Le parti politique espagnol «SUMAR» exige l’intégration de ‘la Guerre du Rif’, dans les programmes scolaires d’histoire et dans la mémoire démocratique de l’Espagne

Le parti politique espagnol « Sumar » plaide pour l’intégration d’une perspective historique critique sur le colonialisme espagnol au Maroc dans les programmes scolaires du secondaire, afin de prévenir la propagation d’un discours raciste de l’extrême droite à l’encontre de la population maghrébine.

Par ailleurs, le groupe propose que cet épisode colonial et la célèbre « Guerre du Rif » soient inscrits parmi les jalons de la mémoire démocratique, par le biais d’activités commémoratives et d’une reconnaissance de ce passé fondée sur les principes de vérité, de justice et de réparation. Il souligne que, durant ce conflit, le Maroc a servi de terrain d’entraînement militaire au dictateur Francisco Franco et au général putschiste Emilio Mola. Ce groupe plurinational présente cette proposition sous la forme d’une motion non contraignante, soumise au débat de la Commission de la culture du Congrès des Députés et signée par la co-porte-parole des Communes, Aina Vidal, et la députée Viviane Ogou.

Dans l’exposé des motifs de l’initiative, toutes deux insistent sur le fait que la colonisation fut une période historique aux « conséquences profondes pour les peuples conquis » et dont les «répercussions structurelles persistent encore aujourd’hui ».

L’ESPAGNE DOIT SUIVRE L’EXEMPLE DE LA BELGIQUE EN REVOYANT SON PASSÉ COLONIAL

Ils rappellent que le Plan d’action de l’Union européenne contre le racisme (2020) considère la reconnaissance de l’histoire coloniale comme une étape « essentielle » pour lutter contre le « racisme systémique » et garantir des conditions de vie « plus justes » aux populations migrantes et racisées en Europe. De plus, ils notent que plusieurs pays, comme la Belgique et les Pays-Bas, ont encouragé des « processus de révision critique du passé colonial », présenté des excuses publiques et lancé des initiatives éducatives et commémoratives visant à « reconnaître les crimes commis durant cette période ».

Cependant, les deux représentants de ce groupe plurinational déplorent que « l’État espagnol n’ait toujours pas assumé cette responsabilité historique et que l’histoire coloniale demeure largement absente des programmes scolaires et du débat public ». « Cette invisibilité favorise la prolifération de discours révisionnistes et négationnistes, notamment au sein de l’extrême droite, qui minimisent les épisodes de violence et d’exploitation coloniales », dénoncent Vidal et Ogou.

« SENSIBILISATION À LA GUERRE DU RIF »

Ces deux auteurs affirment que le protectorat espagnol au Maroc entre 1912 et 1956, et plus particulièrement la « Guerre du Rif » de 1921 à 1927, constitue un cas paradigmatique. Cette guerre éclata suite au soulèvement de la population de cette région du nord du Maroc contre les autorités coloniales espagnoles et françaises. Ils expliquent notamment que si l’Espagne avait perdu « la majeure partie de son empire en 1898 » avec la perte des colonies de Cuba, de Porto Rico et des Philippines, elle conservait néanmoins la Guinée équatoriale, le Sahara occidental et plusieurs enclaves en Afrique du Nord. Ce contexte, selon le groupe parlementaire, a conduit à la création du protectorat au Maroc, fruit d’un accord franco-espagnol soutenu par le sultan marocain. Cet accord, affirment-ils, fut « perçu par les élites espagnoles comme une occasion de regagner du prestige international et de restaurer la fierté nationale ».

Cela a également alimenté le soulèvement de la population rifaine contre l’occupation, avec la proclamation de la République du Rif après une « victoire retentissante » sur l’armée espagnole, ajoutent-ils. Cette république, selon Sumar, fut une expérience politique « éphémère mais unique » dans le contexte du colonialisme africain. Sumar précise toutefois que la guerre s’est prolongée pendant des années et qu’on estime à 25 000 le nombre de soldats espagnols morts, principalement issus de la « classe ouvrière et enrôlés de force », lors d’un conflit aux « conséquences dévastatrices » pour la population civile rifaine, marqué par l’utilisation avérée de bombardements aériens aveugles et même d’armes chimiques interdites, comme le gaz moutarde.

LE DÉBARQUEMENT D’ALHUCEMAS

Ils soulignent qu’un épisode clé de cette guerre fut la bataille d’Alhucemas, le 8 septembre 1925, dont le centenaire est commémoré cette année. Il s’agissait du premier débarquement aéroporté et naval d’envergure de l’histoire contemporaine, soutenu par l’armée de l’air et la marine françaises. Il entraîna la chute de la République du Rif quelques mois plus tard, et ses conséquences, selon les parlementaires, persistent encore dans la région, qui souffre depuis lors d’une marginalisation économique et sociale. A l’inverse, ce jeudi, la commission de la Défense du Congrès a approuvé une motion présentée par Vox et soutenue par les partis PP et UPN, exhortant le gouvernement à organiser des activités éducatives pour commémorer dignement le centenaire du débarquement d’Alhucemas.

« UNE ÉCOLE DE GUERRE » POUR FRANCO ET MOLA

« Par ailleurs, la Guerre du Rif a servi d’école de guerre à la génération d’officiers africanistes, tels que Francisco Franco et Emilio Mola, qui allaient plus tard mener le coup d’État du 18 juillet 1936 et la guerre civile espagnole qui s’ensuivit », précise le communiqué de Sumar. Pour toutes ces raisons, les dirigeants des Communes estiment qu’il est nécessaire que l’Espagne assume sa responsabilité concernant les crimes commis durant la période coloniale et qu’elle mette en œuvre des mesures de mémoire, de reconnaissance et de réparation conformes aux normes européennes et internationales. À cette fin, ils proposent d’intégrer le colonialisme espagnol au Maroc dans les programmes d’histoire du secondaire, selon une perspective critique fondée sur les droits humains, et de promouvoir des actions de sensibilisation sur le colonialisme espagnol en Afrique, notamment concernant la Guerre du Rif.

Enfin, ils demandent le développement d’une collaboration avec les institutions culturelles marocaines, en particulier celles de la région du Rif, afin de favoriser une mémoire collective, de promouvoir le dialogue interculturel et de promouvoir la justice historique.

Source: EUROPA PRESS, Madrid, 30 Novembre 2025

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