Les Amazighs demandent à l’Union Européenne la suspension de son accord d’association avec l’Algérie

Excellences,

  • M. António Costa, président du Conseil européen
  • Mme. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne
  • M. Nikos Christodoulides, président du Conseil de l’Union européenne (UE)
  • Mme. Roberta Metsola, présidente du Parlement européen
  • Mme. Kaja Kallas, Haut représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et Vice-président de la Commission européenne
  • & Mesdames et Messieurs Eurodéputé-e-s du Parlement Européen,

Objet : respect des droits de l’Homme et l’accord d’association UE-Algérie

Excellences,

À l’occasion du 46ᵉ anniversaire du « Printemps berbère » et du 25ᵉ du « Printemps noir », célébrés le 20 avril dernier, permettez-moi d’attirer solennellement votre attention sur le devenir des relations entre l’Algérie et l’Union européenne, et d’évoquer la possibilité de débattre d’une suspension, même partielle, de l’accord d’association UE–Algérie. Pourquoi ?

Premièrement, l’actuel président et les généraux algériens, qui détiennent le véritable pouvoir, ne respectent guère l’esprit de l’accord d’association de l’Algérie avec l’Union européenne, issu du processus de Barcelone de novembre 1995, signé à Valence le 22 avril 2002 et entré en vigueur le 1ᵉʳ septembre 2005. Par conséquent, ils violent clairement le premier article de cet accord, qui énonce explicitement : « l’encouragement de l’intégration maghrébine en favorisant les échanges et la coopération au sein de l’ensemble maghrébin et entre celui-ci et la Communauté européenne et ses États membres » [1].

Deuxièmement, le gouvernement algérien viole également l’article 2 de l’accord d’association, où il est stipulé clairement que : « Le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux de l’homme, tels qu’énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, inspire les politiques internes et internationales des parties et constitue un élément essentiel du présent accord ».De ce fait, les responsables gouvernementaux algériens ne respectent plus les droits de l’homme. Le Parlement européen a déjà adopté des résolutions dénonçant les atteintes à la liberté d’expression et aux droits de l’homme en Algérie [2], sans oublier de souligner que ces responsables pratiquent une politique institutionnalisée d’apartheid anti-amazigh, constituant une discrimination raciale à l’encontre des populations berbères [3]. La commémoration du « Printemps berbère » est interdite depuis 2021, et lors des festivités du mois d’avril, les autorités algériennes sont régulièrement mises en cause pour des atteintes aux libertés publiques, au champ associatif et à la liberté d’expression. Elles ont interdit la vente-dédicace du livre Les identités rebelles de la sociologue Fatma Oussedik. Selon l’ONG de défense des droits de l’homme « Riposte Internationale », cette interdiction ne repose sur aucun fondement juridique et constitue une violation manifeste des principes fondamentaux du droit ainsi que de la Constitution du pays (notamment ses articles 51, 52, 53, 54, 55, 74, 75 et 76) [4]. Les autorités viennent par ailleurs de condamner le romancier franco-algérien Kamel Daoud à trois ans de prison ferme et réclament cinq ans de prison contre la militante pacifiste Wafia Tidjani, incarcérée depuis le 4 mars 2025…

Troisièmement, les généraux algériens et leur « président » illégitime interviennent et s’ingèrent dans les affaires intérieures des pays d’Afrique du Nord et de l’Union européenne, portant ainsi atteinte à la notion de « pleine et entière souveraineté des États ». Ils ont notamment été accusés d’ingérence dans les affaires internes de certains États, en créant une formation politique à vocation séparatiste et terroriste au Royaume de Belgique [5], ainsi que dans les affaires internes du Mali, contribuant à sa déstabilisation.

Quatrièmement, l’Algérie pratique ce qui peut être qualifié de « terrorisme d’État » et recourt à la violence et à la terreur comme mode de gouvernance. La récente visite du pape Léon XIV en Algérie ne saurait en aucun cas faire oublier le macabre assassinat des sept moines français de Tibhirine [6], ainsi que l’enlèvement d’otages européens tels que Pierre Camatte, Michel Germaneau, Antoine de Léocour, Vincent Delory, Pierre Legrand, Françoise Larribe, Daniel Larribe, Thierry Dol, Marc Féret, Serge Lazarevic, Philippe Verdon, Ghislaine Dupont, Claude Verlon et Olivier Dubois… Malheureusement, certains de ces otages ont été lâchement exécutés…

Tous sont des victimes du groupe terroriste Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), que la DRS algérienne aurait contribué à créer selon l’étude de François Gèze et Salima Mellah [7]. Les services de renseignement militaire algériens continueraient, sans aucun doute, de manipuler le chef salafiste touareg Iyad Ag Ghali, qui a eu le privilège de rebaptiser AQMI en « Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin » (GSIM ou JNIM), groupe qui vient d’attaquer plusieurs villes maliennes et d’imposer un blocus sur la capitale Bamako. Les groupes djihadistes, avec la complicité présumée des services secrets algériens, seraient ainsi en voie de s’emparer du pouvoir au Mali, ouvrant la perspective d’un nouveau « Afghanistan » aux portes de l’Europe.

Récemment et en ce mois d’avril 2026, la justice française a eu le courage d’inclure l’Algérie dans des enquêtes pour « terrorisme d’État ». Cette procédure concerne des actions ciblant des opposants sur le sol français, en l’occurrence l’opposant Amir  Dz  ou Amir Boukhors et où un agent consulaire algérien est impliqué et accusé par le Parquet National Antiterroriste (PNAT) français. De même, un autre acte de « terrorisme d’État » commis par les services de renseignements algériens concerne l’enlèvement du journaliste et opposant algérien Hichem Aboud, survenue en octobre 2024 à Barcelone en Espagne, et libéré par miracle les agents de la Guadia Civil à Lebrija…

Cinquièmement, du fait que les autorités algériennes sont obsédées par leurs pratiques autoritaires, elles encouragent l’émigration clandestine de leur jeunesse vers les côtes européennes, un phénomène qui ne cesse de s’amplifier. Récemment, les côtes espagnoles ne cessent de recevoir des embarcations de «harragas». Avec la déstabilisation des États du Sahel et le risque de guerre civile au Mali entre djihadistes et rebelles azawadiennes laïques [8], les flux migratoires devraient encore s’accroître. Déjà, les îles Canaries continuent de recevoir des vagues de migrants fuyant le Mali et d’autres pays du Sahel.

En définitive, si vous souhaitez réellement aider l’Algérie, – et plus largement les pays d’Afrique du Nord, avec lesquels vos États partagent de profonds intérêts économiques et un destin intimement lié à celui de l’Europe-, il convient d’appeler ces hauts gradés algériens à la responsabilité.

Il est nécessaire d’exiger des généraux algériens la libération immédiate et sans conditions de tous les détenus politiques, ainsi que la fin de toutes les formes d’intimidation, de harcèlement judiciaire, de criminalisation, d’arrestations ou de détentions arbitraires à l’encontre des journalistes, blogueurs, défenseurs des droits de l’homme, avocats, manifestants et militants amazighs. Il convient également de leur rappeler que le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux consacrés par la Déclaration universelle des droits de l’homme constitue une clause essentielle de l’accord d’association UE–Algérie.

Il est également nécessaire de leur exiger de garantir une véritable reddition de comptes et un contrôle démocratique, notamment la subordination effective des forces armées à une autorité civile légalement et démocratiquement constituée, et de veiller à ce que le rôle de l’armée, tel que défini dans la Constitution, soit strictement limité aux questions de défense nationale et des frontières terrestres.

Dans l’attente d’un examen attentif de ces légitimes requêtes, et au cas où les autorités algériennes ne répondent pas favorablement, il faudrait les brandir un carton rouge, c’est-à-dire la suspension de l’accord d’association UE–Algérie.

Je vous prie d’agréer, Excellences, l’expression de ma très haute considération.

 Par Rachid RAHA, Président de l’Assemblée Mondiale Amazighe

Notes :

[1]- https://amamazigh.org/2026/02/demande-de-dissolution-de-lunion-du-maghreb-arabe-uma-et-proposition-de-creation-de-lunion-de-tamazgha/

[2]- https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/RC-9-2023-0242_FR.pdf

[3]- https://horizons.ma/lalgerie-pratique-t-elle-un-apartheid-anti-amazigh/

[4]- https://amadalamazigh.press.ma/fr/halte-a-la-censure-solidarite-avec-fatma-oussedik-les-editions-koukou-et-la-librairie-des-beaux-arts-dalger/

[5]- https://amadalamazigh.press.ma/fr/comment-lalgerie-continue-de-bloquer-lunion-du-maghreb-et-de-destabiliser-lunion-europeenne/

[6]-https://www.atalayar.com/fr/articulo/politique/algerie-france-sacrifie-moines-tibhirine-sur-l-autel-d-une-amitie-turbulente/20230831091855190198.html

[7]- www.algeria-watch.org/fr/aw/gspc_etrange_histoire_intro.htm

[8]- https://amadalamazigh.press.ma/fr/lunion-europeenne-pourrait-il-sauver-les-hommes-bleus-de-sahara-du-genocide-russo-malien/

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