TAYRI TAMELLALT ou l’amour d’un seul côté!

Voici un petit roman qui mérite d’être lu. Je l’ai lu deux fois ; et, à chaque lecture j’en découvre du nouveau. Écrit par M. Zakareyya BUWEZRUR ASEFRU, édité par TIFRAS, Nador, 2020, 88 pages.

Il s’agit du récit ( mais en-est-ce vraiment un?) d’un jeune amoureux d’une fille qui lui donne du temps dans la réalité et l’ignore dans le virtuel. Malheuresement la fille habite un autre pays que celui de garçon. La fille ignorant à plusieurs reprises le garçon, le pousse celui-ci à réfléchir, philosopher sur les contradictions de la vie, écrire de la poésie… Bref, l’amour qu’il porte à la fille fait de lui un être qui réfléchit.

Raconté par un narrateur homodiégétique, c’est-à-dire faisant partie de l’histoire qu’il raconte, le réçit n’a rien de traditionnel, absence de l’intrigue et d’histoire, absence de nom des personnages, anachronie… Le texte peut ainsi s’apparenter au Nouveu roman. Ce passage illustre ce narrateur ayant une fonction métanarrative (il commente son propre texte): “ ur tessin ad tek i yiɣef-nnes annaz n wad teg tagellidt ammas n tallast, allig tga mgal n uyennaɣ, hat uress mayed nnan ad ɣif-s inin winna innan ad yiselli i tallast-a!” (74-75) ou encore ce passage : “ nekk riɣ ad keɣ i tallast n tayri-nneɣ yat tyira issemdazen unna as-isellan…” (71). L’auteur est-il influencé par les auteurs du Nouveau Roman français dans la mesure où il avait suivi des études de littérature françaises? Un sujet qui mérite à lui seul une recherche.

L’écriture est parfois philosophique. Le narrateur cite Sartre (P.83). L’introduction est même une réflexion philosophique sur les contradictions entre la réalité et le rêve.

L’écriture est par moment poétique avec des passages considéré comme des poèmes ( 33, 46, 49, 76), sans oublier plusieurs intertexte relevé de la poésie orale ( 29, 39…).

Le texte est écrit dans une langue amazighe riche en figures du style tel la comparaison ( yat terbat taferraḥt mi izeddig wul amm waman n uɣbalu, imlil-as wudem amm txubbit n uɣu), la métaphore ( ar ẓẓadeɣ tallast-inu, ar neggar aẓeṭṭa n wawal)…

Pour conclure, je dirais avec Milan Kundera, que l’objectif de toute écriture romanesque est d’atteindre une vérité. Voici une vérité amère qui illustre l’hypocrisie sociale en vogue dans notre “société”:

“Yuf ad takred ula asen-tennid da tettirid” (45)

Baha Mansoub
Fès le 17/09/2020

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