif qui a influencé les mouvements anticoloniaux à travers le monde. La riposte européenne fut l’utilisation d’armes de destruction massive contre les populations civiles, illustrant jusqu’où les États coloniaux étaient prêts à aller pour conserver leur pouvoir. Ce récit ne doit pas seulement servir d’avertissement face aux horreurs de la guerre chimique, mais aussi rappeler la résistance des peuples autochtones face à une force écrasante.
En définitive, la guerre du Rif souligne l’impératif moral du devoir de mémoire. Le silence imposé à cette histoire – son absence des manuels scolaires européens, sa marginalisation dans le récit national marocain et des décennies de répression étatique – constitue une injustice persistante. La mémoire est une forme de justice en soi ; elle nous permet d’honorer la mémoire de ceux qui ont souffert et de ceux que nous avons perdus, et elle nous protège de la banalisation des atrocités. À l’approche du centenaire de la fin de la guerre du Rif en 2026, nous devons choisir : rester silencieux et complices de l’effacement de l’histoire, ou nous engager de manière critique avec ce chapitre sombre de l’histoire coloniale et son héritage durable. Les questions morales soulevées par la guerre du Rif nous orientent vers cette dernière voie : celle de reconnaître ces crimes passés et de veiller à ce que de telles horreurs ne se répètent jamais.
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