Pourquoi faut-il activer le Conseil National des Langues et de la Culture Marocaine ?

Par: Mustapha Antara – Chercheur universitaire

Le Conseil national des langues et de la culture marocaine revêt une importance centrale dans l’architecture constitutionnelle issue de la Constitution de 2011, en tant que mécanisme institutionnel permettant de traduire le principe de pluralité et de diversité culturelle et linguistique, d’une simple reconnaissance constitutionnelle en une politique publique structurée et intégrée.

La création de ce Conseil s’inscrit dans une logique d’institutionnalisation de l’identité. En effet, la Constitution ne s’est pas limitée à reconnaître la pluralité des composantes et des affluents de l’identité nationale unifiée, mais a également prévu leur encadrement à travers une institution constitutionnelle chargée de leur protection et de leur développement. Dans ce sens, le Conseil apparaît comme un espace de coordination et de régulation visant à dépasser une gestion fragmentée ou conjoncturelle des questions linguistiques et culturelles.

Son importance se manifeste également à travers le rôle fondamental qu’il joue dans la gestion du pluralisme linguistique, notamment en ce qui concerne l’arabe et l’amazighe, en tant que langues officielles. La loi organique qui le régit définit ses compétences, notamment en matière de proposition des orientations stratégiques de l’État dans le domaine des politiques linguistiques et culturelles, et en veillant à leur cohérence afin d’éviter toute contradiction ou duplication entre les différents acteurs et institutions. Il œuvre aussi à la protection et au développement des différentes expressions linguistiques, y compris le hassani et les divers dialectes et expressions culturelles.

Par ailleurs, le Conseil contribue à la valorisation de la diversité culturelle en intégrant les différentes composantes et affluents reconnus par la Constitution. À ce titre, il joue un rôle stratégique dans la préservation de la mémoire collective et le renforcement du sentiment d’appartenance nationale, à travers des politiques culturelles globales tenant compte de cette richesse civilisationnelle.

Il consacre également le principe de bonne gouvernance culturelle et linguistique, en mettant en place des mécanismes de planification, de suivi et d’évaluation, et en formulant des avis et recommandations aux pouvoirs publics. Cela reflète le passage d’une gestion traditionnelle de la culture à une gestion institutionnelle fondée sur la vision stratégique et la coordination entre les différents intervenants.

Sur cette base, le Conseil constitue un outil permettant de concilier ouverture et spécificité, en œuvrant au développement des langues nationales tout en favorisant l’ouverture sur les langues étrangères les plus utilisées dans le monde, dans un cadre qui préserve la souveraineté culturelle et encourage une interaction positive avec la mondialisation, l’intégration dans la société du savoir et l’ouverture sur les cultures contemporaines, sans porter atteinte aux constantes nationales.

Enfin, l’importance du Conseil réside dans le fait qu’il incarne l’esprit de la Constitution de 2011, qui fait de la diversité un pilier de l’unité et du pluralisme un fondement de l’intégration. Grâce à cette institution, la diversité n’est plus un simple fait culturel, mais devient un objet de politique publique encadrée, garantissant sa pérennité et son développement dans le cadre de l’État de droit.

Dans cette perspective, l’activation du Conseil national des langues et de la culture marocaine revêt une importance particulière dans le processus d’achèvement de l’édifice constitutionnel instauré par la Constitution de 2011. En effet, l’article 5 ne s’est pas limité à consacrer officiellement la pluralité linguistique et culturelle, mais a également prévu la création d’une institution chargée de gérer cette diversité de manière structurée et intégrée.

Ainsi, l’importance de l’activation de cette institution, conçue avec soin par le constituant, se manifeste à plusieurs niveaux :
•Premièrement, elle permet d’achever l’édifice constitutionnel, car la mention d’une institution de cette envergure sans sa mise en œuvre effective reste incomplète. Son activation marque le passage de la « constitutionnalisation » à la « mise en œuvre », c’est-à-dire la traduction des principes constitutionnels en politiques publiques concrètes ;
•Deuxièmement, elle confère un caractère institutionnel à la pluralité linguistique et culturelle, garantissant une gestion rationnelle et coordonnée, au lieu de la laisser sujette à des tensions ou à des initiatives dispersées. La loi organique qui l’encadre, ayant fait l’objet de débats riches au sein et en dehors du Parlement, reflète une conscience collective de la sensibilité et de l’importance de ce chantier, tant au niveau des compétences que des relations avec les autres institutions concernées. Le Conseil regroupe en effet les institutions existantes, telles que l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) et l’Académie Mohammed VI de la langue arabe, ainsi que les instances à créer, relatives au hassani, aux dialectes et aux différentes expressions culturelles marocaines, sans oublier les questions liées au développement culturel, à la préservation du patrimoine, à la promotion des langues étrangères et à la traduction, conformément à l’esprit de l’article 5 de la Constitution ;
•Troisièmement, l’activation du Conseil permet d’assurer la cohérence de la politique linguistique et culturelle de l’État, à travers la coordination entre les différents acteurs, notamment les institutions académiques et culturelles, et la définition d’orientations stratégiques, ce qui contribue à éviter les chevauchements ou contradictions, en particulier dans les domaines de l’éducation, des médias et de la création culturelle ;
•Quatrièmement, il renforce la bonne gouvernance dans la gestion des affaires culturelles et linguistiques, grâce à des mécanismes de consultation, d’avis et d’évaluation, conférant à ce domaine un caractère institutionnel fondé sur la planification et l’anticipation, plutôt que sur l’improvisation ou les réponses ponctuelles.

Il convient de souligner que la loi organique encadrant cette institution a suscité un débat riche et constructif, révélant la diversité des visions autour de la question identitaire, tout en contribuant à enrichir le texte juridique et à le rendre plus équilibré.

En somme, l’activation de cette institution ne constitue pas une simple mesure technique ou administrative, mais une étape essentielle vers la consolidation du modèle marocain de gestion de la diversité, fondé sur le pluralisme, l’ouverture et l’institutionnalisation, dans le respect de l’unité nationale.

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