Les Imazighen aiment l’Afrique passionnément

Dr. Mohamed CHTATOU

L’Afrique est le deuxième plus grand continent, couvrant environ un cinquième de la masse continentale du monde.  Elle s’étend également au nord et au sud de l’équateur et se compose de nombreux types de paysages et d’écosystèmes différents.

L’Afrique se compose de plus de 50 États, dont beaucoup sont devenus indépendants au cours du XXe siècle.  L’ensemble du continent a été dirigé par les puissances européennes jusqu’aux guerres mondiales. Aujourd’hui, de nombreuses nations souffrent encore de l’absence d’éléments démocratiques.  Des dictateurs et des chefs militaires dirigent des pays politiquement instables, dans lesquels il n’y a pas d’élections libres. [i]

Le continent possède d’importants gisements de minéraux et de matières premières les plus précieux au monde, notamment des diamants, du charbon, du cuivre et de l’or. Cependant, l’Afrique est le continent le moins développé de tous. La nourriture est souvent rare et des sécheresses frappent régulièrement de nombreuses régions. Les maladies se répandent dans toute l’Afrique, l’espérance de vie est faible et la pauvreté est généralisée.

Mais en dépit de ces obstacles, l’Afrique est l’avenir de l’humanité.

Les Imazighen, ces Africains de souche

La région de Tamazgha, dans le nord-ouest de l’Afrique, aurait été habitée par des Berbères depuis au moins 10 000 ans avant Jésus-Christ. Des peintures rupestres, datées de douze millénaires avant notre ère, ont été découvertes dans la région du Tassili n’Ajjer, dans le sud-est de l’Algérie.

Les Berbères sont les habitants autochtones du littoral nord-africain, isolé du reste de l’Afrique par le désert du Sahara. Les périodes de contrôle par les empires de Carthage et de Rome ont été entrecoupées par l’établissement de royaumes berbères.

Les caractéristiques physiques d’un Berbère qui le distinguent des autres groupes ethniques sont sa morphologie et la couleur de sa peau. Ils sont de taille moyenne et leur peau peut être blanche, presque blanche, marron foncé ou noire. Les Berbères se sont mélangés avec de nombreux autres groupes ethniques, le plus souvent avec les Arabes.

La présence de peuples proto-berbères dès la préhistoire est évidente dans les grottes sahariennes, où des peintures rupestres illustrant la vie de diverses mégafaunes prouvent qu’avant la désertification du Sahara, l’Afrique du Nord était une région luxuriante et riche en ressources, peuplée de sociétés de chasseurs-cueilleurs. Les deux divinités de base de la cosmologie berbère – une figure solaire et une lunaire – sont vaguement analogues à celles des Égyptiens, ce qui suggère une origine culturelle commune. Selon Hérodote (480 av. J.-C.- 425 av. J.-C.), [ii] qui, dans ses Histoires, parle des Berbères en 430 avant Jésus-Christ : [iii]

‘’Ils sacrifient au Soleil et à la Lune, mais à aucun autre dieu. Ce culte est commun à tous les Libyens.’’ (IV, 198)

Les Touaregs : peuple de contact de l’Afrique blanche et de l’Afrique noire

Peu de gens pourraient survivre aux conditions difficiles du désert du Sahara.   Pourtant, les Touaregs vivent dans cette région depuis des millénaires.

Les Touaregs s’appellent eux-mêmes les Imazighen, ce qui signifie « peuple libre ». Aujourd’hui, ils sont connus pour leur turban bleu foncé distinctif porté par les hommes et pour leur longue histoire de gardiens du désert du Sahara. Il s’agit d’un peuple semi-nomade qui habite le Sahara central occidental, qui englobe des parties de la Libye occidentale, de l’Algérie, du Mali, du Niger et de certains pays voisins.

Les Touaregs ont été mentionnés pour la première fois par l’historien grec antique Hérodote, qui a parlé d’un groupe connu sous le nom de Garamantes [iv] vivant dans la région du Fezzan, au sud-ouest de la Libye, qui exploitait les routes commerciales transsahariennes, reliant le cœur de l’Afrique à la côte nord-africaine. On pense aujourd’hui qu’il s’agissait des Touaregs. [v]

Les Garamantes sont apparus pour la première fois dans l’enquête d’Hérodote sur la Libye. Hekataeus de Milet a voyagé le long de la côte libyenne plus d’un demi-siècle avant Hérodote, mais son œuvre n’est conservée que sous forme de fragments. Hekataeus a peut-être mentionné les Garamantes, mais si c’est le cas, cette partie de son œuvre n’a pas survécu. Les Histoires d’Hérodote (iv.174) énumèrent les « Garamantes » parmi les peuples de l’est de la Libye, donnant à chacun une brève description ; et iv.183 les mentionne dans une autre liste, celle-ci étant une séquence d’étapes sur une piste du désert qui inclut « le pays des Garamantes ».

Ksar : Résidences collectives berbères

Les types d’habitations utilisés par les Berbères modernes vont des tentes mobiles aux habitations troglodytiques en passant par les falaises, mais le ksar (pluriel ksour) est une forme de construction vraiment particulière que l’on trouve en Afrique subsaharienne et qui est attribuée aux Berbères. [vi]

Les ksour sont d’élégants villages fortifiés entièrement construits en briques crues. Les ksour ont de hauts murs, des rues orthogonales, une seule porte et une profusion de tours. Les communautés sont construites à côté d’oasis, mais pour préserver autant de terres cultivables que possible, elles s’élèvent vers le haut. Les murs d’enceinte mesurent entre 6 et 15 mètres de haut et sont renforcés, sur toute la longueur et aux angles, par des tours encore plus hautes, à la forme effilée caractéristique. Les rues étroites ressemblent à un canyon ; la mosquée, les bains publics et une petite place publique sont situés près de l’unique porte, souvent orientée vers l’est.

À l’intérieur du ksar, il y a très peu d’espace au niveau du sol, mais les structures permettent néanmoins une forte densité dans les étages élevés. Elles offrent un périmètre défendable et un microclimat plus frais produit par les faibles rapports surface/volume. Les toits-terrasses individuels offrent de l’espace, de la lumière et une vue panoramique sur le quartier grâce à un patchwork de plates-formes surélevées de 9 m ou plus au-dessus du terrain environnant.

Le Maroc et ses racines africaines

Dans un discours du feu roi Hassan II (1962-1999), qui était très connu pour son éloquence verbale et sa grande sagesse, il a dit que le Maroc est un arbre séculier dont les racines plongent dans le continent africain et dont les feuillages se trouve en Europe. Pour lui le Maroc a toujours été un pays carrefour pour les civilisations occidentale, berbère, arabo-musulmane, méditerranéenne et africaine. Un pays de rencontres mais aussi d’échanges :

‘’Le Maroc est un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe’’

Historiquement parlant, l’Islam a été introduit en Afrique, par le biais du commerce surtout et non l’épée, par les dynasties amazighes des Almoravides (1040–1147), Almohades (1121/1147–1269), Mérinides (1244–1465) et les Wattassides (1244–1465).

Les caravanes de commerce amazighes prenaient leur départ de la ville de Sefrou en direction de Tombouctou. Elles étaient conduites par des guides émérites amazighes de confession juive appelés azattat qui assuraient haut la main leur sécurité. D’ailleurs le mot azattat trouve son origine dans Tamazight azatta qui veut dire étoffe ou tapis confectionnée avec les couleurs et les motifs des tribus locales. [vii] Le guide en traversant le territoire d’une tribu amazigh donnée va exhiber un étendard portant les couleurs de la tribu en question en signe d’amân (paix et sécurité) et en acceptation de contrepartie pécuniaire. Cette pratique était aussi monnaie courante dans les territoires africains.

Les Amazighs, ces africains blancs du nord et les peuples africains noirs sub-sahariens ont en commun nombre de traits culturels très importants qu’on peut définir comme suit :

  • Respect de la séniorité: Respect de l’âge parce que cela équivaut à la sagesse, la connaissance et à l’expérience. D’ailleurs les gouvernements coutumiers locaux en Afrique élisent toujours à leur tête des hommes et des femmes âgés en raison de leur stature de personnes vénérables ; [viii]
  • Importance de l’appartenance au groupe : En Afrique l’appartenance au groupe est un nationalisme à l’état local qui se reflète positivement au niveau national. Le respect et l’adoration de sa communauté a pour conséquence logique et automatique l’amour éprouvé pour son pays et son drapeau ; [ix]
  • L’amour de la terre natale : Les Africains sont connus pour leur amour excessif de leur terre natale, un concept que le colonialisme européen n’a jamais compris le jour où ils ont décidé de se partager l’Afrique sur une carte, action connue sous le nom de ‘’Scramble for Africa’’. [x] Ce partage opportuniste colonial a malheureusement déclenché des guerres interafricaines après les indépendances et il continue à envenimer les relations bilatérales africaines. Par exemple le cas de la haine que l’Algérie porte pour le Maroc à cause de la récupération de son Sahara qui étais colonisé par l’Espagne ; [xi] et
  • Le respect de la langue mère : [xii] Les civilisations africaines amazighe, peule, songhay, yoruba, bantou, zoulou, masaï, etc. doivent leur survie dans un monde sans merci grâce à leurs langues maternelles.

Conclusion : L’Afrique, le continent de l’avenir

En effet, comme la jeunesse africaine est appelée à représenter près de la moitié de la jeunesse mondiale totale d’ici 2100, l’Afrique est sans aucun doute le continent de l’avenir. La capacité à répondre à leurs attentes et à exploiter leur énergie et leur dynamisme est essentielle pour façonner cet avenir, et représente un défi de gouvernance majeur et urgent.

L’Afrique est le continent le plus jeune du monde, avec environ 60 % de sa population âgée de moins de 25 ans. D’ici à 2100, soit en gros deux générations seulement, la population jeune de l’Afrique devrait augmenter de plus de 180 %, tandis que celles de l’Europe et de l’Asie diminueront respectivement de plus de 21 % et de près de 28 %. D’ici la fin du siècle, la population jeune de l’Afrique atteindra 1,3 milliard de personnes, soit le double de la population totale prévue en Europe, et représentera près de la moitié de la jeunesse mondiale.

Si l’Afrique est le continent de l’avenir, la jeunesse est l’avenir du continent africain. Sans aucun doute, la capacité à leur offrir des perspectives solides est un défi clé qui façonnera l’avenir de notre monde commun. La jeunesse est la plus grande ressource de l’Afrique. Son ardeur, son dynamisme, sa créativité, son énergie et sa capacité à tirer le meilleur parti de l’innovation peuvent être le moteur de la transformation politique, économique et culturelle du continent, à condition qu’ils soient correctement exploités et mis au défi.

Mais nous sommes à un point de basculement. Trop de jeunes sur le continent se sentent à la fois dépourvus de perspectives économiques appropriées et privés de la propriété politique, souvent encore détenue par des dirigeants qui ont deux ou trois générations de plus que la moyenne de leur population.

Les résultats du dernier indice Ibrahim de la gouvernance africaine (IIAG), publié en octobre 2018, [xiii] permettent un optimisme raisonnable. En moyenne, la gouvernance africaine a continué à suivre une trajectoire ascendante modérée au cours de la dernière décennie (2008-17), atteignant en 2017 sa meilleure performance des dix dernières années. Près de 72 % des citoyens africains, soit 3 sur 4, vivent dans l’un des 34 pays (sur 54) où les performances de gouvernance se sont améliorées au cours des dix dernières années. C’est une bonne nouvelle. Cependant, elle ne laisse pas de place à l’autosatisfaction, car au moins 1 citoyen africain sur 4 vit toujours dans l’un des 18 pays où la gouvernance s’est détériorée au cours de cette même période.

Toutefois, l’Afrique est, indéniablement l’espoir de toute l’humanité vu ses ressources, sa virginité, sa jeunesse et la sagesse de ses peuples.

Les Imazighen aiment l’Afrique et la célèbrent chaque année lors de la Journée mondiale de l’Afrique le 25 du mois de mai, [xiv] avec grande fougue et beaucoup d’honneur.

Notes de fin de texte :

[i] Palmer, Eustace. Africa: An Introduction. London: Routledge, 2010.

Africa : An Introduction vous invite à entrer en Afrique : un continent riche en culture et en histoire, avec des populations diverses qui s’étendent de la forêt tropicale dense du bassin du Congo, jusqu’au désert du Sahara au nord, et jusqu’aux climats méditerranéens de l’extrême sud.

Avec ses cinquante-cinq pays et plus de 20 % de la masse continentale du monde, l’Afrique est le berceau de l’humanité. Pourtant, l’image de l’Afrique en Occident est souvent négative, celle d’un continent criblé de problèmes endémiques. Ce guide accessible et engageant sur le continent africain guide le lecteur à travers l’histoire, la géographie et la politique de l’Afrique. Il va de l’impact de l’esclavage et de l’impérialisme à la montée du nationalisme africain et à l’obtention de l’indépendance, jusqu’à aujourd’hui. Les principaux sujets abordés sont la littérature, l’art, la technologie, la religion, la condition des femmes africaines, la santé, l’éducation et les problèmes environnementaux croissants auxquels sont confrontés les Africains.

À l’heure où l’Afrique s’éloigne des douloureux héritages de l’esclavage et de l’impérialisme, ce livre constitue une introduction intéressante, stimulante et accessible à un continent diversifié qui se modernise rapidement. Adapté aux élèves du secondaire et aux étudiants de premier cycle qui étudient l’Afrique, ce livre constituera également une introduction parfaite pour quiconque cherche à comprendre l’histoire de l’Afrique et l’Afrique d’aujourd’hui.

[ii] Hérodote, écrivain et géographe grec, est considéré comme le premier historien. Vers l’an 425 avant J.-C., Hérodote a publié son opus magnum : un long récit des guerres gréco-persanes qu’il a appelé « Les Histoires » (le mot grec « historie » signifie « enquête »).  Avant Hérodote, aucun écrivain n’avait jamais fait une étude aussi systématique et approfondie du passé ni tenté d’expliquer les causes et les effets de ses événements. Après Hérodote, l’analyse historique est devenue un élément indispensable de la vie intellectuelle et politique. Depuis 2 500 ans, les chercheurs suivent les traces d’Hérodote.

[iii] Herodotus [c. 430 BC]. The History Ἱστορίαι [The History]. Translated by Gren, David. Chicago, IL: University of Chicago Press, 1987. Book IV (Melpomene).

[iv] McCall, Daniel F. “Herodotus on the Garamantes: A Problem in Protohistory.” History in Africa, vol. 26, 1999, pp. 197–217. JSTOR, https://doi.org/10.2307/3172141

[v] Legrand, Philippe-Ernest, ed. Hérodote: Histoires, livre 1-9. Vol. 3. Paris : Belles Lettres, 1972. Voir édition 1960, note to iv.174

[vi] Curtis, WJR. ‘’Type and Variation: Berber Collective Dwellings of the Northwestern Sahara’’, Muqarnas 1, 1983, pp. 181-209.

[vii] Chtatou, Mohamed. ‘’Le tapis amazigh: identité, création, art et histoire’’, Le Monde Amazigh, 18 juin 2020. https://amadalamazigh.press.ma/fr/le-tapis-amazigh-identite-creation-art-et-histoire/

[viii] Chtatou, Mohamed. ‘’Aspects de la gouvernance coutumière’’, Le Monde Amazigh, 23 novembre 2020. https://amadalamazigh.press.ma/fr/aspects-de-la-gouvernance-coutumiere/

[ix] Chtatou, Mohamed. ‘’La notion d’appartenance au groupe chez les Rifains’’, Awal 15, 1997.

[x] Chamberlain, Muriel Evelyn. The scramble for Africa (4th ed.). London: Routledge, 2014.

[xi] Christman, Audrey Mona. Civil wars in Africa: Roots and resolution. Montreal, Quebec: McGill-Queen’s University Press-MQUP, 1999.

[xii] Césaire, A. ‘’Culture et colonisation’’, Liberté, 5(1), 1963, pp. 15–35.

[xiii] https://mo.ibrahim.foundation/news/2018/2018-ibrahim-index-african-governance-iiag-key-findings

[xiv] https://www.journee-mondiale.com/128/journee-mondiale-de-l-afrique.htm

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