Tragédie de Tillia L’Azawagh, encore une fois en deuil!

Le dimanche 21 mars 2021 des groupes d’hommes armés non identifiés ont fait irruption dans la zone de Tillia (Azawagh) et ont procédé à un pogrom sans précèdent au Niger. Environ 200 hommes ont été assassinés par une horde de malfaiteurs mus par un dessein visiblement bien préparé. Pendant une demi-journée, les criminels ont eu le temps d’éliminer les hommes de toute une communauté sans que les autorités et les forces de défense ne soient intervenues. Cela montre, une fois encore, les défaillances d’une stratégie sécuritaire manifestement inappropriée pour tirer les leçons des évènements qui se sont succédé dans cette région depuis deux ans. S’agit-il d’une négligence ou d’une démission de l’Etat à sécuriser et protéger les populations de ces régions ?

La réactivité du dispositif sécuritaire est mise en cause dans ce drame de Tillia et la hiérarchie militaire devrait répondre de sa responsabilité dans ce qu’il s’est passé. Depuis des mois, des leaders communautaires de la zone implorent les autorités du pays de prendre les mesures qui s’imposent pour prévenir ce type de carnage. Il y a donc lieu de s’interroger sur les responsabilités et la capacité de l’Etat à assurer sa mission première qui est d’assurer la sécurité de tous les citoyens. Pour ces populations et celles d’autres régions du Niger, l’heure n’est plus aux discours dérisoires sur les stratégies et les dispositifs sécuritaires limités aux rhétoriques politiciennes. Ces populations réalisent que leur sécurité ne dépend désormais que de leur capacité à s’organiser pour tenir la menace à distance. En effet, la crédibilité de l’Etat est fortement en cause et sa légitimité court le risque d’être écornée.

Le Président nouvellement élu, Mohamed Bazoum, fait face à un défi immédiat qui pourrait lui donner l’occasion d’envoyer un signal fort sur ses intentions et la pratique politique qu’il compte imprimer à son mandat. Autant son prédécesseur Issoufou Mahamadou aura davantage privilégié son image internationale et les honneurs qu’il espérait en tirer, autant Bazoum Mohamed devra s’imprégner des réalités intérieures pour mieux répondre aux impératifs de paix et de stabilité du pays. Son premier défi, comme souvent dans des configurations similaires, est de quitter la posture de président de parti pour endosser celle de Président de la République. Il lui revient de rassurer sur sa volonté de garder constamment à l’esprit la cohésion nationale, l’unité et la stabilité du pays avant toute autre considération.

La tragédie de Tillia constitue un tournant que les autorités ne pourront pas négocier avec les mêmes discours galvaudés ayant contribué à endormir la vigilance des populations locales. Continuer à communiquer sur une paix et une sécurité en réalité illusoires est en soi une faute politique qui expose ces populations aux menaces qui les assaillent. Il apparait aujourd’hui que la suppression des compagnies militaires fixes dans cette zone revient à déserter et à livrer les populations aux criminels. Les patrouilles et autres détachements mobiles ne brillent pas par leur efficacité et tous ces dispositifs demandent donc à être réinterrogés par les différentes forces engagées dans la sécurisation de ces régions.

Par Abdoulahi ATTAYOUB,
Consultant et Président de l’Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe (ODTE/TANAT)

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