Le Département d’Etat des Etats Unis dénonce les atrocités commises par le groupe russe de Wagner en Libye et au Mali

Après avoir démenti  pendant des années tout lien entre le gouvernement russe et le groupe Wagner, le président Poutine a admis  en juin 2023 que le Kremlin avait fourni un soutien financier au groupe à hauteur de 86 milliards de roubles (l’équivalent de quelque 940 millions de dollars au mois d’octobre 2023) entre mai 2022 et mai 2023. La mort du patron du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, le 23 août 2023, offre l’occasion de revenir sur certains des mensonges les plus flagrants du gouvernement russe concernant le rôle, les objectifs et les prétendus succès du groupe Wagner. Le présent rapport analyse et réfute les fausses déclarations que la Russie continue de propager sur les activités du groupe Wagner, au Mali et en Libye, et lève le voile sur ce qu’il est réellement, à savoir un groupe de criminels motivés par la cupidité plutôt qu’une force antiterrorisme efficace.

L’exploitation des ressources africaines, notamment l’or, les diamants et le bois, par le groupe Wagner ne représente qu’un aspect de l’influence déstabilisatrice de cette organisation criminelle transnationale en Afrique. Les forces du groupe auraient  rasé des villages entiers et assassiné des civils en République centrafricaine (RCA) pour faire avancer leurs intérêts économiques dans le secteur minier ; pris part à des exécutions illégales au Mali ; pillé des mines d’or artisanales au Soudan ; et porté atteinte aux institutions démocratiques dans chaque pays où elles ont opéré. Elles ont également été accusées d’avoir réglé leurs factures avec de la monnaie contrefaite. Ce comportement criminel et prédateur envers les Africains, ne s’arrêtera pas avec la mort d’Evgueni Prigojine.

Partout où le groupe Wagner se déploie s’ensuit une forte hausse du nombre de décès parmi les civils. Selon The Economist  et des données récentes publiées par l’Armed Conflict Location and Event (ACLED) , la violence perpétrée par le groupe Wagner à l’encontre des civils au Mali (et en République centrafricaine (RCA)) est non seulement fréquente, mais aussi bien plus meurtrière  pour les non-combattants que les attaques menées par l’État ou les forces rebelles. The Economist rapporte qu’en date du mois d’août 2023, le groupe avait tué au moins 1 800 civils africains. Wagner justifie  sa présence brutale en Afrique en affirmant que c’est un « soutien à la paix et à la stabilité ». Pourtant, rien qu’au Mali, la violence terroriste contre les civils a bondi de 278 %  depuis 2021.

Les mensonges de la Russie au Mali

Les responsables russes, les médias financés par l’État russe et les chaînes Telegram liées au Kremlin continuent de diffuser des messages sur le rôle prétendument « positif » du groupe Wagner au Mali depuis son déploiement  en 2021. Malgré ces publications, le gouvernement de transition du Mali n’a toujours pas reconnu publiquement la présence du groupe sur son territoire. Des vidéos  de propagande présentant les forces du groupe Wagner comme des sauveurs et des « anges guerriers  » circulent toujours en ligne. Avant le déploiement du groupe au Mali, la Russie mettait en avant des narratifs mensongers semblables à ceux utilisés en République centrafricaine, répétant le mythe selon lequel des « instructeurs russes » apporteraient la paix, la stabilité et poseraient un nouveau jalon dans la lutte antiterroriste dans le pays. Aleksandr Ivanov, le directeur de la COSI sanctionné par les États-Unis, a salué  le groupe Wagner dans des sites d’actualité maliens, déclarant qu’il faisait « un travail excellent partout dans le monde », et affirmant qu’il allait « combattre le terrorisme partout ». Une vidéo  de propagande liée à la Russie et diffusée après le déploiement du groupe Wagner au Mali à la fin de 2021 suggérait à tort que les États-Unis et la France soutenaient les extrémistes religieux violents au Mali.

La vérité sur le groupe Wagner au Mali

Les faits révèlent une tout autre réalité.

Contrairement à ce qu’affirme la Russie, le groupe Wagner n’a pas mené de lutte efficace contre le terrorisme au Mali depuis son premier déploiement en décembre 2021. Le Groupe d’experts de l’ONU sur le Mali a signalé en août 2023 que la surface du territoire malien contrôlé par Daech au Sahel avait presque doublé en moins d’un an. Le groupe Wagner n’a pas réussi à améliorer la sécurité du Mali, 2022 ayant été l’année la plus meurtrière pour les civils dans ce pays depuis le début du conflit en 2012.

Les forces du groupe Wagner ont été filmées en avril 2022 en train d’enterrer une dizaine de cadavres dans une fosse commune près de la base militaire de Gossi au Mali. Le groupe Wagner a ensuite produit des vidéos modifiées et trompeuses afin d’essayer de faire porter la responsabilité de cette affaire à l’armée française et d’attiser ainsi le sentiment anti-français et anti-occidental au Mali.

Les mensonges de la Russie en Libye

Les médias d’État russes accusent régulièrement les forces de l’OTAN de détruire  l’État libyen et d’être à l’origine de l’instabilité qui y règne actuellement, en vue de servir les intérêts des États membres de l’Alliance. Ces organes de propagande soutiennent le narratif mensonger de la Russie, qui se présente comme une puissance altruiste et anticoloniale cherchant uniquement à venir en aide aux pays africains. Pendant des années, le gouvernement russe a rejeté  toute allégation de présence de mercenaires ou de militaires russes en Libye, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, ayant affirmé  en 2020 qu’il n’y avait « aucune présence russe en Libye » et que « les CMP ne sont pas autorisées par le droit russe ». Des représentants du gouvernement russe ont affirmé à plusieurs reprises  que les accusations selon lesquelles la Russie avait pris parti dans le conflit libyen étaient des « mensonges » et qu’elle s’efforçait de parvenir « à un cessez-le-feu et à un règlement politique du conflit ». En 2020, l’envoyé de la Russie auprès des Nations unies, Vassily Nebenzya, a condamné  les accusations d’implication de mercenaires russes en Libye : « Cette information (…) est en grande partie fondée sur des données non vérifiées ou fallacieuses et elle vise à discréditer la politique de la Russie à l’égard de la Libye. Il s’agit manifestement d’histoires inventées. »

La vérité sur le groupe Wagner en Libye

Il existe des preuves sans équivoque montrant que le groupe Wagner s’est introduit en Libye à des fins politiques et financières, qu’il a commis des violations des droits de la personne contre le peuple libyen et qu’il intensifie l’instabilité actuelle.

Le groupe Wagner, que le gouvernement russe a reconnu avoir soutenu , aurait agi en violation de la résolution 1970 du Conseil de sécurité des Nations unies et d’autres résolutions pertinentes en fournissant des équipements militaires et des mercenaires sur les lignes de front du conflit libyen, notamment des avions de chasse, des véhicules blindés et des systèmes de défense antiaérienne. Selon le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) , au moins 14 Mig-29 et Su-24 ont été repeints pour dissimuler leurs marquages russes d’origine et ont ensuite été transportés par avion vers la Libye depuis des bases russes en Syrie. Le groupe Wagner « prolonge un conflit responsable de souffrances inutiles et de la mort de civils innocents », a déclaré  l’AFRICOM.

Le groupe Wagner a placé des mines terrestres et des pièges lors de son retrait de Tripoli en 2020, selon des informations publiques. Les mines et autres engins explosifs auraient  tué ou blessé plus de 300 personnes en Libye entre mai 2020 et mars 2022, notamment dans des zones précédemment contrôlées par les forces du groupe Wagner. Le rapport final  de la Mission d’établissement des faits en Libye (FFM), relevant de l’ONU, indique que les forces de Wagner ont placé « des explosifs militaires dans des logements, à l’intérieur de canapés et d’équipements de salles de bain, et dans d’autres zones où se trouvent des civils, ce qui a fait des morts et des blessés dans la population ». La FFM a déterminé que le personnel de Wagner « pourrait avoir violé le principe de proportionnalité du droit international et l’obligation de réduire les effets indiscriminés des mines et autres explosifs » et qu’il a également « violé le droit [des Libyens] à la vie » en s’abstenant d’éliminer les munitions pour assurer la sécurité des civils.

Selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, le groupe Wagner a mené des campagnes de désinformation en Libye pour tenter de renforcer le soutien aux personnalités alliées à la Russie qui s’opposent au gouvernement reconnu par l’ONU à Tripoli. Le groupe Wagner a mis en place un appareil de médias sociaux en Libye qui a pour objet de promouvoir Haftar, Saif al-Islam Kadhafi et d’autres personnalités politiques dont le Kremlin pensait qu’elles pourraient devenir de futurs clients de la Russie, et ce, en utilisant des méthodes qui rappellent celles qu’employait Prigojine pour s’immiscer dans d’autres élections étrangères, selon le Stanford Internet Observatory. Wagner a créé au moins 12 groupes Facebook pour manipuler l’opinion publique libyenne, et ces pages ont été consultées par plus de deux millions d’utilisateurs chaque semaine. Le groupe a également acheté 50 % de l’ancienne société de radiodiffusion publique libyenne, A1 Jamahiriya TV , dont il a transféré les studios à l’étranger avant de renouveler ses émissions en Libye.

La Russie est responsable

L’écosystème russe de désinformation et de propagande continue de déployer des narratifs mensongers tels que ceux décrits ci-dessus pour détourner l’attention des violations des droits de la personne et des atrocités commises par le groupe Wagner et le soustraire à ses responsabilités. Le groupe Wagner, soutenu par le Kremlin, exploite l’insécurité pour étendre la présence de la Russie en Afrique à des fins d’influence politique et de gain financier. Ce faisant, il menace la stabilité et les droits de la personne sur le continent. En janvier 2023, le département du Trésor des États-Unis a désigné le groupe Wagner comme une organisation criminelle transnationale pour avoir commis, parmi d’autres faits scandaleux, « des actes criminels graves, notamment des exécutions de masse, des viols, des enlèvements d’enfants et des violences physiques en République centrafricaine (RCA) et au Mali ».

Source : https://www.state.gov/les-atrocites-commises-par-le-groupe-wagner-en-afrique-mensonges-et-verite/

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